Trump pourrait-il utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran ?


Sarah-Florence Benjamin
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Et si les États-Unis utilisaient l’arme nucléaire contre l’Iran ? L’étude de la question a poussé un représentant de l’ONU à démissionner, le 29 mars. Scénario catastrophe ou avertissement à prendre au sérieux ? On a posé la question à un expert.
« J’ai suspendu mes fonctions afin de ne pas être complice ni témoin de ce crime contre l’humanité », déclare Mohamad Safa dans une publication sur X.
I don't think people understand the gravity of the situation as the UN is preparing for possible nuclear weapon use in Iran.
— Mohamad Safa (@mhdksafa) March 29, 2026
This is a picture of Tehran. For you uneducated, untraveled, never-served, warhawks licking your chops at the thought of bombing it. It's not some low… pic.twitter.com/BnzB4F3001
Le représentant de l’ONG internationale Patriotic Vision (PVA) se disait incapable de participer « en bonne conscience » à ses activités à l’ONU alors qu’on y discute de l’éventualité où le gouvernement américain ou israélien ferait usage de l’arme nucléaire sur une ville comme Téhéran.
« Téhéran est une ville qui compte près de 10 millions d’habitants. Imaginez que Washington, Berlin, Paris, Londres ou d’autres villes encore soient frappées par des armes nucléaires », fait-il valoir dans sa déclaration.
Un scénario « très pessimiste »
Pour Julien Tourreille, chercheur à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM, il est normal qu’on réfléchisse à tous les scénarios à l’ONU, « même les pires ».
« Ce n’est pas une idée si saugrenue que ça, alors que les États-Unis et Israël, qui ont tous deux l’arme nucléaire, sont engagés dans un conflit dont on ne comprend pas les motivations et aux objectifs flous », explique-t-il.
Il se fait toutefois rassurant, la possibilité que les Américains utilisent l’arme nucléaire est « très éloignée ».

« Il faudrait qu’il y ait une invasion terrestre de l’Iran et que ça se passe mal au point que les États-Unis n’aient d’autre choix que d’utiliser l’arme nucléaire. Il faudrait que tous les paliers d’escalade aient été franchis. C’est un scénario très pessimiste », souligne le chercheur.
Il ajoute que les États-Unis n’en sont pas venus à ce dernier recours dans le cadre de guerres désastreuses comme au Vietnam et en Irak.
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Des conséquences inacceptables
L’utilisation de l’arme nucléaire par les États-Unis dans le cadre d’une guerre dont ils sont l’initiateur et qui ne met pas la sécurité américaine directement en danger serait injustifiable aux yeux de Julien Tourreille.
« Ça briserait le tabou nucléaire en place depuis 1945. La puissance des armes nucléaires a grandi exponentiellement depuis. On ne serait plus dans une logique de remplacement de régime, mais de l’annihilation d’une civilisation », indique-t-il.
Seule « une perte de contact avec la réalité » au sein du gouvernement américain pourrait expliquer une telle décision à son avis.

« On s’inquiète parce qu’on ne comprend pas le raisonnement de Trump et plus personne de son entourage ne semble lui dire non. Je partage cette inquiétude », ajoute-t-il.
Malgré tout, il rappelle que la menace du nucléaire n’a été verbalisée par aucun membre de l’administration Trump, ce qui laisse croire que ce n’est pas une option envisagée.
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Retour vers le nucléaire ?
La destruction du programme nucléaire iranien est invoquée par le gouvernement américain comme principale motivation du déclenchement de la guerre, malgré le fait que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et plusieurs agences de renseignements américaines s’entendent pour dire qu’il n’existe pas de preuves solides de l’avancement d’une arme nucléaire en Iran.
Pourtant, l’offensive États-Unis et d’Israël pourrait avoir, ironiquement, ramené l’intérêt quant au nucléaire dans d’autres nations du globe, où on constate que l’absence d’arme nucléaire rend vulnérable à ce genre d’attaque.
La Pologne et l’Allemagne se sont montrées ouvertes à l’idée d’accueillir des armes françaises servant à dissuader des ambitions russes sur le reste de l’Europe.
Le débat sur l’arme nucléaire a aussi repris au Japon et en Corée du Sud, deux pays ayant signé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Julien Tourreille considère tout de même qu’on n’en est pas encore à un niveau de prolifération des armes nucléaires comparable à celui des années 80-90.

« Le pays qui sera le plus motivé à développer l’arme nucléaire, c’est surtout l’Iran. C’est la conclusion logique du conflit », nuance-t-il.
Il estime que dans un scénario où l’Iran obtenait l’arme nucléaire, on observerait certainement une prolifération dans le Moyen-Orient.
Selon un rapport envoyé au Congrès américain obtenu par Bloomberg, l’administration Trump considérait donner l’accès à de la technologie d’enrichissement et de traitement de l’uranium à l’Arabie saoudite, le grand rival de l’Iran.