L’investisseur futé: le risque, «ça met du piquant dans ma vie», dit ce retraité


Sylvain Larocque
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Dans cette chronique, nous vous donnons des idées concrètes pour placer votre argent.
Qui a dit que les aînés n’aimaient pas le risque? Un fidèle lecteur de cette chronique est à la retraite depuis plusieurs années et ne lui parlez surtout pas d’investir dans un fonds équilibré!
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«Ne dites pas ça à vos lecteurs: mon portefeuille est à 100% en actions», lance Gilles Graton, 76 ans, dans un éclat de rire.
Quand ils avancent en âge, bien des investisseurs réduisent leur pondération en actions au profit des obligations et des placements sûrs comme les certificats de placement garanti (CPG).
Mais pas cet ancien notaire de Blainville.
«Moi, ça met du piquant dans ma vie!», dit-il.
«Je pense que ça va avec ma personnalité. Ça prend un peu de témérité aussi.»
Snobé par Desjardins
C’est presque par accident que M. Graton a commencé à gérer lui-même ses placements. Il y a plusieurs années, il était chez Desjardins et on lui avait fait comprendre qu’à moins de 100 000$, son portefeuille était trop modeste pour intéresser les gestionnaires de placements. Il a donc opté pour le courtage direct et il l’a fait décupler, son pécule!
Mais ses débuts n’ont pas été faciles.
«Je me suis planté avec Nortel, vous n’avez pas idée... Ça n’avait pas d'allure», confie-t-il. Les plus jeunes, vous demanderez à votre robot préféré de vous raconter la triste histoire de cet ancien géant canadien.
«Au début, je pensais que la Bourse, c’était un casino, raconte Gilles Graton. J’investissais, mettons 1000$, et deux semaines après, je voulais avoir 1500$. C’est là que je me suis planté.»

Trois à cinq ans
Rapidement, ou pas, on apprend le vrai sens du mot «humilité».
«Le meilleur conseil pour vos lecteurs, c’est de se donner au moins trois ans pour apprendre. Même cinq ans. Quand on veut faire un gain rapide, c’est là qu’on se plante. Mais ce n’est pas tout le monde qui est capable d’accepter ça.»
M. Graton ne s’en cache pas: il adore gérer ses placements lui-même. C’est devenu une passion à laquelle il consacre beaucoup de temps.
«Mon portefeuille est généralement composé d’environ neuf à treize titres que je suis quotidiennement», dit-il.

Même les experts se trompent
«C’est sûr qu’il faut faire beaucoup de recherche, mais parfois, les analystes financiers, ils se trompent, note-t-il. Il faut faire attention.»
Le portefeuille actuel de Gilles Graton est composé de neuf titres: quatre ont contribué positivement à son rendement et cinq ont contribué négativement!
Son meilleur coup a été son placement important dans Stingray. Le titre de l’entreprise montréalaise de contenu multimédia a bondi de plus de 90% au cours des 52 dernières semaines.
Il a aussi profité de la bonne performance d’une autre entreprise québécoise, le fabricant de papier et de carton Cascades, depuis l’automne dernier.

Mauvais coups
En revanche, ses paris sur le distributeur de propane Superior Plus, la firme montréalaise Fiera Capital ainsi que les géants des télécoms Bell Canada et Telus ont été décevants.
Heureusement, ce sont tous des titres à dividendes. «Ce qui fait que je digère mieux mes émotions, c’est que même si le titre baisse, je continue à percevoir le dividende avec ses avantages fiscaux, souligne M. Graton. Ça me console beaucoup.»
Cela dit, un bon investisseur doit savoir quand abandonner un titre qui ne va nulle part — une décision toujours déchirante.
«Ça m’est arrivé une couple de fois, se rappelle Gilles Graton. Vendre à perte, ce n’est pas facile. Ça fait mal à l’ego.»
M. Graton a eu de très bons rendements au cours des deux dernières années: plus de 30% en 2024 et plus de 70% en 2025, ce qui est largement supérieur à la performance des grands indices.
Emprunter pour investir
Mais pour y arriver, il a investi sur marge. C’est-à-dire qu’il a emprunté de l’argent — à un taux d’intérêt de 6,75% — pour acheter des titres.
Quand les marchés vont bien, cet effet de levier bonifie les rendements. Mais quand ils plongent, c’est l’effet inverse qui se produit.
Pendant la crise financière de 2008, Gilles Graton a vécu le cauchemar de tout investisseur: un appel de marge.
«Ta firme de courtage t’appelle et te dit: “Il faut que vous vendiez vos actions. Si vous ne les vendez pas, on va les vendre pour vous.”»
«Il faut être fait fort»
«Je vous le dis, il faut être fait fort. Parce que j’en ai bavé. J’ai sacré, j’ai tout fait! Je ne dormais plus. C’était épouvantable, cette année-là.»
M. Graton assure toutefois qu’il s’inquiète «rarement» de ses placements. C’est peut-être parce qu’il a eu la bonne idée de mettre de côté une «réserve» qu’il n’investit pas en Bourse, soit environ 20% de l’ensemble de ses avoirs financiers.
Aussi passionné soit-il, Gilles Graton finira probablement par quitter les marchés boursiers.
«Je pense qu’un jour, je vais tirer la plogue et je vais tout vendre. À un moment donné, tu atteins 100 000$, tu veux 125 000$, t’atteins 125 000$, tu veux 175 000$. Ça n’a pas de fin... Je prendrai des CPG!»
Et vous, quelles sont vos meilleures et vos pires expériences de placement? Écrivez-moi, j’ai hâte de vous lire: sylvain.larocque@quebecormedia.com