On a caché des GPS dans des vêtements donnés à Montréal: voici où ils sont allés

Axel Tardieu
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Les chances que les vêtements usagés que vous déposez dans les boîtes de dons soient redistribués aux personnes démunies du Québec sont minces. Dans bien des cas, ils quittent le pays en quelques jours à bord de conteneurs qui finissent en Afrique. 24 heures a suivi le parcours de vêtements donnés à Montréal en y cachant des traqueurs GPS.
Huit AirTags ont été dissimulés il y a plus d’un an dans des chaussures, des shorts, une casquette et une veste. Ces vêtements ont ensuite été déposés dans cinq boîtes de dons à Montréal qui appartiennent à des organismes ou des entreprises privées.

Aujourd’hui, où sont rendus ces traqueurs? Nous avons perdu la trace de deux d’entre eux. Un AirTag a fini sa course en Inde, et les cinq autres se sont rendus en Tunisie.
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Contactées par 24 heures, les entreprises derrière ces boîtes ne nous ont jamais répondu, sauf Le Support qui a envoyé nos vêtements en Afrique du Nord. L’organisme œuvre auprès des personnes avec une déficience intellectuelle.
Philippe Sibies, son directeur général entre 2013 et 2025, explique avoir été contraint d’exporter les dons reçus durant la pandémie «pour assurer la survie de l’organisation».
Après 32 ans de collaboration, Village des Valeurs a mis fin à notre contrat d’approvisionnement en mai 2020», explique-t-il.
«On a identifié des acheteurs qui étaient essentiellement en Tunisie, donc 100% des donations étaient vendues là-bas jusqu’en 2024, puis 50% en 2025.»
Sur leur site internet ou leurs boîtes de don, la destination des vêtements n’est pas clairement indiquée. Il concède avoir manqué de transparence: «On aurait pu l’écrire, effectivement.»

La porte d’entrée des vêtements d’occasion
La Tunisie reçoit chaque année 160 000 tonnes de vêtements de seconde main, ce qui en fait un des plus gros joueurs de la friperie au niveau mondial.
Cela fait de ce pays du Maghreb la porte d’entrée des vêtements d’occasion en Afrique.
Une fois arrivé sur le continent, un vêtement a de fortes chances d’atterrir au Ghana, aussi appelé la poubelle de la fast fashion.

Accra, capitale du Ghana, accueille le plus grand marché de seconde main du monde recevant environ 15 millions d’articles par semaine. Plus de 40% de ces vêtements seraient invendables et finiraient dans la nature ou dans l’océan, selon The Revival, une association locale qui lutte contre le gaspillage textile.
«Ça crée beaucoup de pollution, observe Yayra Agbofah, son fondateur. Les sites d’enfouissement sont pleins. Nos systèmes d’égouts et de traitement de l’eau sont bloqués à cause des vêtements jetés partout.
«Il y a tellement de vêtements qu’on doit en brûler à ciel ouvert, mais ça pollue l’air que nous respirons et nos plages débordent de ces déchets», rajoute-t-il.
The Revival assure que le Canada est l’un des cinq plus gros pays à l’origine de cette pollution.
«Nous voyons souvent des sacs avec le drapeau canadien sur l’étiquette. Ils passent par la Tunisie et Dubaï», dit-il.

Un enjeu planétaire
Le monde croule tellement sous les vêtements usagés que leur valeur baisse dans les pays comme la Tunisie, affirme Philippe Siebes de l’organisme Le Support.
Résultat: Le Support n’arrivait plus à survivre. Ses activités ont été reprises en novembre par Renaissance, qui revend désormais leurs dons, ici, au Canada.
«Le volume de textiles dans le monde, c’est une catastrophe qui doit être prise au sérieux», estime Éric St-Arnaud, directeur général de Renaissance, qui pointe du doigt la surconsommation, surtout des vêtements de mauvaise qualité.
«C’est un enjeu planétaire, mais on ne le réalise pas», dit-il.
L’organisme La Collecte, qui compte 95 boîtes de dons dans les rues du Grand Montréal, déborde aussi de vêtements de mauvaise qualité depuis 2023, année où les ventes de Shein et Temu ont explosé.
«L’ultra fast fashion pousse à surconsommer et ça nous impacte financièrement, dit Benoit Tessier, son directeur des communications. On a plus de dix tonnes de vêtements qui dorment dans un entrepôt rien que cette semaine».
Acheter moins de vêtements et les porter plus longtemps: pour les associations environnementales, c’est la seule façon de freiner une mode facile à produire, mais presque impossible à éliminer.