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«Argo»: la vraie histoire derrière le film ou comment le Canada a permis de libérer les otages américains d’Iran en 1980

Photo Warner Bros
Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2026-03-06T22:02:10Z

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Quelques jours après le début de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran – et à une semaine de la cérémonie des Oscars –, la controverse autour du film à succès Argo refait surface. On lui reproche d’avoir écarté le rôle du Canada dans le sauvetage de six otages américains à Téhéran, en 1980, alors que 90 % de l’opération aurait été réalisée par le pays aux dires même du président démocrate de l’époque, Jimmy Carter. On vous explique.

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« C’est la meilleure mauvaise idée que nous ayons, et de loin », aurait affirmé l’agent de la CIA, Tony Mendez, au moment de dévoiler au gouvernement des États-Unis son plan rocambolesque pour exfiltrer d’Iran les six diplomates américains cachés à l’ambassade canadienne peu après la révolution islamique de 1979. 

C’est du moins ce que raconte le scénario du film à suspense Argo, paru en 2012, qui a fait de Tony Mendez le héros de l’opération « Canadian Caper ». 

Photo Warner Bros
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Après un an de manifestations réprimées par l’armée, le peuple iranien met fin en 1979 au régime autoritaire du shah Mohamed Reza Pahlavi, alors soutenu par les États-Unis qui l’ont accueilli afin d’y soigner son cancer. 

Cette décision révolte la population, qui réclame son retour au pays pour qu’il soit jugé puis exécuté. 

Le 4 novembre, des centaines d’étudiants iraniens envahissent l’ambassade des États-Unis à Téhéran où ils retiendront tout son personnel en otage pendant 444 jours. 

Six diplomates ont cependant réussi à s’échapper discrètement par une porte-arrière. Ils trouveront refuge à l’ambassade canadienne quatre jours plus tard. 

Argo: le faux film

La CIA apprend la nouvelle en décembre 1979. L’agent Tony Mendez, spécialiste de l’exfiltration, est alors chargé d’élaborer un plan pour les ramener sains et saufs au pays. 

Le seul moyen d’y arriver est de les extrader par avion depuis l’aéroport de Téhéran. Il faudra toutefois passer les contrôles policiers en imaginant une couverture crédible pour les six Américains qui ne parlent aucune langue étrangère et qui n’ont jamais été formés à la clandestinité. 

Ottawa accepte de leur fournir des passeports canadiens, mais comment expliquer leur présence en sol iranien ? 

L’idée proposée par Tony Mendez semble invraisemblable : les diplomates se feront passer pour une équipe de cinéma canadienne venue effectuer un repérage pour un film de science-fiction nommé Argo. Près de la moitié de l’Iran est couvert de déserts, un décor de choix, donc, pour évoquer les paysages lunaires ou la surface de Mars. 

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La CIA ne lésine sur aucun moyen pour assurer la crédibilité du film de science-fiction : une fausse maison de production est créée, des publicités qui annoncent Argo sont déployées dans les magazines de cinéma et une soirée de lancement est même organisée dans un club de Los Angeles. 

Tony Mendez attribue à chacun des diplomates un rôle dans l’équipe de cinéma, avec une biographie à apprendre par cœur et des éléments de camouflage physiques. 

Pour les rendre méconnaissables, il fait appel à l’expertise du célèbre maquilleur hollywoodien, John Chambers, reconnu pour la création des oreilles pointues de Spock dans Star Trek, des masques de Mission impossible et des primates de La Planète des singes de 1968. 

Au petit matin du 28 janvier 1980, les six diplomates disent au revoir à l’ambassadeur du Canada et prennent la route vers l’aéroport de Téhéran. 

L’opération est réussie : ils rentreront tous sains et saufs aux États-Unis. 

Ken Taylor, le véritable héros

Cette histoire avait tous les ingrédients pour en faire un succès hollywoodien. 

Que sera, sera : le thriller politique Argo réalisé par Ben Affleck – qui interprète aussi Tony Mendez – raflera trois statuettes à la cérémonie des Oscars en 2013, dont le prix du meilleur film, ainsi que deux Golden Globes. 

Le film méritait ses récompenses, a affirmé l’ancien président démocrate, Jimmy Carter, dans une entrevue accordée à Piers Morgan de CNN. 

Les faits ne sont toutefois pas exacts, a précisé Carter. 

L’histoire racontée prend de grandes libertés, et on le lui reprochera. L’œuvre a été vivement critiquée pour avoir minimisé le rôle crucial du Canada et de son ambassadeur en Iran, Ken Taylor, qui était le véritable maître d’œuvre sur le terrain. 

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L’ambassadeur canadien Ken Taylor
L’ambassadeur canadien Ken Taylor Photo tirée de Wikicommons

Dans le Argo de Ben Affleck, la quasi-entièreté du crédit pour le sauvetage des diplomates américains revient à la CIA. Et pourtant, 90 % de l’opération aurait été réalisée par le Canada aux dires même du président Carter. 

« À mon avis, le héros principal était l’ambassadeur canadien Ken Taylor qui a orchestré tout le processus », a-t-il souligné à Piers Morgan. 

Le Canada risquait gros en accueillant à l’ambassade les six diplomates en cavale. Que se passera-t-il si les Iraniens découvraient le subterfuge ? 

Mais Ken Taylor n’a jamais hésité à leur offrir l’asile chez lui. Ils y vivront plusieurs mois, sans sortir, dans l’angoisse permanente d’être retrouvés et arrêtés. 

C’est lui qui était chargé de transmettre les comptes rendus et les renseignements au gouvernement américain, puis les messages aux agents d’infiltration de la CIA. Ken Taylor a même repéré des lieux d’atterrissage potentiels pour des hélicoptères à Téhéran. 

Pour son courage, Ken Taylor a reçu la médaille d’or du Congrès américain puis a été nommé officier de l’Ordre du Canada.

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