«Je n’aime pas être sans travail trop longtemps» : La grande angoisse de Sandrine Bisson
À 50 ans, elle craint que sa carrière se termine.
Patrick Delisle-Crevier
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Sandrine Bisson revient d’un hiver plutôt calme sur le plan professionnel, ce qui l’a amenée à se poser de grandes questions à propos de sa carrière à l’aube de ses 50 ans. Alors qu’elle se demandait si c’était la fin pour elle, le téléphone a heureusement sonné, et plusieurs fois plutôt qu’une. Elle nous parle de ses projets, de son clan et de ses angoisses face à son métier.
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Sandrine, comment vas-tu ?
Je vais vraiment très bien. Après les fêtes, il y a toujours un petit trou qui fait qu’on travaille moins, mais les projets refont tranquillement surface. J’ai eu la chance d’aller tourner en France pour le prochain film d’Émile Gaudreault, qui a pour titre Maudits Français. Patrick Huard, Pier-Luc Funk, Antoine Bertrand, Pierrette Robitaille, Thierry Lhermitte et Lambert Wilson font notamment partie de la distribution. Puis, quand je suis revenue de ce tournage, j’ai pris du temps pour moi. Après un mois à ne rien faire, j’ai commencé à avoir une petite angoisse en me disant que, pour une femme de 50 ans, comme moi, c’était peut-être là que ça s’arrêtait, que le téléphone ne sonnerait plus. Mais finalement, je vais travailler cet été.
Cette angoisse t’habite-t-elle toujours ?
Oui. Je n’aime pas être sans travail trop longtemps, on dirait que je suis de moins bonne humeur et que je me trouve plate sans personnage à jouer. Je me trouve plate dans la vraie vie et j’aime mieux avoir autre chose à penser que de penser juste à moi. C’est pour ça que j’aime avoir un personnage dans ma vie. Quand on travaille, on est toujours en train de réfléchir. Mais à la maison, quand j’ai un grand trou vide sans rôle, j’ai beau faire du bénévolat et tenter de m’occuper, il me manque toujours quelque chose. Il y a comme un vide quand je ne joue pas et c’est pour ça que je pense que je vais toujours être comédienne. Je n’ai pas le choix.
Est-ce que tu as du mal à exister en dehors de ton métier ?
Je me suis rendu compte que oui, ça fait un trop grand trou, un grand vide, et on dirait qu’il y a quelque chose qui ne se complète pas dans ma vie. Quand je joue un rôle, on dirait que ça me rassure de pouvoir m’éclater dans quelque chose, de pouvoir dire, à travers la bouche d’un personnage, tout ce que je ne peux pas dire dans la vraie vie. Tout ça me fascine. Je suis une drôle de bibitte, je pense.
Mais tu dois te permettre d’exister sans ton métier, non ?
Oui, peut-être. Mais cette fois-ci, avec le grand vide que j’ai eu cet hiver, je n’ai pas réussi à le combler et j’en suis la première déçue. Je sais que je me dois d’être et d’exister autrement qu’à travers un personnage, à travers mon travail, mais je n’aime pas ne rien faire. Je trouve ça plus angoissant qu’autre chose.
As-tu essayé de te trouver un passe-temps, ou même une autre carrière ?
J’ai des passe-temps. Je suis tout le temps dehors, je fais du jogging et je tente de m’occuper. Dernièrement, mon frère, de qui je suis très proche, m’a demandé si j’avais déjà écouté 10 films en un mois. Je lui ai répondu que non, mais que j’allais essayer. Finalement, j’ai réussi à en écouter deux, et le téléphone a commencé à sonner pour du travail.
Et si le travail s’arrêtait pour vrai un jour, que ferais-tu ?
Ce serait très difficile, parce que je ne sais pas ce que je ferais. D’autant plus que je ne suis pas super bonne pour me vendre ; je ne suis pas celle qui se manifeste auprès des producteurs et des réalisateurs. J’ai déjà pris mon courage à deux mains, quand c’était vraiment trop calme, pour envoyer un courriel manifestant mon intérêt pour un projet. Mais je trouve ça difficile de m’autoproduire et de me vendre, et je ne suis pas non plus celle qui pourrait écrire une série ou passer derrière la caméra. Je connais mes forces et mes faiblesses et ça, ça ne fait pas partie de moi. S’il n’y a vraiment plus de rôles pour moi un jour, eh bien, je prendrai ma retraite. Mais je ne sais pas ce que je ferais de ce temps-là. Je suis trop passionnée par ce métier, je suis prise avec cette maladie d’être comédienne.
