Lou-Pascal Tremblay transformé : «STAT a changé ma vie»
Patrick Delisle-Crevier
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Lou-Pascal Tremblay se livre rarement en entrevue et n’est pas non plus celui qu’on retrouve souvent en couverture de magazines. Mais cette fois-ci, il a accepté, tout simplement parce qu’il se passe de belles choses dans sa vie. Cet été, il relèvera un défi de taille en montant sur une scène de théâtre pour la première fois de sa carrière, sous la gouverne de Serge Denoncourt, dans la pièce Le Comte de Monte-Cristo. Il nous parle des changements qu’il a apportés dans sa vie, qui le rend beaucoup plus heureux aujourd’hui. Il est aussi question de son rôle de Jacob Faubert dans STAT, de Marina, la femme de sa vie, de ses projets, et de ce rôle au cinéma dont il rêve tant.
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Lou-Pascal, comment ça va ?
Honnêtement, on répond souvent à cette question en disant que tout va super bien — et moi, d’habitude, je n’ai pas peur de dire quand ça ne va pas. Mais là, vraiment, je suis à la bonne place. Je me sens sur mon X. Dans la dernière année, il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie personnelle. J’ai eu à prendre des décisions viscérales, ancrées dans mon vécu, des décisions dont je savais qu’elles allaient avoir un impact sur le reste de ma vie. Ça a été une année vraiment difficile. Je suis allé au fond de chaque chose, je me suis beaucoup tourmenté. Tout ça a affecté mon travail. Sincèrement, je ne pense pas avoir livré comme j’aurais dû dans la saison quatre de STAT. Je n’ai pas offert ma meilleure performance. Mais là, le chemin est fait. Je vais mieux — à tel point que j’ai l’impression d’être devenu un homme cette année, moi qui me suis toujours vu comme un petit gars.
Explique-moi ce qui fait que tu as l’impression d’être devenu un homme cette année ?
J’ai pris des décisions sur qui je voulais être en tant qu’être humain, en tant qu’amoureux, en tant que fils et en tant qu’ami. Je veux être une meilleure personne chaque jour, tout en acceptant que, oui, des fois, je vais en échapper, et d’autres fois je vais être flamboyant. Toute cette pression que je m’imposais de toujours performer, tout le temps — même en entrevue — j’ai laissé tout ça de côté. Voilà quinze ans que je fais ce métier-là, et je me suis dit que ce n’était pas normal d’être autant angoissé. J’ai compris que j’avais un problème, et que ce problème était mon anxiété de performance. Je suis la personne qui s’impose ça tout le temps. Je dois me faire confiance et cesser de toujours vouloir être à la hauteur. Depuis des années, je fais les choses consciencieusement et avec le désir de faire les bonnes affaires. Je suis celui qui se tient volontairement loin de la bisbille, je ne suis pas celui qui fait des vagues. Je tente toujours d’être dans la lumière et le positif, plutôt que dans la noirceur.
Tu sembles te poser beaucoup de questions en ce moment...
Oui, je m’interroge sur plein de choses — la paternité, entre autres. Je me demande si je suis prêt à me lancer tête première là-dedans. Je me questionne aussi sur la place que je veux occuper dans la société. Et je me mets beaucoup de pression vis-à-vis de ma famille, parce que je suis quelqu’un qui a fait des sacrifices toute sa vie pour sa carrière. J’éprouve donc une certaine culpabilité par rapport à ça. Cela dit, ceux qui sont restés sont les personnes que j’ai choisies, celles avec qui je me sens bien dans ma vie. Je sens donc que j’ai pris les bonnes décisions — pour moi et pour les autres. Et je suis prêt, désormais, à laisser partir ce qui n’est pas nécessaire, ce qui va naturellement tomber autour de moi, parce que ça ne fait tout simplement pas partie de ma lumière.
Quel a été le wake-up call pour de tels changements dans ta vie ?
Il y a eu un élément déclencheur : une expérience sur un plateau de tournage, à une certaine époque, où j’ai été confronté à l’hypocrisie. Je me rappelle avoir été profondément déçu à ce moment-là. Ce que j’ai vu m’a dépeint une personnalité à laquelle je ne voulais jamais ressembler. Ça a tout changé. Depuis, c’est devenu un moteur pour ne jamais sombrer dans ce genre de choses, pour aller vers le positif et tout faire pour ne pas être le type de personne qu’elle était à l’époque. J’ai vu le laid, et ça m’a amené vers le beau.

Je te connais comme un perfectionniste, tu ne tournes pas les coins ronds. Alors quand tu me dis que tu n’as pas été à la hauteur de la saison 4 de STAT, j’ai du mal à te croire...
