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Réinventer son emploi: le Québec peine à se remettre des effets de la crise

La province enregistre deux fois plus de chômeurs que de postes vacants

Photo portrait de Francis Halin

Francis Halin

2021-02-06T05:00:00Z

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Même si l’économie du Québec a récupéré plus de 90 % des emplois perdus depuis le début de la pandémie en mars dernier, l’emploi sera au cœur de la relance économique. En novembre dernier, plus de 305 400 chômeurs peinaient toujours à trouver un emploi malgré les 146 420 postes à combler d’urgence dans la province.

Les prochains mois s’annoncent périlleux pour plusieurs travailleurs alors que l’aide aux entreprises devrait tranquillement s’estomper. Le taux de chômage a augmenté de deux points de pourcentage en janvier pour atteindre 8,8 %, soit le plus haut niveau depuis août, le mois dernier. De nombreux postes pourraient ne pas revenir de sitôt, malgré le vaccin.  

Des milliers de travailleurs des industries de services comme la vente au détail, l’hôtellerie, les banques et le transport verront leurs tâches changer à jamais. L’explosion du commerce électronique, l’automatisation et l’absence de touristes étrangers risquent aussi de compliquer la donne. Certains retourneront sur les bancs d’école pour se requalifier, d’autres préféreront abandonner leur emploi pour se lancer en affaires.

Avec l’essor du télétravail et une croissance économique encore fragile, le marché du travail ne sera plus pareil à la sortie de la pandémie. 

Le Journal est allé à la rencontre de ces travailleurs qui ont perdu leur emploi et pris la décision de faire d’autres métiers, par choix ou par nécessité :  

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Et bien d’autres témoignages

Plus qu’une job

Perdre son emploi est plus profond que perdre son gagne-pain, c’est perdre une partie de soi, selon François Matte, directeur général du Groupe Perspective de recrutement de personnel.

« Le travailleur québécois est inquiet, fatigué et usé émotivement. C’est sûr que perdre sa job, c’est perdre son statut. Il y a quelque chose de très profond. Peu importe le contexte, c’est un choc », dit-il. 

Pour renverser la vapeur, Québec a allongé 114,6 millions $ pour mettre sur pied le Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation (PARAF), auquel plus de 6665 personnes ont participé en date du 29 janvier.

« La pénurie de main-d’œuvre est toujours présente, mais à géométrie variable. En construction, en manufacturier, en transport et logistique, les pénuries sont toujours très fortes », estime Éric Boutié, président d’Événement Carrières.

Alors que certaines industries ont créé plus d’emplois qu’avant la pandémie (enseignement, professionnels, services aux entreprises), d’autres s’en sont moins bien sortis (hébergement, restauration, culture et construction). 

« Le personnel à pourboires dans les restaurants ou les hôtels qui voyaient leur salaire boosté à 40 $ ou 50 $ l’heure facilement, il n’y en a pas. Il y a de grands perdants là-dedans », illustre Jean-Claude Bernatchez, professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR.

Au même moment, dans les entrepôts, c’est la course aux candidats.

« On arrive à pourvoir en moins de 48 heures aujourd’hui un poste qui prenait trois semaines à pourvoir avant. On embauche parfois en 40 minutes », observe Martin Mathe, cofondateur d’AppyHere, qui recrute des travailleurs pour la SAQ.

Pour Mircea Vultur, spécialiste du travail à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), la COVID-19 aura été le prétexte qui a poussé certains à passer à l’action dans leur vie professionnelle.

« Pour certains, cette pandémie-là a été une bénédiction parce que ça les a amenés à changer de métier qui ne leur plaisait pas forcément », conclut-il.

– Avec la collaboration de Michel Girard

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