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Un expert remet en question l’interdiction de la vente de lait cru au Canada

Photomontage Benoit Dussault
Photo portrait de Genevieve            Abran

Genevieve Abran

2026-02-13T15:30:47Z

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Un expert du milieu agroalimentaire qui bénéficie d’une importante tribune dans les médias a remis en question l’interdiction de la vente de lait cru au Canada lors de son passage dans un balado qui circule des idées d’extrême droite.

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«Les fermiers laitiers ne veulent pas que les fermiers vendent du lait cru en dehors de la ferme. C’est pour ça qu’ils exagèrent les mérites de la pasteurisation, parce qu’ils font beaucoup d’argent ainsi», a avancé le directeur scientifique du laboratoire des sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, au micro du balado The Same Drugs de Meghan Murphy au début du mois de février.

L'auteur de neuf livres est fréquemment interpellé par les médias à se prononcer sur des sujets liés au milieu agroalimentaire canadien. Il tient aussi une chronique hebdomadaire dans La Presse.

Sylvain Charlebois, expert en agroalimentaire
Sylvain Charlebois, expert en agroalimentaire Photo LinkedIn

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Invité à discuter de l’industrie laitière et des prix en épicerie, Sylvain Charlebois a aussi affirmé que le lobby «extrêmement puissant» des fermiers empêcherait la vente de lait cru parce que ça leur rapporterait moins d’argent et que ça affaiblirait la valeur de leurs quotas.

«Ils disent qu’ils pensent aux consommateurs, mais ce n’est pas vrai. Ils se fichent du consommateur», a poursuivi celui qui anime son propre balado The Food Professor.

Sylvain Charlebois n’a pas non plus contredit l’hôte du balado lorsqu’elle a avancé à maintes reprises que le lait cru est beaucoup plus nutritif que le lait pasteurisé, une affirmation pourtant réfutée par de nombreuses études scientifiques.

Meghan Murphy, qui cumule près de 120 000 abonnés sur X, a été candidate pour le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier dans la circonscription de Vancouver-Est lors des élections fédérales canadiennes de 2025.

Lorsque questionné par 24 heures à ce sujet, Sylvain Charlebois soutient qu’il ne connaissait ni le balado, ni son hôte, avant d’y être invité.

«Je tiens à être très clair: je ne minimise aucunement l’importance de la pasteurisation», assure le professeur.

«Mon point portait plutôt sur la manière dont le débat public est parfois présenté de façon binaire. On peut reconnaître la valeur de la pasteurisation tout en affirmant que les consommateurs méritent d’avoir accès à une information complète et à un choix éclairé, dans un cadre réglementé et sécuritaire», précise-t-il.

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Des commentaires jugés inappropriés

Malgré cela, les propos de Sylvain Charlebois sont «imprudents», estime la nutritionniste Marjolaine Cadieux.

«Je trouve que ce n’est pas approprié, surtout vu sa position d’autorité dans le milieu. Il faut vraiment faire attention parce que les gens vont prendre ça un peu comme étant une recommandation, une information juste et valide, alors qu’on sait que [le lait cru] comporte quand même des risques pour la santé de la population», insiste-t-elle.

Depuis 1991, au Canada, le lait doit obligatoirement avoir été pasteurisé pour être vendu. La vente de lait cru est donc illégale.

«La pasteurisation se fait dans un objectif de santé publique pour s’assurer de fournir aux consommateurs des produits sécuritaires avec une acuité irréprochable qui s’adressent à toutes les tranches de la communauté», explique le directeur du Centre de recherche en sciences et technologie du lait, Steve Labrie.

Le processus de pasteurisation, nommé en l’honneur de Louis Pasteur, le biologiste et chimiste français l’ayant découvert au 19e siècle, consiste à chauffer le lait pour en détruire les micro-organismes pathogènes.

Un échantillon sur trois contient des pathogènes comme le E. coli, la listériose ou le Campylobacter, précise Steve Labrie.

«On élimine les bactéries avec le traitement le plus doux possible pour conserver les caractéristiques nutritives du lait afin de le rendre le plus sécuritaire pour la distribution et la consommation par la suite», ajoute le chercheur.

«Les arguments en faveur du lait cru sont vraiment plus faibles que l’aspect sécuritaire» du lait pasteurisé, fait-il valoir.

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Pour la population générale, la consommation de bactéries comme celles-ci peut provoquer une indigestion alimentaire. Elles sont toutefois beaucoup plus nocives pour les populations vulnérables, comme les enfants, les personnes enceintes et âgées ainsi que celles qui ont un système immunitaire affaibli, pour qui une simple intoxication peut mener à la mort.

La gestion de l’offre, du communisme?

Dans l’épisode du balado, Sylvain Charlebois critique aussi le fait que le Canada soit l’un des seuls pays au monde à mettre en place un système de gestion de l’offre pour des aliments tel que les œufs, la volaille et le lait.

«Si [la gestion de l’offre] n’est pas du communisme, c’est pas mal proche. Pense à la Russie, à l’URSS, tout le monde devait conduire les mêmes voitures, gagner le même montant d’argent. C’est comme ça que les fermiers canadiens pensent», a-t-il dit.

«Le lobby des fermiers canadiens est extrêmement puissant. Je le vois, c’est l’équivalent au National Rifle Association (NRA) dans les États-Unis. Ils sont extrêmement puissants. Les fermiers canadiens contrôlent tout», a aussi illustré le professeur Charlebois.

Le professeur concède avoir exagéré certains de ses propos dans le balado.

«Cette comparaison [au communisme] était volontairement provocatrice sur le plan rhétorique afin de souligner le caractère hautement administré et contrôlé du système de gestion de l’offre», a-t-il rétorqué.

La gestion de l’offre a pourtant plusieurs avantages permettant aux Canadiens de pouvoir obtenir certains produits canadiens en tout temps, rappelle la nutritionniste Marjolaine Cadieux.

Ce système permet notamment aux producteurs de ne pas produire au-delà de la demande afin d’éviter les surplus. Elle permet aussi aux producteurs d’obtenir une rémunération fixe et aux consommateurs de payer un prix stable. Les petits producteurs bénéficient aussi de la gestion de l’offre.

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