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Le Canada, un pays... d’Europe ?

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Photo portrait de Sarah-Florence  Benjamin

Sarah-Florence Benjamin

2026-03-26T18:20:43Z

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Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est montré ouvert à une potentielle adhésion du Canada à l’Union européenne lors d’une conférence à Berlin. L’idée peut sembler farfelue, mais elle revient périodiquement sur la sellette internationale depuis le début de l’année 2026. Mais est-ce que c’est réaliste ?

« Pas un projet concret ou sérieux »

Au risque de décevoir celles et ceux qui espéraient pouvoir se rendre en Europe sans passer la douane, l’adhésion du Canada à l’Union européenne n’est « pas un projet concret ou sérieux » aux yeux de Frédéric Mérand, directeur du département de science politique de l’Université de Montréal.

Le professeur et chercheur ajoute même qu’il s’agit d’une option qui est « explicitement rejetée » d’un côté de l’Atlantique comme de l’autre, parce qu’elle viendrait avec d’énormes défis économiques et institutionnels. « Il faudrait rediriger l’économie canadienne vers l’Europe et changer nos politiques publiques, ce serait le travail d’une génération », explique-t-il.

Frédéric Mérand
Frédéric Mérand Photo tirée du site web de l'UdeM

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Le professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval, Charles-Emmanuel Côté, est aussi d’avis qu’une adhésion du Canada à l’Union européenne serait très improbable, même si le Canada répond à beaucoup des critères à remplir pour être admissible.

Il déroge cependant au premier critère : celui d’être un État européen. « Il faudrait modifier les traités de l’Union européenne pour rendre possible qu’un État non européen soit admissible, ce n’est pas totalement impensable », précise l’avocat.

De nombreuses réserves

D’autres aspects de l’Union européenne seraient probablement assez impopulaires au Canada à son avis, comme la libre circulation des personnes, par exemple.

« Ça voudrait dire que, possiblement, on accepterait qu’un nombre des 400 quelques millions d’habitants dans l’Union européenne puissent circuler librement chez nous, alors qu’on a un débat sur l’immigration en ce moment », souligne Charle-Emmanuel Côté.

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Il ajoute que plus d’intégration signifierait d’adopter les mêmes tarifs douaniers que l’Europe, ce qui aurait de grandes conséquences pour le système canadien de la gestion de l’offre, une conséquence qu’il voit mal bien passer au sein de l’industrie agroalimentaire canadienne.

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En plus, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne n’est même pas entré en vigueur officiellement. « C’est un accord qui est impopulaire dans plusieurs segments de la population européenne. Il est appliqué de manière provisoire et peut-être qu’il ne sera jamais ratifié formellement. Sachant qu’un simple accord a de la difficulté à être ratifié, est-ce que c’est réaliste de penser qu’on voudrait aller plus loin ? », se questionne-t-il.

Charles-Emmanuel Côté
Charles-Emmanuel Côté Université Laval

À la recherche de nouveaux alliés

Pourquoi, donc, entend-on soudainement parler d’un Canada dans l’Union européenne si aucun gouvernement n’y songe sérieusement ?

Pour Frédéric Mérand, c’est une rhétorique utilisée pour « former une alliance contre les États-Unis ».

« Il y a un sentiment de menace provenant de notre plus grand allié et on cherche à se protéger. L’Union européenne a aussi perdu son principal allié. C’est un raccourci puissant du point de vue symbolique pour dire qu’on veut se rapprocher de l’Europe », explique-t-il.

Cette volonté de rapprochement est logique dans une époque où les états cherchent à diversifier leurs marchés d’exportation. Le Canada n’a pas le choix de s’y mettre selon Charles-Emmanuel Côté : « Économiquement, on est un petit pays avec un marché intérieur qui est trop petit pour vivre seul, on dépend du commerce international ».

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MEGA/WENN
MEGA/WENN

L’Europe est tout indiquée comme partenaire commercial, comme c’est « un marché riche et sophistiqué » dont les normes et les valeurs ressemblent à celles du Canada.

La question de la défense n’est pas à négliger non plus depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche. « Les allusions à l’annexion du Canada, sur l’annexion du Groenland, avec l’OTAN qui est remise en question par Trump, le Canada n’a pas la capacité de défendre sa souveraineté seul », ajoute le professeur de droit.

Du côté européen, l’accès aux ressources naturelles du Canada pourrait motiver un rapprochement.

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D’autres moyens de se rapprocher

L’Union européenne pourrait être une option pour le Canada « dans un contexte où on n’aurait aucun autre choix pour protéger notre souveraineté » selon Frédéric Mérand.

Heureusement, il existe d’autres moyens pour le Canada d’intensifier son intégration avec l’Union européenne, si c’est une avenue vers laquelle nos décideurs se dirigent.

Charles-Emmanuel Côté donne l’exemple de la Norvège et de la Suisse, « des États qui pourraient, en claquant des doigts, s’ils le voulaient, devenir membre de l’Union européenne », mais qui ne le font pas.

Le professeur de droit pense qu’un tel scénario serait plus souhaitable pour les deux partis. « Je pense qu’il est possible, peut-être, d’envisager une intégration plus étroite que l’accord de libre-échange qu’on a en ce moment. On serait libre de négocier et de chercher ce qu’on voudrait vraiment mettre en commun. Juridiquement, on peut aller très loin si on veut », affirme-t-il.

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