Tour de France: un ultime effort de Simon Clarke

Jean-François Racine
Partager
Sur certains pavés de Roubaix, la victoire surprise de l’Australien Simon Clarke à la cinquième étape a donné à la jeune formation Israel-Premier Tech (IPT) le premier bouquet de son histoire au Tour de France.
Même si sa langue maternelle n’est pas le français, l’ancien champion Steve Bauer a trouvé le mot parfait pour décrire cette étape : épique. Dantesque aurait pu être un bon choix aussi.
- À lire aussi: Tour de France: Hugo Houle calme habilement le jeu
- À lire aussi: Tour de France: Wout van Aert intraitable
« Je suis plus soulagé que heureux. On en avait besoin. J’espère que cette confiance va nous amener à d’autres victoires », a lancé le copropriétaire de l’équipe canado-israélienne, Sylvan Adams.
« Ça fait du bien au moral », a aussi mentionné Hugo Houle, bien positionné au 25e rang.
Au terme d’une étape folle entre Lille Métropole et Arenberg Porte du Hainaut, quatre coureurs couverts de boue se sont présentés pour l’explication finale après avoir résisté au peloton.
Hésitation dangereuse
Neilson Powless a attaqué à la flamme rouge alors que les trois autres rescapés se regardaient l’air béat. Edvald Boasson Hagen s’est finalement sacrifié pour briser le rêve de son adversaire, mais le sien aussi.
Épuisé, Clarke était toutefois encore dans la roue du Norvégien. Taco van der Hoorn a jeté ses dernières forces, mais Clarke est demeuré debout sur les pédales en lançant son vélo plus loin sur la ligne d’arrivée.
Recruté tardivement
Avec la disparition de son ancienne équipe Qhubeka, le vainqueur âgé de 35 ans avait trouvé refuge à la dernière minute chez IPT en janvier dernier, repoussant de peu une retraite forcée.
« L’hiver dernier, j’étais sans contrat. Alors, imaginez ce que je ressens. Ça dépasse ce que j’imaginais. Merci à mon équipe, qui m’a redonné une chance. J’essaie de saisir les opportunités, c’est ce que j’ai fait aujourd’hui », a affirmé Clarke, portant encore les marques de l’effort et la poussière de ce morceau de l’Enfer du Nord.
« Même avec cinq coureurs à l’avant, il fallait y croire. C’était une belle échappée », a-t-il ajouté.
Malgré une chute et un dangereux coup de guidon pour éviter une voiture, Wout van Aert a conservé son maillot jaune de justesse par 13 secondes, mais la Jumbo-Visma a failli se brûler en voulant tout sauvegarder en même temps.
Jonas Vingegaard a connu des ennuis mécaniques et Primoz Roglic se retrouve à plus de deux minutes de Tadej Pogacar. En catastrophe, le maillot jaune van Aert s’est même laissé glisser un moment pour aider ses coéquipiers. Le leader de l’équipe n’est peut-être plus le Slovène Roglic.
Au-delà des attentes
Avant ce succès incomparable, Simon Clarke avait arraché deux victoires d’étape au Tour d’Espagne en 2012 et 2018. Il a également remporté le classement de la montagne sur la Vuelta en 2012.
Sur la Grande Boucle en 2014, la cinquième étape et ses pavés avaient aussi permis à Simon Clarke de croire à la victoire, mais Lars Boom s’était imposé.
Cette galère a démontré pourquoi le peloton semblait roupiller un peu depuis quelques jours. Pour une fois, l’action promise a dépassé les attentes. Chutes, crevaisons, favoris piégés ou à la traîne, les pavés ont fait honneur à leur réputation crève-cœur.
Pour faire changement, c’est le maillot à pois Magnus Cort qui était le cinquième fugitif en début de course. Depuis vendredi dernier, le baroudeur danois a passé environ 75 % de l’épreuve en échappée.
Une tonne de pression en moins

