Faut-il craindre une flambée des cas de rougeole au Québec?


Anne-Sophie Poiré
Partager
On croyait la rougeole éliminée pour de bon depuis près de 30 ans au Canada tellement le vaccin contre cette maladie hautement contagieuse est efficace. Mais depuis lundi, ce n’est plus le cas. La baisse de la couverture vaccinale dans plusieurs provinces et territoires a eu raison de ce statut enviable au pays. Quels sont les risques pour le Québec?
• À lire aussi: Comment expliquer le retour au Québec de «vieilles maladies» comme la rougeole?
• À lire aussi: Fin de l’obligation vaccinale: comment la Floride pourrait foutre le trouble jusqu’au Québec
«On l’oublie souvent, mais il peut y voir des conséquences désastreuses à la rougeole», signale le docteur Nicholas Brousseau de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
«C’est l’une des maladies les plus contagieuses au monde. On a réussi à l’éliminer parce que le vaccin est très efficace, mais avant l’introduction de la vaccination au Québec en 1970, c’était une cause importante de mortalité chez les enfants», poursuit le spécialiste en médecine préventive.

La rougeole est en effet considérée par plusieurs comme le virus «le plus contagieux» de la planète. Son taux d’attaque extrêmement élevé dépasse les 90% chez les personnes qui ne sont pas immunisées.
Il est l’un des rares virus qui se propagent par voie aérienne. Une personne infectée peut ainsi transmettre la maladie à plusieurs mètres de distance et en contaminer jusqu’à 20 autres.
La rougeole se propage
Lundi, on apprenait que le Canada avait officiellement perdu son statut de zone exempte de rougeole qu’il détenait depuis 1998, en raison d’une épidémie qui sévit depuis plus d’un an à travers le pays.
La maladie y est désormais considérée comme endémique.
• À lire aussi: Épidémie de rougeole: le Canada perd son statut d’élimination de la maladie
Le Canada subit actuellement sa pire épidémie en près de 30 ans. En 2025, plus de 5160 cas de rougeole ont été répertoriés dans 10 provinces et territoires, selon le gouvernement du Canada.
L’Alberta et l’Ontario sont les deux régions les plus touchées, détenant à elles seules 84% des cas recensés depuis le début de l’année. Deux nourrissons sont décédés de la maladie dans ces provinces.
Le taux de mortalité varie de 1 à 10 sur 10 000 cas de rougeole, selon Santé Canada.
À titre comparatif, une moyenne de 91 cas de rougeole a été rapportée chaque année au Canada entre 1998 et 2024. La dernière grande éclosion remonte à 2011 au Québec où 776 cas avaient été répertoriés.
Baisse la vaccination
La montée du scepticisme à l'égard de la vaccination dans une partie de la population depuis la pandémie de COVID-19 expliquerait notamment la flambée du virus au pays, selon les autorités sanitaires.
C’est que le succès des vaccins est, pour ainsi dire, devenu un de leur «ennemi».
«Ils ont permis d’éradiquer tellement de maladies que les gens se disent que ça ne vaut plus la peine de se faire vacciner», expliquait au Journal de Montréal le médecin expert en infectiologie, Karl Weiss.
«Pour atteindre l’immunité collective et bloquer la transmission de la rougeole, ça prend un taux de vaccination de 19 personnes sur 20», affirme toutefois le Dr Nicholas Brousseau.

Ce taux atteint environ 90% dans l’ensemble du Canada.
Or, ce ne sont pas toutes les régions qui bénéficient d’une couverture équivalente. Dans certains districts en Alberta, seulement 30 % des jeunes auraient été vaccinés contre la rougeole, rapporte Radio-Canada.
La vaccination est également en diminution au Québec.
«On constate une fatigue vaccinale depuis la pandémie, mais on a vraiment besoin que 95% de la population soit vaccinée tellement la maladie est contagieuse», prévient le Dr Brousseau.
«Une simple baisse de 2% ou 3% fait une différence», précise-t-il.
Quelles sont les conséquences pour le Québec?
Entre décembre 2024 et avril 2025, le Québec a fait face à une nouvelle éclosion de rougeole pendant laquelle 36 cas ont été déclarés. Le dernier cas remonte au 18 mars dernier, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).
«Les choses vont quand même bien dans la province pour le moment. Il n’y a pas d’éclosion ni de transmission, et ça touche presque exclusivement les enfants non vaccinés dans zones où la couverture est plus faible», fait valoir Nicholas Brousseau de l’INSPQ.
Il faut néanmoins maintenir les efforts de vaccination dans les écoles, notamment, où le taux atteint 89% au primaire et 90% au secondaire.
«On ne craint pas la mutation du virus parce qu’il est extrêmement stable. Ce qu’on craint, c’est sa contagiosité. Les gens ne se rendent pas compte que si on diminue la couverture vaccinale, la maladie va se propager très rapidement», prévient le médecin.
Et les bébés sont les plus menacés par la maladie. Au Québec, le vaccin contre la rougeole est administré à deux doses: la première à 12 mois et la seconde à 18 mois.
«Il n’est pas assez efficace avant l’âge d’un an», résume le Dr Brousseau.