France Castel renoue avec la musique sur ce projet très personnel de son amie Audrey Simard
Alicia Bélanger-Bolduc
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Audrey Simard et France Castel se sont rencontrées sur différents plateaux. Styliste de profession, Audrey a croisé la route de France à plusieurs reprises avant que naisse entre elles une complicité tissée autour d’un profond respect mutuel. Rêvant de faire de la musique depuis plusieurs années, Audrey a lancé son premier album, Relectures, sur lequel elle et France offrent un duo touchant avec Ma mère chantait toujours. Nous avons rencontré les deux femmes lors du lancement de l’album.
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Audrey et France, que représentez-vous l’une pour l’autre ?
F : Pour moi, Audrey est quelqu’un qui a un rêve et qui a pris sa vie en main. Elle est allée au bout de son objectif en mettant de côté tout ce qui ne lui servait pas. Et ce soir, c’est tout ce qui compte. C’était impensable pour moi de ne pas encourager une telle détermination. Oui, nous avons fait un duo ensemble, mais je suis aussi là pour soutenir son chemin de vie et son évolution. Je la regardais répéter, et elle semblait tellement heureuse.
A : Je vais y aller avec une anecdote. Deux ou trois fois par semaine, on me reconnaît dans certains endroits à cause de mon rire ou de ma façon de parler, et on me dit que France Castel est dans les parages ! On a tourné un film ensemble récemment, et on m’avertissait de parler moins fort... alors que c’était souvent France la coupable ! (rires) On m’a souvent comparée à elle, même dans nos parcours de vie, qui se ressemblent parfois. Je suis sobre depuis quatre ans et quatre mois, et sans mon groupe de soutien, je n’aurais pas cette vie. C’est le premier projet que je mène jusqu’au bout, et France m’a toujours inspirée. J’ai un peu l’impression d’avoir trouvé en elle une mère spirituelle. Je sais qu’elle comprend ce chemin.

Est-ce que France t’a soutenue dans ton cheminement vers la sobriété ?
A : Je lui pose beaucoup de questions. Je parle déjà beaucoup, j’aime exprimer ce que je ressens et savoir comment elle va aussi. Elle a une sagesse qui me touche énormément. J’ai une affection particulière pour les gens plus âgés. J’ai été élevée par ma grand-mère et son conjoint, et j’aime m’entourer de personnes qui ont plus d’expérience de vie. On se rejoint là-dedans ; l’amitié n’a pas d’âge. Et c’est la sobriété qui m’a amené ça : pouvoir créer des liens avec des gens de tous les horizons.
Comment vous êtes-vous rencontrées ?
F : On s’est croisées sur plusieurs projets où Audrey travaillait comme styliste, notamment En direct de l’univers ou avec Isabelle Boulay. On s’est davantage rapprochées sur le film Juste Xavier ; j’y jouais un rôle et Audrey s’occupait des costumes.
A : Les journées de tournage sont longues, et on riait toujours ensemble. Quand France a du plaisir, c’est contagieux. On a envie d’embarquer dans son énergie.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de la chanson Ma mère chantait toujours?
A : Chacune des chansons de cet album, j’aurais pu les écrire tant elles me rejoignent. Elles me libèrent et me font du bien. Ma mère chantait toujours, pour moi, c’est une berceuse, une chanson d’enfance. Elle me touche profondément. Je voulais absolument inclure une chanson de Luc Plamondon, et comme France le connaît bien, ça s’est imposé naturellement.
F : Je l’ai rechantée avec joie. On réalise à quel point elle est bien écrite : elle nous ramène à la mer, à l’enfance, à la femme et au passage du temps. C’est un classique qui nous convenait parfaitement, puisqu’il parle d’une mère qui regarde grandir sa fille.
Audrey, parle-moi de l’album Relectures.
J’ai commencé ce projet dans une période très difficile de ma vie. Je n’avais pas encore arrêté de boire quand mon amie, la chanteuse Isabelle Boulay, m’a suggéré de reprendre Ailleurs, de Marjo. Elle ne m’a pas dit ça pour rien : c’est une grande interprète, et elle savait que cette chanson me ferait du bien. Ç’a été un véritable cadeau que je me suis fait. Ensuite, j’en ai ajouté une autre, puis une autre... jusqu’à ce que ça devienne un album. Chaque chanson agit comme un baume. Les textes sont essentiels, mais la musique l’est tout autant, car c’est par là que j’ai commencé mon parcours.
Comment es-tu passée de la mode à la musique ?
J’ai commencé le violon à trois ans, mais j’ai décroché après un moment. Même chose pour le théâtre : j’ai tout laissé tomber pendant mes périodes plus sombres. Pourtant, la scène a toujours été un rêve que je porte. Je l’ai abandonné plus d’une fois avant de revenir à la charge. Ça aurait pu arriver plus tôt, mais je me suis longtemps sabotée. Je n’étais pas prête. Aujourd’hui, je me sens bien, solide, capable d’être sur scène. Il y a quatre ans, si je m’étais vue aujourd’hui, je ne me serais pas reconnue. La vie est bien faite : on peut toujours se relever.
France, as-tu déjà entendu l’album ?
Ce sera la première fois ce soir ! J’ai entendu Audrey répéter tantôt et j’ai très hâte de découvrir la suite. Et puis, elle l’a sorti en vinyle. En plus d’être bon, c’est un magnifique objet. J’ai hâte de le faire jouer chez moi et de la voir sur scène.
Qu’admirez-vous le plus l’une de l’autre ?
F : Sa détermination, sans hésiter. Sa capacité à traverser les épreuves pour réaliser son rêve. Et puis, elle a une sensibilité d’écorchée, ce qui fait les grandes interprètes. Elle transforme ses blessures en beauté. J’admire aussi sa constance dans sa sobriété : elle prend les moyens pour rester sur la bonne voie, sans juger personne.
A : Chez France, c’est son courage, sa joie de vivre, sa sensibilité et son ouverture. On dirait qu’on se reflète l’une l’autre ! (rires) On est un peu des miroirs, et c’est probablement pour ça qu’on s’est trouvées.

Vous êtes de générations différentes. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
F : L’âge est une affaire de cœur. Je privilégie la rencontre avec l’être humain, pas avec son âge. J’ai des amis de tous les horizons, et chacun m’apporte quelque chose de différent.
A : Je suis entièrement d’accord. France m’apprend beaucoup, tout comme quelqu’un de plus jeune le ferait. Il faut simplement rester ouverte.

Audrey, que te réserve la suite de ta carrière musicale ?
J’aimerais sortir mes propres chansons. J’ai déjà commencé à écrire, notamment un texte sur ma mère, qui est venu très spontanément. J’ai tendance à tout effacer quand je doute, mais j’apprends à laisser les choses vivre. Je suis bien entourée, notamment par mon meilleur ami, Yann Perreau, qui a réalisé l’album. Je me donne comme objectif de sortir une chanson originale d’ici 2027. J’avance un jour à la fois. Je vais aussi commencer à faire des spectacles. Certains sont déjà en préparation, mais je ne peux rien annoncer pour l’instant. La scène m’a énormément manqué. Et je continue, bien sûr, mes projets en stylisme.