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Plan d'action pour l'accès à l'avortement: combien ça coûte (pour vrai) une interruption de grossesse au Québec?

Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2024-11-19T18:30:00Z
2024-11-19T19:57:28Z

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Un plan d’action lancé lundi par le gouvernement de la CAQ vise à améliorer l’accès à l’avortement partout au Québec, un service encore limité dans des régions pas si éloignées, notamment pour des raisons financières. Des femmes doivent parcourir des centaines de kilomètres pour obtenir une interruption de grossesse chirurgicale, mais encore faut-il avoir les moyens de se déplacer.

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En tout, 7,5 millions de dollars seront investis d'ici 2027. 

On prévoit notamment développer de nouveaux points de service dans les régions où le temps d’attente pour obtenir une interruption de grossesse chirurgicale (IVG) est élevé. 

Pour l’heure, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, l’Outaouais, Chaudière-Appalaches et la Capitale-Nationale n’ont qu’un seul point de service, indique la coordonnatrice générale de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), Jess Legault. Les femmes doivent parfois y parcourir des centaines de kilomètres pour chaque rendez-vous. 

«À l’extérieur de Montréal, il est souvent nécessaire de faire deux ou trois déplacements pour un avortement chirurgical, avec la prise de sang et l’échographie», précise-t-elle.

Le manque d’accès engendre donc des frais considérables, notamment au niveau du transport. 

Les dépenses à prévoir

L’avortement est gratuit pour la plupart des gens au Québec, en théorie. 

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L’IVG chirurgicale et la pilule abortive sont offertes sur présentation d’une carte d’assurance maladie ou d’un certificat d'immigration valide. L’intervention est également couverte par le programme fédéral de santé intérimaire pour les réfugiées. 

Pour les femmes sans carte, la pilule abortive Myfegymiso coûte entre 300$ et 400$. Elle doit cependant être administrée dans les 63 premiers jours de la grossesse tandis qu’il n’y a aucune limite pour une IVG.

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Un avortement chirurgical peut coûter jusqu’à 550$ dans certaines cliniques médicales. 

La procédure elle-même est loin d’être la seule dépense à prévoir, toutefois. 

«L’enjeu principal reste la distance à parcourir», signale l’agente de développement à la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Léa Blouin-Rodrigue. 

Dans la région, qui s’entend sur 20 272 km2, seuls deux hôpitaux procèdent à l’avortement par instruments: Gaspé et Cap-aux-Meules. Et l’IVG n’y est offerte que jusqu'à un certain stade. 

En Gaspésie, il est impossible de se faire avorter après 12 semaines et six jours de grossesse. Aux Îles-de-la-Madeleine, le service est assuré jusqu’à 15 semaines et six jours. 

Au-delà de ce stade, les femmes doivent voyager en voiture ou par avion jusqu’au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec — le seul endroit qui offre l’IVG dans la région de la Capitale-Nationale — ou à Montréal, où sont situées le quart des cliniques d’avortement de la province. 

Mais la distance n’est pas la seule contrainte à laquelle se heurtent les Gaspésiennes. Sur la péninsule, l’avortement chirurgical y est offert seulement une fois par semaine. 

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«Il faut donc être disponible et prendre congé cette journée-là, souligne Léa Blouin-Rodrigue. Il faut aussi être accompagnée par une personne, comme la procédure requiert un sédatif et qu’il est déconseillé de conduire pendant 24 heures après l’avortement.»

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Des centaines de dollars en frais

Prenons l’exemple d’une femme qui habite à La Matapédia, en Gaspésie. Elle devra parcourir 724 km aller-retour pour se faire avorter dans sa région. 

Un seul trajet peut facilement coûter plus de 115$ d’essence, selon la consommation moyenne d’une voiture au Canada et le prix moyen à la pompe en Gaspésie. Mais dans les vallées des environs, la dépense en essence risque de faire un bond. 

Il faut ajouter à ce calcul le salaire perdu pour la ou les journées nécessaires à la procédure, celui de la femme et de la personne qui l’accompagne. En tenant compte de la rémunération horaire moyenne selon le sexe, pour chaque jour de travail manqué, la facture grimpe à 452$ pour une femme et une personne accompagnatrice. 

Cette femme de La Matapédia et la personne qui l'accompagne devront donc investir 567$ par déplacement requis jusqu'à Gaspé. 

Quand il faut prendre l'avion, c'est encore plus cher. Aux Îles-de-la-Madeleine, une femme qui souhaite mettre un terme à sa grossesse passé 15 semaines et six jours devra prendre l’avion pour Québec ou Montréal et payer un hébergement sur place. Le total optimiste — en mettant la main sur un des fameux billets à 500$ — s’élève à 700$ pour une seule personne, en incluant une chambre d’hôtel à très bas prix. 

Un remboursement est offert par l’État pour les séjours médicaux situés à plus de 200 km, mais il ne couvre souvent qu'une infime partie des dépenses réelles, selon Léa Blouin-Rodrigue.

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