Le self-care nous rend-il égocentrique?


Sarah-Florence Benjamin
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Le self-care est devenu omniprésent dans les conversations sur la santé mentale, mais peut-il guérir tous les maux? À travers le chaos de la vie quotidienne, c’est important de prendre du temps pour soi et ses besoins, mais est-ce que le self-care nous fait courir le risque de devenir égocentrique? On a posé la question à des expertes.
La «recette» du self-care
Qu’est-ce qu’on entend par «self-care»? Il peut prendre de nombreuses formes, mais le terme désigne le fait de prendre soin de soi de manière délibérée.
Le concept en soi n’a rien de problématique; c’est son interprétation qui peut laisser à désirer, surtout depuis qu’il a gagné en popularité, selon Ghayda Hassan, professeure au département de psychologie de l’UQAM.
«C’est présenté comme une recette, on nous dit de prendre une marche, de méditer, etc. Comme si c’était généralisé et applicable à tout le monde», explique-t-elle.
Avoir le temps et les ressources pour appliquer cette recette, ce n’est pas donné à tout le monde. «Ça prend une position privilégiée et plusieurs personnes sentent qu’elles ne peuvent pas le faire», ajoute celle qui travaille aussi comme psychologue clinicienne.
Risque d’isolement
Elle considère que le self-care est appliqué de manière qui «sur-individualise» la santé mentale.
«On se retrouve responsable de son propre self-care, sans prendre en compte le contexte. On voit ça dans le milieu de la santé, où on dit aux employés de faire attention à eux, mais on ne les soutient pas au niveau organisationnel», souligne Ghayda Hassan.
Ce surindividualisme nous fait aussi courir le risque de considérer son vécu personnel comme plus important que celui de tous les autres.
«C’est un problème, parce qu’il y a plein de vécus subjectifs. À la longue, ça crée de l’isolement parce qu’on confond inconfort et agression», affirme-t-elle.

Pas une panacée
Pour la psychologue Jocelyne Bounader, le self-care a sa place dans la manière dont on parle de santé mentale, mais il ne peut pas être une solution à tout.
«Il y a toujours des concepts qui vont et qui viennent en santé mentale, comme le self-care. Il ne faut pas penser que c’est la recette du bonheur, c’est juste une variable parmi tant d’autres», précise-t-elle.
Elle y voit un parallèle avec les conseils en nutrition. «Ce n’est pas parce qu’on dit qu’il faut boire de l’eau qu’il faut se mettre à seulement boire de l’eau, on va mourir de faim!», illustre-t-elle.
C’est important de prendre soin de soi, mais aussi de trouver l’équilibre entre ses besoins et les autres, et de bien considérer le contexte, selon la psychologue.
«Si j’avais promis à un ami de l’aider à déménager et je le laisse tomber parce que ça ne me tente pas de sortir ce jour-là, ce n’est pas très équilibré. Si je me suis réveillée avec de la fièvre le matin, là, ça serait un manque de respect envers moi-même d’y aller», donne-t-elle en exemple.

Un outil parmi tant d’autres
Jocelyne Bounader le reconnaît: les humains sont complexes et ce n’est pas toujours simple de répondre à leurs «nombreux besoins» qui changent selon les étapes de la vie.
Elle suggère d’explorer pour comprendre de quoi le self-care a l’air pour soi, sans chercher à imiter les autres, parce que «chaque cas est unique».
Ghayda Hassan rappelle quant à elle que «les pratiques individuelles qui nous font du bien» — comme le self-care — ne sont qu’un seul pilier du bien-être.
«Nourrir sa capacité à vivre sa vie du mieux qu’on peut» de manière globale à son avis, ça comprend aussi «gérer et comprendre de ses émotions», «se connecter aux autres ou à un réseau positif» et «s’impliquer dans quelque chose de plus grand que soi, que ce soit une cause, une équipe sportive, de la spiritualité, etc.».
Chacun de ces piliers est important, mais ne peut être notre seule priorité.
«Les humains, on est comme des tentes de camping: si tu as seulement un ou deux ancrages, peut-être que ta tente tient, mais elle va partir au premier coup de vent», rappelle la professeure.
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