On vient d’apprendre que les éléphants se donnent des noms et qu’ils peuvent s'appeler à des kilomètres à la ronde


Sarah-Florence Benjamin
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Les éléphants d’Afrique communiqueraient entre eux à l’aide de leur nom, avance une nouvelle étude parue lundi dans Nature Ecology & Evolution. Ils seraient les seuls animaux autres que les humains à utiliser des noms uniques pour s’adresser à leurs semblables.
L’équipe de chercheurs, dirigée par l’écoéthologue Mickey Pardo, a découvert que les éléphants d’Afrique s’appelaient, parfois sur de grandes distances, en utilisant des vocalisations qui s'adressent à des individus précis.
En plus du barrissement qu’on leur connait bien, les éléphants communiquent par une variété de sons, dont de forts grondements à basse fréquence, qui peuvent être entendus à près de six kilomètres et donc par des congénères qui ne sont pas en proximité.
C’est notamment parce qu’ils sont des animaux hautement sociaux — ils vivent dans des groupes tissés serrés dirigés par une femelle âgée — que les éléphants auraient développé cette capacité à nommer leurs semblables.
L’équipe de chercheurs a aussi observé que ces grondements servaient à se saluer et à rassurer les bébés.
Possible grâce à un algorithme
Après avoir observé et enregistré des éléphants femelles et leurs petits au Kenya, les chercheurs ont entraîné un algorithme à associer différents grondements d’appel aux individus auxquels ils étaient adressés.
Le taux de réussite de l’algorithme était de 27,5%. Le hasard n’aurait pas permis d’arriver à un tel pourcentage, plaident les scientifiques, qui ne s’attendaient pas à un score parfait de la part de l’algorithme.
Il est d’ailleurs possible que les éléphants ne s’interpellent pas entre eux chaque fois qu’ils grondent ou que des éléphants utilisent différentes variations d’un même nom pour désigner un même individu, ajoute Mickey Pardo.
Lorsqu’ils ont fait rejouer les enregistrements des vocalisations aux éléphants auxquels elles étaient adressées, ceux-ci ont d’ailleurs généralement répondu.
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Unique dans la nature
Ce qui rend les vocalisations des éléphants — et le langage humain — uniques par rapport aux cris d’appel d’autres animaux est leur caractère arbitraire, c’est-à-dire qu’il n’est pas basé sur l’imitation.
Certains animaux comme les dauphins ou les perroquets utilisent certains sons pour appeler leurs congénères. Or, ces appels se liment souvent à imiter la vocalisation de l’animal duquel ils veulent attirer l’attention.
Prendre un élément de langage arbitraire et l’associer à un individu témoigne de la grande intelligence des éléphants, ainsi que de la richesse des liens sociaux qui régissent leurs groupes qui atteignent parfois 50 animaux.
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Bon pour la conservation
Mickey Pardo espère que la recherche va permettre aux humains de mieux comprendre les éléphants et de mieux les protéger.
«Les gens n’apprécient souvent que ce qu’ils comprennent et ne comprennent souvent que ce qui est proche d’eux», soutient l’écoéthologue.
À la lumière de ses découvertes, il estime que ce ne serait plus éthique de garder des éléphants en captivité dans des zoos, compte tenu de la complexité de leurs structures sociales.
L’éléphant africain est une espèce en danger critique.
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Dans les régions du Kenya où Pardo et son équipe ont basé leur recherche, la cause de mortalité principale des éléphants est le conflit avec les humains. La cohabitation entre ces grands mammifères et les habitants locaux, qui sont en compétition pour l’accès à l’eau et aux pâturages pour leurs troupeaux, est difficile.
Plus de données sur le langage et le comportement des éléphants sont essentielles pour trouver des compromis réalistes qui avantageraient autant les éléphants que les populations locales.
Avec les informations de Vox