Oui, peut-être. Mais je sais de quoi je suis capable, et je peux dire que je n’ai pas chômé — ça, on ne pourra jamais me le reprocher. Sauf que mon esprit était tellement plongé dans des remises en question existentielles, j’étais tellement profondément triste d’être aussi mêlé que j’ai réalisé quelque chose : c’est beaucoup plus facile comme interprète d’aller dans toutes les sphères du jeu quand tu es bien avec toi-même. Quand c’est l’inverse, c’est une tout autre histoire. Je sens même que mes yeux étaient complètement éteints tout le long de cette année-là. Est-ce que je m’en veux ? Oui. Mais en même temps, je sais que j’ai mis les mêmes efforts qu’à l’habitude — je n’étais juste pas bien mentalement. Là, ça fait trois semaines que les tournages de la cinquième saison ont débuté, et je suis exactement le Jacob que je veux être. J’ai hâte que les épisodes sortent. J’ai enfin retrouvé l’énergie que le personnage nécessite.
Est-ce que d’avoir travaillé fort sur tes problèmes face à l’anxiété fait de toi un comédien différent ?
Oui, tellement. Avant, je n’aurais jamais dit oui à une expérience comme le Karaoké Club. L’une de mes plus grandes phobies dans la vie, c’est d’avoir l’air niais. J’ai une grande peur du ridicule, et on pourrait me reprocher de prendre les choses trop au sérieux. Je sais que c’est un privilège d’avoir une attention médiatique, et qu’il faut être à la hauteur, ne pas décevoir. Je tente d’avoir un peu plus de laisser-aller, et ce n’est pas toujours facile. J’ai accepté des projets comme Karaoké Club et la série web Groupe de soutien justement pour me mettre en danger et sortir de mon casting. Je me donne la permission de déconner et d’être ça aussi. Tout ça fait partie de ce cheminement constant vers une version de moi un petit peu plus libre. Je sais que j’ai faussé tout le long en chantant du karaoké — et ça, même si j’avais suivi des cours de chant et de danse avant le tournage. Mais pour une première fois, je m’en suis foutu et ça m’a libéré.

Dans la série web Groupe de soutien, découvre-t-on un tout autre Lou-Pascal ?
Oui, et je suis fier d’avoir fait cette série. Je me souviens, je venais de terminer 125 jours de tournage sur STAT, j’ai eu une journée de congé, puis j’ai embarqué sur Karaoké Club pendant 5 jours. Une autre journée de congé, et j’ai enchaîné sur Groupe de soutien. Je suis arrivé sur le plateau au bout de mon énergie — et, quelque part, ça m’a aidé. Je n’avais pas le choix d’avoir un certain lâcher-prise, alors j’y suis allé une scène à la fois. Je joue dans cette série un bonhomme comme je n’en ai jamais joué, avec des codes d’humour que je ne connaissais pas vraiment. J’ai mis mon cœur sur la table, et la réponse du public face à cette série est bonne. Je suis fier de m’être plongé à mille lieues de STAT et de mon personnage de Jacob Faubert. Ça m’a fait du bien de jouer ça — c’est loin des gros drames constants de la série.
Que représente ton rôle de Jacob Faubert dans STAT pour toi ?
STAT a changé ma vie. Je suis tellement fier de ce que nous avons accompli. Je vais me souvenir toute ma vie de la première prise que je faisais avec Suzanne Clément : nous devions réanimer quelqu’un et réaliser une thoracotomie avec un scalpel. Il fallait tout apprendre à la vitesse grand V pour être crédibles, car nous incarnions les deux meilleurs urgentologues du Québec. On a alors compris que nous nous embarquions dans quelque chose de vraiment plus grand que nous, qui dépassait nos champs de compétences. On a travaillé fort pour être à la hauteur, et j’en suis très fier. Ce rôle m’a propulsé dans la cour des grands, et ça m’a aussi donné confiance, parce que j’ai pu explorer toutes les émotions possibles à travers ce personnage. Je sens que mon muscle de jeu est beaucoup plus réchauffé maintenant.
Tu n’as jamais joué au théâtre et tu te lances tête première là-dedans dans quelques semaines. Tu vis ça comment ?
C’est fou parce que le théâtre me faisait peur avant. Quand j’ai reçu l’appel de Serge Denoncourt, qui signe la mise en scène, je lui ai demandé de me voir en audition — je n’en avais jamais fait, de théâtre, et je ne voulais pas qu’il se rende compte après quelques semaines de répétitions que je n’avais pas ce qu’il fallait. J’ai ensuite lu la brique sur l’histoire du Comte de Monte-Cristo et regardé les deux films. Mais il a refusé de me voir en audition, en me disant qu’il me voyait jouer à la télévision chaque jour et qu’il savait que j’allais être bon après un certain coaching pour le théâtre. On a ensuite soupé ensemble. Jouer dans une pièce d’époque, et qui plus est sous la direction de Serge Denoncourt, c’était deux grandes cases à cocher. Je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de ça. J’ai aussi décidé de travailler avec Luc Bourgeois pour apprendre à bien placer ma voix sur scène. J’apprends maintenant à habiter l’espace, parce que je suis habitué à travailler dans de petits décors — apprivoiser une si grande scène, c’est mon cheval de bataille en ce moment.
