Êtes-vous un «chokeur» en série? On se demande si on annule de plus à la dernière minute qu’avant


Sarah-Florence Benjamin
Partager
Avez-vous de plus en plus de misère à organiser une soirée avec des amis sans qu’un (ou plusieurs) d’entre eux annule à la dernière ministre? Avez-vous pris l’habitude, vous-mêmes, à faire faux bond à vos proches? 24 heures décortique le phénomène du «chokage» et ses conséquences.
Ils se font «choker» par leurs amis
Alexandre constate que de plus en plus des plans qu’il fait avec des amis tombent à l’eau à la dernière minute, souvent pour des raisons nébuleuses.
«C’est insultant. Mon temps ne vaut pas moins que le tien, mais moi j’ai pris la peine de le réserver», se désole l’étudiant qui a l’impression que la tendance a commencé bien avant la pandémie de COVID-19.
Magalie (prénom fictif) remarque la même tendance dans son cercle.
«Les téléphones, ça rend les gens plus flaky. La technologie rend ça plus facile de penser que c’est prendre soin de soi ou que c’est socialement acceptable [d’annuler un plan à la dernière minute]», souligne-t-elle.
Selon elle, c’est pourtant essentiel de savoir entretenir ses amitiés.
«Avoir une communauté, ça prend du travail et de l’effort, surtout quand t’es adulte. Tu ne peux pas vouloir que les gens se fient sur toi et ne pas être fiable.»

«C’est positif de s’écouter et ne pas faire ce qui te tente pas, mais quand tu as des engagements c’est dommage. Ça donne moins envie de faire confiance», souligne pour sa part l’artiste R&B Dee Joyce qui le remarque aussi dans un contexte professionnel.
Julie, une analyste de données qui vit à Londres, en assez de se faire «choker», si bien qu’elle laisse maintenant ses amis organiser les activités.
«Je suis fatiguée de perdre du temps et de l’argent avec des gens qui annulent une fois sur deux, même avec de bonnes excuses.»

Ils «chokent» leurs amis
Myriam (prénom fictif) l’admet: elle a l’habitude d’annuler ses engagements à la dernière minute. Elle affirme avoir développé cette mauvaise habitude après un épisode d’épuisement professionnel.
«Je sais que j’ai tendance à m’exciter sur le coup quand on prévoit de quoi et quand le moment est venu, je fais de l’anxiété et je cherche à choker par tous les moyens. Je me sens tellement mal, limite je finis par mentir et j’en suis vraiment pas fière», ajoute celle qui a néanmoins appris à dire non plus souvent.
Julia, agricultrice, a elle aussi tendance à «choker», notamment à cause de son anxiété.
«J’ai toujours été de même, mais j’essaie de le faire au moins la veille et de dire la vérité», raconte la jeune femme.
Elle assure faire preuve d’indulgence lorsque des amis lui font goûter sa propre médecine. Même que souvent, ça l’arrange quand des gens lui font faux bond, admet-elle.
Depuis qu’elle a reçu son diagnostic d’autisme, Adèle (prénom fictif) trouve plus difficile de sortir de chez elle pour voir du monde.
«Au début j’étais gênée, je m’inventais des excuses. Maintenant, j’essaie de substituer au lieu d’annuler. Je suggère quelque chose de moins prenant, comme un appel au lieu de se voir en vrai ou un endroit qu’on peut se rendre à pied plutôt qu’en métro», confie-t-elle.
• À lire aussi: Pas la faute aux immigrants: les vraies causes (et solutions) de la crise du logement qui va continuer en 2025
Les conséquences du «chokage»
Frédérique (prénom fictif) a souvent été forcée d’annuler à la dernière minute à cause de problèmes de santé. Elle dit en avoir subi les conséquences.
«Mes amis étaient compréhensifs, mais après un moment, je n’étais plus incluse dans les plans», raconte celle qui fait aujourd’hui des efforts pour «réapprendre à sortir».
Depuis qu’elle vit dans un appartement qu’elle apprécie, Stéphanie laisse tomber de plus en plus souvent des évènements sociaux au profit du «Netflix and chill». Elle craint toutefois que cette nouvelle habitude finisse par lui coûter «sa famille choisie».
Les annulations de dernière minute ont coûté cher à Sauvane, un ancien youtubeur et streamer sur Twitch.
«Le pire, c’est mes lives Twitch. J’annulais souvent une heure avant parce que j’avais les batteries à zéro. À force de faire ça, j’ai perdu 80% de ma communauté. C’est un milieu qui fonctionne à la régularité», reconnait-il.

Savoir trouver un équilibre
La psychologue Jocelyne Bounader le souligne d’emblée: il n’existe pas de règle universelle pour décider quand on devrait honorer un engagement ou prioriser son bien-être.
«Il faut exercer son jugement. Quand on devient capable d’empathie envers les autres et de compassion envers soi-même. On peut mieux discerner quand il faut annuler, mais il faut surtout le dire», souligne-t-elle.

Et si vous avez l’impression de vous décommander de plus en plus à la dernière minute, Jocelyne Bounader recommande de faire un travail d’introspection.
«Pensez aux raisons des dix dernières fois où vous avez annulé, propose-t-elle. Si la plupart de mes refus proviennent du fait que j’ai privilégié mon plaisir personnel, il faut que je me pose des questions. Est-ce que je me suis mis à la place de l’autre?»
«On peut en parler avec eux pour voir comment ils se sont sentis, savoir quand ç’a été considéré comme un manque d’empathie», ajoute-t-elle. C’est une manière, dit-elle, de passer du «moi ou l’autre» au «moi et l’autre».