Jusqu’à 5 semaines de délai: des femmes témoignent du manque d’accès à l’avortement à Québec


Léa Martin
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À Québec, des femmes doivent attendre parfois cinq semaines pour se faire avorter. Ce délai incite certaines d’entre elles à mettre un terme à leur grossesse ailleurs dans la province. Témoignages.
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En mars 2021, après avoir contacté la clinique de planification des naissances du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), Noémie doit patienter cinq semaines pour subir un avortement.
L’attente lui paraît interminable. Après quelques semaines de grossesse, les symptômes du premier trimestre sont bien présents: fatigue, nausées, grande sensibilité aux odeurs, etc.
«Je n’arrivais plus à dormir. Je ne mangeais plus rien. Je me couchais le soir, je savais qu’il y avait quelque chose en moi, mais tu ne veux pas t’attacher, parce que tu ne le veux pas», raconte la jeune femme.
«Je pense que ça, c’était plus difficile pour moi que l’avortement en tant que tel: l’aspect psychologique», ajoute celle qui raconte être tombée enceinte après avoir été contrainte de cesser la contraception hormonale.
Elle avait 22 ans au moment de l’avortement, pratiqué après neuf semaines de grossesse.
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«J’avais déjà beaucoup de symptômes»
En 2016, Véronique subit elle aussi les conséquences du manque d’accès à l’avortement dans la région de la Capitale-Nationale.
À 42 ans, elle tombe enceinte par surprise. Déjà maman d’une fille de 9 ans – et en couple avec un homme qui ne souhaitait pas l’enfant –, elle décide de mettre un terme à sa grossesse.
«J’appelle en novembre 2016 et ils me disent qu’il n’y aura pas de place avant la mi-janvier. Je pleurais au téléphone. J’avais déjà beaucoup de symptômes comme des nausées. Je ne pouvais pas penser à cacher ça à ma mère et à ma fille à Noël», raconte-t-elle.
Enceinte de sept ou huit semaines, elle décide de se rendre à Saint-Hyacinthe, un vendredi matin, pour subir la procédure. Ce rendez-vous, elle l’obtient grâce à une amie dont le frère est gynécologue. Le soir même, elle revient à Québec en bus.
«Je saignais beaucoup et j’avais mal au ventre, mais le lundi, j’étais au travail, ni vu ni connu.»
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Des services insuffisants
Les histoires de Noémie et de Véronique n’ont rien d’exceptionnel.
Lundi, la ministre responsable de la Condition féminine, Martine Biron, reconnaissait elle-même au 98,5 FM que, dans la région de Québec, «il n’y avait à peu près pas de services» d’avortement et qu’«il pouvait y avoir des délais de trois, quatre, cinq semaines».
La professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval Louise Langevin dénonce le manque de services à Québec.

Elle souligne que sans les ressources adaptées, il est difficile d’exercer son droit à l’avortement au Canada.
«Le droit est protégé par des décisions de la Cour suprême du Canada. Des décisions qui sont basées sur la Charte des droits et libertés canadienne, qui fait partie de la constitution. OK, mais si tu ne peux pas exercer tes droits, ça ne t’aide pas tellement», regrette-t-elle.
Le gouvernement compte ouvrir un nouveau point de services d’avortement à Québec d’ici 2027.
Des préjugés sur la pilule abortive
Lors de son rendez-vous à la clinique de planification des naissances du CHUL, Noémie affirme s’être fait déconseiller de prendre la pilule abortive, parce qu’elle «ne fonctionnait pas tout le temps».
«La pilule abortive est sous-utilisée au Québec et elle est méconnue», a regretté cette semaine Martine Biron.
«17% des avortements au Québec utilisent la pilule abortive versus 32% en Ontario et 72% en France», a-t-elle précisé.
Même si la pilule abortive est disponible au Québec depuis 2017, ce n’est qu’en 2022 que le Collège des médecins a «levé des irritants» qu’il avait face à ce produit, a noté la ministre.
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Quels sont les délais actuels?
Contacté par 24 heures, le CHU de Québec-Université Laval mentionne que «les délais habituels, établis en fonction de la situation individuelle des patientes, sont appliqués et respectés par les équipes» de sa clinique de planification des naissances.