Dis-moi, Lou-Pascal, est-ce que ta vie à 31 ans ressemble à ce que tu souhaitais ?
Je suis exactement là où je voulais être, et même plus encore. Je vois le parcours, je vois ce que je deviens, et je suis fier. Fier et capable de le dire, de l’assumer. Fier des sacrifices, des choix que j’ai faits, de la personne que je suis et du sérieux que j’ai réussi à conserver. Il y a tellement de gens autour de moi que je connais depuis que je suis tout petit, qui ont débuté dans le métier en même temps que moi et qui ne le font plus aujourd’hui — parce qu’ils sont tombés dans la consommation ou dans l’insécurité, et qu’ils n’ont pas fait le travail nécessaire pour se ramener. Moi, chaque fois que je sentais que je déraillais un peu, je me brassais la cage et je me ramenais sur le droit chemin. Je suis content d’avoir réussi à garder les rails dans la bonne direction, et je suis heureux de la vie que je mène.
Est-ce que tu rêves d’une carrière à l’étranger ?
C’est certain que j’aimerais emprunter de tels chemins pavés par des gens comme ThÉodore Pellerin, Sophie Nélisse, Aliocha Schneider, et c’est certain que je suis affamé en termes de carrière — il y a plein d’autres affaires que je souhaite vivre sur le plan professionnel. Je souhaite davantage une carrière comme celle de Théodore Pellerin, qui se construit graduellement. J’ai débuté dans ce métier en montant une marche à la fois, et je souhaite faire la même chose pour une carrière à l’étranger. Je ne voulais pas être un feu de paille ; j’y vais en posant une pierre l’une après l’autre. Si jamais une telle carrière m’arrive, je veux être bien outillé, ne pas avoir sauté d’étapes — et je ne suis pas pressé. En ce moment, ça va bien pour moi, le rythme est bon. La chose que je me souhaite, c’est de décrocher un rôle au cinéma, parce que ça fait 10 ans que je n’ai pas tourné pour le grand écran. J’aimerais vraiment me mettre au service d’un artiste, d’un cinéaste, non pas pour la répercussion que cela pourrait avoir sur ma carrière, mais pour travailler avec quelqu’un qui a à cœur chaque pixel de son image, qui comprend les différents départements et qui souhaite faire la meilleure chose possible. J’aimerais m’abandonner là-dedans.
Sur le plan personnel, est-ce que ta vie ressemble à ce que tu voulais ?
Je suis surpris et heureux de ma vie amoureuse, d’avoir Marina dans ma vie. Avant, j’étais celui qui n’avait pas ce besoin d’être en couple. Mes relations précédentes ont été des coups de cœur avec qui j’ai fait un bout de chemin, sans jamais envisager le long terme. J’avais des chums de gars qui me disaient qu’ils venaient de rencontrer la femme de leur vie — moi, je n’ai jamais vu les choses comme ça. Je considère qu’il y a tellement d’éléments qui peuvent jouer sur la vie d’une relation, et je suis de ceux qui pensent qu’être en couple, c’est un choix. Rester longtemps ensemble, c’est aussi une affaire de choix. J’ai choisi d’être avec Marina, et j’espère que oui, ce sera pour toujours. Je n’en reviens pas quand je réalise que ça va bientôt faire sept ans, car je n’ai pas vu passer ces années-là. Par les choix que j’ai faits justement, je sens que j’ai rechoisi Marina cette année, que je suis en train de retomber en amour avec la même personne, mais d’une autre manière. Je n’avais jamais expérimenté ce sentiment auparavant — retomber en amour avec quelqu’un, pour des raisons différentes de la première fois. C’est un beau sentiment.
Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
J’aimerais relever ce défi d’être un bon père un jour. J’aimerais surtout que ma maman traverse ma trentaine avec moi, qu’elle puisse voir mes enfants naître et grandir. Je veux vraiment qu’elle soit là. Elle est en récidive de son cancer en ce moment, elle ne va pas très bien, et l’épée de Damoclès est constamment au-dessus de sa tête. J’espère qu’elle ira bien — elle a une grande résilience. Elle est un modèle pour moi.
Le Comte de Monte-Cristo sera présenté à la Salle Pierre-Mercure de Montréal dès le 26 juin, puis à la salle Odyssée de Gatineau dès le 28 août, et enfin, à la salle Albert-Rousseau de Québec dès le 16 septembre. Infos et billets : agentsdoubles.ca. STAT sera de retour cet automne à Radio-Canada. La série web Groupe de soutien est disponible sur la plateforme TV5+ et sera diffusée en rafale sur TV5 Unis le 9 juin. Karaoké Club est disponible sur Prime Video. Lou-Pascal Tremblay est porte-parole de la 19e édition de l’Expo World Press Photo Montréal, du 26 août au 12 octobre 2026, au Marché Bonsecours. Infos : expo-wppmtl.ca.
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