Pourquoi la «fusion» entre le circuit de la PGA et LIV Golf n’est toujours pas survenue
Aucune entente n’est encore survenue entre le circuit de la PGA et le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite


François-David Rouleau
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AUGUSTA | Dix mois se sont écoulés depuis que le commissaire du circuit de la PGA, Jay Monahan, et le gouverneur du Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite (PIF), Yasir Al-Rumayyan, ont créé une énorme secousse dans le monde du golf professionnel en arrivant à un accord de principe pour mettre fin à leur dispute et se réunir. Mais rien n’est toutefois encore signé. Un investissement de 3 G$ d’un consortium en janvier et une rencontre aux Bahamas en mars montrent néanmoins que les choses bougent.

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Voici ce qu’il faut savoir sur les négociations quant au futur paysage du golf masculin professionnel.
Où en est rendu le partenariat avec le Fonds souverain d’Arabie saoudite?

C’est la grosse question alors que les négociations se poursuivent derrière des portes closes. Très peu d’informations en suintent. Même les golfeurs du circuit de la PGA en savent très peu ou pas du tout. Il y a un mois, au Players de Ponte Vedra Beach, Monahan s’est aussi fait avare de commentaires pour ne pas froisser les parties impliquées dans le processus.
Mais force est d’admettre que les négociations ne sont pas aussi faciles quand il y a autant de monde autour de la table et de la réticence chez les golfeurs. La première échéance à l’entente de partenariat était fixée au 31 décembre. Elle a été prolongée afin de faire débloquer les choses au fil de l’hiver. Aux dernières nouvelles, datant de la mi-mars, les négos de l'hiver avec le PIF iraient bon train. Les rencontres se sont même multipliées parce que Monahan s'est rendu à Riyad en janvier.
3 milliards d’un consortium formé de riches proprios d’équipes

À la fin de janvier, le circuit de la PGA a annoncé en être venu à une entente avec le Strategic Sports Group (SSG), un consortium composé de grands financiers et de proprios de clubs sportifs d’Amérique et d’Europe. Dans le lot, on retrouve Arthur Blank, des Falcons d’Atlanta (NFL) et du Atlanta United (MLS), mais aussi Mark Attanasio, des Brewers de Milwaukee (MLB) et de Norwich City FC (Angleterre), en plus de Gerry Cardinale, proprio de l’AC Milan et du FC Toulouse. Ce dernier est le grand patron de RedBird Capital Partners, une firme privée d’investissement qui a des billes dans Fenway Sports Group, propriétaire des Red Sox (MLB), des Penguins de Pittsburgh (LNH), du Liverpool FC (Premier League), de RFK Racing (NASCAR) et qui est aussi impliqué dans SSG. Fenway Sports Group est l’un des gros joueurs dans SSG.

Le propriétaire des Cubs de Chicago, Tom Ricketts, et celui des Mets de New York, Steve Cohen, sont aussi du nombre.
SSG est aussi réputé pour tenir des liens étroits avec les investisseurs étrangers, dont les Saoudiens. Le PIF détient d’ailleurs des parts dans Home Depot, fondée par Blank.
Par ailleurs, le président de Fenway Sports Group, Michael Gordon, est responsable des opérations du Liverpool FC, qui joue dans la même ligue de soccer que le Newcastle United, propriété du PIF dont Al-Rumayyan est le grand patron.
On observe donc des liens rapprochés entre la majorité des acteurs dans cette entente.
Quel est le plan?

Réunir les circuits majeurs de golf professionnel. Le circuit de la PGA et le circuit européen opèrent sous le même chapeau depuis des années. L’arrivée de LIV Golf a créé des remous en attirant de gros noms à grands coûts dans ses rangs, fragilisant donc les circuits traditionnels et creusant un profond fossé entre les factions.
Pour l’instant, chacun des circuits opère à sa façon. Si une entente de fusion survenait, on tracerait un chemin pour que les golfeurs de LIV puissent à nouveau compétitionner sur le PGA. Mais de grands noms parmi les directeurs du comité des joueurs du PGA Tour s’y opposent, dont Jordan Spieth et Adam Scott. Scottie Scheffler et Justin Thomas sont aussi réticents à repaver ce chemin.
Mais à la table de négociations, les dirigeants du PGA Tour et du circuit européen, Al-Rumayyan et les lourds investisseurs militent pour réunir le monde professionnel et créer une structure qui lui fera traverser le temps.
Justement, les parties étaient réunies aux Bahamas, il y a moins de trois semaines, où Tiger Woods a reçu le gouverneur du PIF avec la direction du PGA Tour, des investisseurs de SSG et Fenway Sports Group afin de mieux faire connaissance.
Le Sénat américain ne lâche pas le morceau

Le sénateur démocrate du Connecticut est décidé à déterrer toutes les racines des investissements du PIF aux États-Unis, dont celle menant à l’entente de principe avec la PGA avec la création d’un sous-comité sénatorial enquêtant sur le sujet.
Il faut savoir que le PGA Tour est un organisme à but non lucratif créé en 1968. Il est donc exempt d’impôts fédéraux. À la suite de l’entente avec le PIF, une nouvelle structure commerciale a été fondée avec PGA Tour Entreprises. Le commissaire Monahan en est le grand patron, et Al-Rumayyan sera aussi assis autour de la table une fois le partenariat officiellement conclu.
Bref, Blumenthal et ses collègues cherchent par tous les moyens à interroger les représentants du PIF qui font tout en leur pouvoir pour lui glisser entre les pattes. Il a même demandé à questionner les quatre firmes de consultation mandatées par le PIF: Boston Consulting Group, M. Klein & Company, Teneo et McKinsey & Company, cette même entreprise qui opère autour du gouvernement québécois.
Qu’importe, l’enquête continue à suivre son cours. Blumenthal souhaite limiter l’influence de l’argent saoudien en sol américain.
Les 4 championnats majeurs et abandon de candidature

Les quatre tournois du Grand Chelem sont menés par des entités indépendantes, soit l’Augusta National, la PGA d’Amérique, l’Association de golf des États-Unis et le Royal and Ancient. Elles sont donc maîtres de leurs décisions, mais souhaitent toutes réunir les meilleurs golfeurs dans leur championnat respectif. Bien que très strict et campé sur ses positions en 2022, le R&A semble s’être assoupli, car Al-Rumayyan a été aperçu avec ses dirigeants, l’automne dernier, dans un Pro-Am du Championnat Alfred Dunhill. Le Saoudien portait même un nom d’emprunt pour passer incognito!
Étant l’un des outils de sélection pour entrer dans les tournois majeurs, le classement mondial a perdu de son lustre depuis deux ans. LIV Golf avait déposé une candidature pour intégrer le système de pointage et pour que ses golfeurs puissent continuer à obtenir de précieux points. Mais le modèle du circuit n’était pas compatible sur plusieurs critères. LIV a laissé tomber sa candidature il y a un mois.