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Réinventer son emploi: elle troque sa plume pour des outils

Après avoir roulé sa bosse dans l’édition et les magazines féminins, elle devient charpentière-menuisière

Photo portrait de Martin Jolicoeur

Martin Jolicoeur

2021-02-06T05:00:00Z

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Elle était une habituée des tapis rouges, des défilés, des vernissages et des canapés du Ritz... Aujourd’hui, celle qui a fait carrière dans l’édition et les magazines féminins passe ses journées sur les chantiers de construction.

Deux semaines après que Québec décrète l’urgence sanitaire en mars dernier, Annie-France Charbonneau se retrouve sans emploi. L’attachée de presse de 47 ans, à l’emploi d’une grande maison d’édition québécoise, ne se fait aucune illusion sur la possibilité de se retrouver un boulot de si tôt.

« Les médias sont en crise depuis des lustres. Les communications et la culture ne vont guère mieux. Chaque jour est un combat pour ses artisans. Avais-je envie de continuer de me battre, encore et encore pour y demeurer ? Je me suis dit que c’était peut-être le temps de me réinventer. »

Une victoire

À peine deux mois plus tard, la mère de trois adolescents, de Montréal, prend son courage à deux mains et dépose sa candidature à l’École des métiers de la construction. 

Pandémie oblige, la session d’automne de charpenterie-menuiserie est annulée... Tenace, elle réussit quand même à convaincre un entrepreneur de la prendre sous son aile et de lui garantir les heures nécessaires à l’obtention de ses cartes de compétence.

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« On me considère officiellement maintenant comme “apprenti”. Sur ma carte de la Commission de la construction du Québec, on peut lire le titre de charpentier-menuisier, à côté de mon nom. C’est étrange, mais c’est quelque chose qui me rend vraiment fière ; je le vois comme une vraie victoire ! »

Aujourd’hui, celle qui a débuté sa carrière chez Trustar et dirigé entre autres les magazines Star inc., Moi & cie et Coup de pouce, passe ses journées à construire, réparer, rénover, des plafonds aux planchers, des tours d’habitation du centre-ville de Montréal. Et jamais, au grand jamais, ne lui est-il arrivé encore de regretter sa décision.

S’être trouvée

« Bien sûr que l’on travaille fort, qu’il y a des fins de journée où tu ne sens plus tes doigts. Mes ongles n’ont plus du tout l’allure de la chroniqueuse mode que j’ai été. Et puis ma garde-robe, on n’en parle pas... Mais tu sais quoi ? Je n’ai jamais été aussi bien ! 

« En 25 ans, pour la première fois, je peux arrêter de penser après les heures de travail. Je n’ai plus à être disponible 24 heures, 7 jours sur 7. Quand j’arrive à la maison, la job est finie, je suis maître de mon temps que je peux consacrer à ce que j’aime [musique, écriture, lecture]. 

« C’est fou, mais je réussis à lire plus de livres aujourd’hui que lorsque j’étais dans le milieu de l’édition ! Bref, après avoir longtemps tenté de me prouver, j’ai l’impression de m’être enfin trouvée. Et cela, c’est un magnifique cadeau. »

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