Le temps presse pour les interprètes afghans
La prise de pouvoir des talibans complique leurs démarches pour se réfugier ici


Nora T. Lamontagne
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L’immigration au Canada est le dernier espoir d’un interprète afghan qui a déjà été menacé par les talibans en raison de son implication auprès des Forces armées canadiennes. Et le temps presse.
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« En ce moment même, les talibans patrouillent dans les rues de la ville. J’ai peur de sortir de chez moi. S’ils trouvent mon adresse, c’en est fini de moi », s’alarme Mohammad Nazim Zakhilwal.
Tout comme le reste du pays, l’ancien conseiller culturel d’un bataillon canadien déployé à Kandahar retient son souffle en anticipant les premières décisions du nouveau régime en place.
Craignant pour sa vie, il a déposé une demande le 30 juillet via un programme d’immigration spécial destiné aux ex-employés afghans du gouvernement canadien, mais le processus traîne.
« À l’époque [l’armée canadienne] nous avait promis qu’elle nous aiderait dans les temps difficiles, et qu’elle faciliterait notre venue au Canada », se rappelle-t-il, terré à la maison avec ses six enfants qui ne vont plus à l’école.
Complice des « envahisseurs »
C’est la progression fulgurante des talibans en Afghanistan cet été qui l’a convaincu de demander l’aide promise.
La prise de la capitale Kaboul et de Jalalabad – la ville de l’est du pays qu’il habite – ce dimanche, n’a fait que renforcer son sentiment d’urgence, car les talibans l’ont déjà menacé par le passé.
Il affirme que sa famille a dû déménager il y a cinq ans après avoir reçu une lettre épinglée sur sa porte prévenant qu’il serait « tenu responsable » d’avoir aidé « les envahisseurs ».
« Aujourd’hui, notre dernier espoir est de partir pour le Canada », confie M. Zakhilwal, 33 ans.
Cependant, le dossier de sa famille semble bloqué à l’étape du rendez-vous de la prise de données biométriques, comme les empreintes digitales.
Sa femme et ses enfants attendent aussi de recevoir leurs passeports afghans, ce qui semble carrément improbable avec les talibans en place.
leurs vies En danger
Au-delà de ces considérations bureaucratiques, c’est leurs vies qui sont en danger, s’alarme-t-il.
Plusieurs interprètes – considérés comme des traîtres par les moudjahidines pour avoir collaboré avec des puissances étrangères – partagent ses craintes.
« Mon beau-frère qui habite Kaboul a brûlé tous ses certificats [de travail] et a gardé seulement une version numérique. Si ils t’attrapent avec ces [papiers-là], c’est fini », raconte Maiwand Ahmadzai.
L’Afghan installé à Sherbrooke se fait un sang d’encre pour son autre beau-frère, lui aussi ex-interprète, dont il est sans nouvelles depuis 48 heures.
« Personne ne sait où il est », dit-il sombrement.
Le Canada a accueilli au moins 500 de ses anciens employés afghans et leurs proches au pays depuis la fin juillet.