Comment as-tu attrapé cette maladie, d’ailleurs ?
J’étais le genre de petite fille qui n’avait pas d’intérêt pour grand-chose, parce que je ne rentrais pas dans le cadre scolaire qui m’était offert à l’époque. Je ne tripais pas sur l’école et l’école ne tripait pas sur moi non plus. J’étais mise à l’écart et ça m’a permis de ressentir et de vivre la force des émotions. J’étais une grande émotive. Je me suis servi de ça pour tenter ma chance dans le métier et peu à peu, je me suis frayé un chemin jusqu’à André Brassard, qui m’a pris sous son aile. Il y a aussi eu l’École nationale de théâtre, où j’ai pu aller chercher une formation.
Pensais-tu avoir une telle carrière un jour ?
Non, je pensais ne pas avoir de carrière et je pensais aussi que tout ça allait se terminer après quatre ans, maximum. Donc, depuis, chaque fois est un cadeau pour moi et je tente d’en profiter le plus possible. Je suis fière d’exister aux yeux du public, d’entrer dans les chaumières et de divertir. Je suis aussi fière d’avoir fait plein de choses différentes, de réussir à gagner ma vie avec ce métier, d’être encore explosive, de ne pas lâcher et de ne pas m’asseoir sur mes lauriers. Ce métier, je l’aime, il me permet de sortir et de voir du monde, et si un jour je ne travaille plus, je crois que je vais manquer de contacts humains.
On dirait qu’il y a vraiment une ligne entre ta vie personnelle et ta vie professionnelle. Comme s’il y avait deux Sandrine : celle dans l’œil du public, mais aussi celle, très discrète, qui disparaît on ne sait où avec son clan. Donc, sans ton métier, tu ne sortirais pas ?
Oui, c’est ça qui est épeurant. En même temps, ce n’est pas malsain, parce que je suis bien chez moi et que j’aime aussi beaucoup la solitude. Mais j’ai besoin de ces moments où je peux me faire des amis, parce que pour moi, l’amitié passe par le travail et ça me donne un sentiment d’appartenance à une gang. Autrement, je ne suis pas une fille de gang dans ma vie de tous les jours. J’ai mon clan, ma famille rapprochée, mais je n’ai pas une grande vie sociale.
Parle-moi de ton clan...
Les deux grandes filles de mon chum ont 30 et 28 ans, et mon fils a 17 ans. Pour moi, ç’a été super apaisant d’être parent. J’ai pu apprendre avec les deux filles de mon chum, puis mon fils, Lambert, est arrivé. Elles avaient cinq et deux ans quand je suis entrée dans leur vie. Donc j’ai pu apprendre à être une maman grâce à elles, mais mon fils m’a aussi appris à être une meilleure maman. Il me donnait même des conseils ! Mes enfants m’ont vraiment enseigné à être une maman, et c’est grâce à eux et à mon chum que je peux sortir la tête haute pour affronter l’inconnu, la peur de rater un truc ou de ne pas être assez bonne. Ils sont venus me rejoindre en France dernièrement et je leur ai dit que je ne serais pas où je suis aujourd’hui s’ils n’avaient pas été dans ma vie pour me donner cette assurance-là. Ils ont su placer des briques au bon endroit et ma fondation est très solide grâce à mon clan. Ma famille a fait de moi une femme solide.
Tu me disais que ton petit dernier, Lambert, est artiste ?
Oui, mais il ne sera pas comédien, du moins, je ne pense pas. Il fait de la musique et souhaite aussi être producteur. Cet enfant est artistique et il n’est pas plate, il sait où il s’en va.
En terminant, quels sont tes projets ?
L’hiver prochain, je serai au théâtre La Licorne dans la pièce L’Académie Eurêka, qui m’emporte complètement ailleurs, dans un endroit où je ne suis jamais allée dans ma carrière. Ce rôle m’amènera dans une méchanceté que je n’ai pas en moi, puisque la femme que j’incarnerai est tout ce que je ne suis pas. C’est très intéressant. J’aime jouer au théâtre, c’est ma source. Je joue aussi dans le film Maudits Français, d’Émile Gaudreault. Je joue la maman du personnage de Pier-Luc Funk, qui tombe amoureux d’une Française. Je vais aussi jouer un rôle dans quatre nouvelles séries à la télévision. C’est donc à suivre...