Quand un adversaire te sauve la face


Laurent Dubreuil
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J’ai vécu une dernière semaine vraiment malchanceuse. Mes bagages sont arrivés en Allemagne avec deux jours de retard, je n’ai pas été en mesure de prendre le départ à la dernière Coupe du monde avant les Jeux olympiques – j’y reviendrai! – et... j’ai cassé la lame d’un de mes patins.
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Une de mes lames préférées. J’en possède deux paires et il y en a une sur laquelle je me sens mieux. C’est avec elles que je veux patiner à Milan.
Je faisais un départ à l’entraînement, jeudi dernier. J’ai piqué dans la glace et je suis tombé. Ça peut arriver: à l’entraînement, ce n’est pas si grave, l’idéal, c’est que ça ne survienne pas en compétition.
La lame en soi n’a pas cassé. C’est une pièce qui relie la lame au patin qui s’est tordu.
Par chance (j’en ai au moins eu un peu dans cette semaine!), il y avait un patineur néerlandais qui retournait aux Pays-Bas et qui pouvait l’apporter à l’usine de Viking, qui produit la majorité des lames des patineurs sur le circuit, dont les miennes.
Étonnant, non, qu’un adversaire donne ainsi un coup de main à un rival, à trois semaines des courses olympiques? En fait, pas vraiment.
Une culture saine
Le patinage de vitesse longue piste, ce n’est pas un sport où l’on est tous groupés sur la ligne de départ. On est chacun dans notre corridor et on fait notre propre course, on ne se donne pas du coude.
Du moins, dans mes distances: ce n’est pas la même chose, par exemple, au départ groupé, où là, certains s’aiment moins la face.
Dans mes compétitions, tout le monde fait son temps, et ce sont les trois plus rapides qui remportent des médailles.
Alors oui, c’est super gentil de sa part. J’aurais pu trouver d’autres solutions. On aurait même pu rouler huit heures jusqu’aux Pays-Bas pour aller les porter, mais ça n’aurait pas été l’idéal. J’aurais pu en acheter une autre paire, mais ça coûte environ 1500$.
Donc c’est vraiment apprécié. En même temps, je me dis que si pour battre un adversaire, tu dois t’empêcher de l’aider, quelle culture malsaine.
Sinon, comme je le disais au départ, je n’ai pas pu être du départ de la Coupe du monde d’Inzell, qui est la dernière avant les Jeux.
Vendredi matin, à environ 1 h 30 du départ du 500 m, j’ai ressenti une tension à l’aine droite, lors de l’échauffement sur la glace.
J’ai fait une accélération, j’ai fait un départ... et lors du départ, j’ai senti mon aine se tendre vraiment beaucoup. On a tenté de la relâcher avec la thérapeute du sport, mais elle restait tendue.
Pas la fin du monde
La crainte, c’était que la blessure s’aggrave, à trois semaines de mes départs aux Jeux. Alors on a préféré que je ne prenne pas le départ à la Coupe du monde, ce qui n’était pas la fin du monde: ce n’était pas la compétition la plus importante de la saison.
Les blessures à l’aine, ça arrive souvent en patinage de vitesse, parce que c’est une partie de notre corps qui est très sollicitée au départ. J’en ai eu à la droite, à la gauche, des plus sérieuses, d’autres moins.
Mais dans ce cas-ci, je me sens déjà beaucoup mieux, et j’aurais sans doute pris le départ à Inzell si ça n’avait pas été une année olympique. Je n’ai donc aucune inquiétude pour les Jeux.
- Propos recueillis par Jessica Lapinski