On a parlé au luthier qui a fabriqué la guitare à deux manches d’Angine de poitrine


Alice Fournier
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Tout du groupe québécois Angine de poitrine fait jaser : des costumes, au langage inventé que parlent les musiciens, en passant par leur rock progressif déjanté. Mais il y a aussi la guitare à deux manches, fabriquée par le luthier Raphaël Le Breton. Portrait de l’artisan originaire d’Alma.
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Difficile de ne pas écarquiller les yeux à la vue de la double guitare blanche à pois noirs maniée avec dextérité par le bassiste Khn, du groupe Angine de poitrine.
Le modèle, un instrument microtonal à deux manches, a été réalisé sur mesure par le Saguenéen Raphaël Le Breton.
« Il permet au musicien de produire les sons d’une guitare et d’une basse, sur le même et unique instrument », explique l’artisan de 39 ans.
Le parcours de Raphaël n’est pas sans embûche. Fils de musicien, il se dote de sa première guitare électrique à l’âge de 15 ans. Il l’arrange et la modifie à sa guise. C’est là que la piqûre survient.

Après avoir décroché de l’école, il reprend des études à l’âge de 20 ans et réalise une technique en métier d’art avec une spécialité en lutherie, à Québec. Il travaille plusieurs années dans des boutiques d’instruments en région, avant de monter son propre atelier, la lutherie Le Breton.
« Avant Angine de poitrine, la fabrication de guitare n’était vraiment pas mon activité première », raconte celui qui s’occupait principalement de réparer et ajuster des instruments déjà existants.
Il faut dire que le métier exige d’être outillé de manière spécifique, ce qui n’est pas donné à tout le monde, selon lui.
Une rencontre décisive
En juillet 2023, Khn contacte Raphaël avec un projet bien spécial : une guitare à deux manches, un instrument microtonal pour jouer de la musique expérimentale.
« Il avait déjà réalisé un prototype, il savait ce qu’il voulait. Sa compréhension musicale dépasse la mienne ! », confie Raphaël.

Après plusieurs échanges écrits, et quelques rencontres essentielles pour bien cerner ce que demande le groupe, l’instrument a commencé à voir le jour.
« La fabrication a duré plusieurs mois, il a fallu la retoucher après plusieurs utilisations pour la rendre optimale », explique le luthier.
L’instrument a été finalisé en octobre de la même année, après plus de 150 heures de travail. Il aurait coûté au moins 6000 $ au bassiste.
« On a utilisé de l’érable, de l’ébène, de l’acier inoxydable », énumère Raphaël. Des choix de matériaux standards, mais sûrs. Rien n’a été laissé au hasard.
Le Saguenéen raconte même que les repères pour les frettes sur le manche ont été faits beaucoup plus gros et plus visibles que la norme, avec des pigments phosphorescents rouge et vert qui réagissent à la lumière.
« Il faut bien qu’il voit avec son casque et les signes de dollars dorés sur les yeux », fait-il valoir.
Place à la fabrication
Ce projet aura donné le goût à Raphaël de se concentrer sur la fabrication d’instruments.
« Angine m’a contacté pour un deuxième instrument. On n’a pas encore eu le temps de s’asseoir pour en parler, mais c’est sûr que s’ils partent en tournée, ça va leur prendre un back up», raconte le Saguenéen.

Ce genre d’instrument est vraiment difficile à jouer, et n’était pas très populaire avant Angine de poitrine, selon lui.
Raphaël Le Breton note d’ailleurs un intérêt de plus en plus fort pour son travail, même si son carnet de commandes ne s’est pas encore rempli.
« Ce qu’ils ont réussi à accomplir en quelques mois, c’est fou ! Angine a propulsé ma carrière », s’enthousiasme-t-il.