Pas d’ICE au Super Bowl: «On évite le chaos»


Stéphane Cadorette
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SAN FRANCISCO | Les rues de San Francisco grouillent de monde à l’approche du 60e Super Bowl. Parmi la visite, ceux qui n’étaient manifestement pas les bienvenus et dont l’absence ne fait de peine à personne, ce sont les agents de l’immigration. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est la police elle-même!
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C’est magique, cette semaine au royaume du Super Bowl. Je me demandais si l’atmosphère serait tendue à San Francisco, une ville reconnue pour son idéologie progressiste.
Je ne vous apprends rien, ce n’est pas la joie dans certaines villes américaines à tendance démocrate, particulièrement Minneapolis.
Avant de quitter Québec, je consultais plusieurs reportages sur les mesures de sécurité potentielles à San Francisco et ce qui revenait constamment dans les manchettes, c’était la possible présence accrue de la police fédérale de l’immigration («l’ICE»).
Le week-end dernier, une manifestation a d’ailleurs eu lieu au cœur de la ville pour inviter l’ICE à ne pas se pointer en ville. On sentait que la situation avait le potentiel de mal tourner.

Une bonne nouvelle
Mardi, la cheffe de la sécurité de la NFL, Cathy Lanier, a semblé enlever un poids énorme des épaules de bien des gens en affirmant que la police de l’immigration ne prévoyait pas d’opérations à San Francisco. En fait, elle a spécifié qu’elle avait bon espoir que l’ICE ne s’en mêlerait pas, donc sait-on jamais...
C’est un sujet qui a monopolisé toute l’attention durant la conférence de presse sur les mesures de sécurité entourant le Super Bowl.
Les nombreux journalistes sur place semblaient n’avoir rien à cirer de potentielles menaces terroristes, de protection de l’espace aérien ou du fait que le protocole de sécurité se met en place depuis 18 mois pour protéger les résidents et les quelque 1,3 million de visiteurs attendus.
Les questions tournaient autour de l’ICE, de l’ICE et de l’ICE encore.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Un policier soulagé
Dans les rues, c’est une autre histoire. La visite ne se laisse pas perturber par ces questions. C’est la grand-messe du football et la bonne humeur règne.
Dans cet amoncellement d’humains, je suis probablement tombé sur la personne la plus soulagée du monde que la police de l’immigration ne s’invite pas au party.
Pas un immigrant. Pas un politicien. Pas un confrère journaliste. Je parle plutôt du sergent Dennis Hoang, de la police de San Francisco. Je l’ai abordé parce qu’il semblait en pause. Aussi, un peu je l’avoue, parce qu’il avait l’air d’avoir une bouille franchement sympathique malgré l’ampleur de sa tâche cette semaine.
«On évite le chaos. Nos ressources peuvent être entièrement consacrées à la protection des gens, plutôt qu’à autre chose», m’a-t-il lancé quand je lui ai demandé comment il percevait l’absence de l’ICE à San Francisco.
«Dans notre département, notre protocole prévoit qu’en cas de présence de toute agence fédérale de l’immigration, nous ne collaborons pas et nous ne travaillons pas à leurs côtés», a-t-il ajouté pour démontrer que l’ICE en ville ne semblait pas plus désirable qu’une colonoscopie.
À chaque Super Bowl que je couvre, je suis fasciné par les ressources monstres investies dans la sécurité. Cette semaine, San Francisco ne fait certainement pas exception à la règle. Dennis Hoang estime que 1600 policiers de la Ville sont en service, sans possibilité de prendre congé.

Ça, c’est sans compter évidemment les forces policières de Santa Clara, où sera disputé le Super Bowl, dimanche, au Levi’s Stadium. On ne parle pas non plus de la sécurité à San Jose, où les Seahawks logent et où des activités thématiques sont prévues. Et on ne parle pas non plus des agences fédérales, du FBI et de tout le bataclan.
Une police différente
Ce qui change complètement des autres villes hôtesses du Super Bowl que j’ai eu la chance d’explorer au fil des ans, c’est que les gens à San Francisco n’hésitent pas une seconde à s’adresser aux policiers. Pas pour quémander une amende, bien sûr, mais plutôt des égoportraits avec eux ou pour caresser les pitous de l’escouade canine.
«Les gens aiment nous remercier et se prendre en photo avec nous, une demande qu’on accueille positivement. Ici, on veut changer la perception négative à l’égard des forces de l’ordre. On ne se présente pas comme les gros costauds qui veulent faire peur. C’est important de montrer notre côté humain», m’a dit monsieur le sergent.

En début de semaine, la présidente et cheffe de la direction du comité organisateur du Super Bowl, Zaileen Janmohamed, une dame originaire de Vancouver, me mentionnait aussi que San Francisco n’avait pas besoin de la présence de l’ICE.
«On pense qu’il y a moyen d’être sécuritaire et accueillant en même temps. Ces deux choses peuvent coexister», m’avait-elle glissé.
À voir San Francisco animée à ce point à toute heure de la journée, ça semble bien le cas. On ne sait pas si ce n’est que partie remise pour l’arrivée des policiers de l’immigration dans ce bastion démocrate, mais tout laisse croire que, cette semaine, la fête ne sera pas la cible de turbulences.
Voilà qui apaise la visite. Voilà qui soulage la police, dont mon nouvel ami Dennis Hoang.
Il y a bien juste ma mère qui ne sera jamais totalement rassurée.