Les accolades et les cris de joie étaient nombreux ce soir pour l’ensemble des coureurs et du personnel de soutien de l’équipe Israel-Premier Tech.
Ce premier succès tant espéré est survenu alors que les fans ne s’y attendaient pas. En plus de sauver leur saison et faire oublier d’un seul coup les ennuis du printemps, ce jour de gloire a fait baisser la pression de plusieurs crans.
Même Steve Bauer a sauté au cou du costaud chauffeur d’autocar. Outre les huit cyclistes, des dizaines d’autres personnes bossent jour et nuit pendant trois semaines.
Succès salutaire
« Une belle victoire au Tour de France sur une étape-clé, Clarke chapeau ! » a commenté Hugo Houle, fier des siens.
Mine de rien, le Québécois a une fois de plus terminé dans le premier groupe et pointe au 34e rang du classement général à seulement 1 min 51 s du maillot jaune.
« Derrière c’était assez chaotique. Un beau bordel. Il y a eu quelques chutes et j’ai été ralenti. C’est vraiment une bonne journée pour l’équipe », a-t-il terminé avant de disparaître à la douche.
Toutes les entrevues d’après-course ont d’ailleurs été entrecoupées de plusieurs tapes dans le dos. Guillaume Boivin était également heureux de la tournure des événements.
« Une victoire au Tour, c’est extraordinaire. Simon est un sniper. Quand il a l’opportunité, c’est rare qu’il manque son coup. »
À son deuxième Tour de France, Boivin aimerait avoir de meilleures sensations.
« Je dois gérer mes efforts. Je n’ai pas les meilleures jambes, mais la victoire va faire du bien. C’est bon pour le moral et la pression. Ça va motiver tout le monde à continuer dans cet élan », a analysé le cycliste de 33 ans.
Des souvenirs
« On ne peut pas demander une meilleure journée. On espère en gagner d’autres. Simon est vif et fort tactiquement. Le photo-finish a ajouté au suspense », a aussi précisé le directeur Steve Bauer, qui a revécu des émotions fortes aujourd'hui à Arenberg en songeant à sa deuxième place sur Paris-Roubaix en 1990.
Avant de savourer une coupe de champagne en famille, l’un d’entre eux a rappelé que Michael Woods attend patiemment la montagne. Tôt dans la première semaine, il reste encore du temps pour doubler la mise.
« Quand [Neilson] Powless a attaqué aujourd'hui à un kilomètre, j’étais sûr que c’était cuit pour Simon Clarke. Nous savons qu’il y a d’autres victoires qui peuvent nous attendre. Ce soir, on va leur permettre de prendre un verre, un petit ! » a terminé le patron Sylvan Adams.
Rentré au pays après le passage au Danemark, l’autre dirigeant Jean Bélanger s’en voulait un peu.
« Mais je suis tellement heureux de cette victoire et pas du tout sur l’étape attendue ! »
Dans le calepin...

- Aucun coureur n’avait quitté le Tour après quatre jours. Les deux premiers éclopés forcés d’abandonner sont l’Australien Jack Haig (Bahrain) et l’Autrichien Michael Gogl (Alpecin). Chez Arkea-Samsic, le Français Hugo Hofstetter a reçu une amende d’environ 300 euros (environ 398 $ CAD) pour « comportement déplacé ». La pause pipi des coureurs doit avoir un minimum de discrétion.
- En France et en Belgique, les masques et les gestes barrières ont disparu. Le nombre de cas de COVID-19 enregistrés chaque jour en France avoisine les 200 000, a annoncé mardi le ministre français de la Santé, François Braun.
- Le Tour, qui veut être carboneutre en 2030, devra être imaginatif avec la quantité de carburant nécessaire par jour. Ce n’est pas la mise en place de stationnements à vélos sur chaque étape et les ustensiles en bambou qui vont éliminer l’image de pollueur.
- À quelques kilomètres de l’arrivée, près du dernier secteur pavé à Arenberg, un grand drapeau du Québec était déployé en bordure du chemin. Son propriétaire français avait déjà étudié à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue en foresterie (UQAT). « Je ne sais pas pourquoi il met ça. Personne ne va comprendre », a dit sa mère. Faux.