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«Les femmes ont aussi leur histoire à raconter», dit Brigitte Pilote, qui explore dans son quatrième roman un pan méconnu de l’histoire de la Seconde Guerre

PHOTO JULIA MAROIS FOURNIE PAR VLB ÉDITEUR
Photo portrait de Frédérique De Simone

Frédérique De Simone

2025-11-22T11:00:00Z

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À l’été 1945, Mathilde, qui habite une petite ville des Sudètes en Tchécoslovaquie, est amenée à la gare, à la pointe d’un fusil, avec sa mère et son fils, Hans. Comme elles, des milliers de germanophones, pour la plupart des femmes, s’entassent dans des trains bondés en direction de l’Allemagne, détruite par la guerre. 

Dans une œuvre minutieusement fouillée et recherchée, Brigitte Pilote raconte le destin croisé de deux familles germanophones – l’une tchèque, l’autre allemande, contrainte d’héberger les réfugiés – qui tentent tant bien que mal de se relever des horreurs de la guerre tout en essayant d’offrir à leurs enfants un quotidien le plus normal possible.

Malgré l’importance du sujet et certains passages parfois difficiles, l’écriture concentrée et incisive de l’autrice est lumineuse et douce à la fois. Les faits historiques, bien que présents, servent surtout de contexte à l’évolution des personnages, qui se tiennent les coudes, s’entraident et se lient d'une amitié sincère.

PHOTO FOURNIE PAR VLB ÉDITEUR
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«Dans les livres sur la Deuxième Guerre mondiale, on s’attarde aux combattants, aux héros, aux résistants. La population civile, dont les femmes et les enfants, a aussi une histoire à raconter», a-t-elle expliqué en entrevue avec l’Agence QMI.

Ce qui l’intéressait dans cette histoire, c’était avant tout l’âme de ses personnages, leur vie quotidienne, leur solidarité et leur résilience.

«Quand la guerre est terminée, ce n’est pas terminé pour tout le monde. Il y a d’énormes séquelles. [...] Il y avait une honte associée à ça, d'être perçu comme un peuple de bourreaux, mais le pays était dévasté, il manquait de tout», a-t-elle poursuivi, ajoutant que le titre de ce quatrième roman, Le silence des cerfs, évoquait à ce propos le sentiment de honte et le silence jeté sur l’horreur que beaucoup ont voulu enfouir. 

Il fait aussi écho à l’extermination quasi totale des cerfs par les soldats américains, qui ont vidé des forêts uniquement pour leur divertissement.

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«J’ai aussi voulu, dans mon roman, parler des femmes qui veulent que leurs enfants aient la vie la plus normale possible, incluant leur développement et l’épanouissement de leurs dons pour la musique», a-t-elle dit.

Le fil conducteur 

En entrevue avec l’Agence QMI, Brigitte Pilote a confié avoir eu l’idée de situer son quatrième roman à cette période de l’histoire après qu’une dame de son entourage, une Québécoise née en Bavière en 1943, lui a raconté qu’une Allemande des Sudètes aidait sa mère à la maison au milieu des années 1940.

Curieuse, l’autrice s’est mise à fouiller sur les accords de Munich et le transfert de population, mais aussi auprès d’historiens, de récits et de lettres de soldats allemands conservées dans des fonds d’archives.

«Quand on fait des recherches sur la Deuxième Guerre mondiale, que ce soit auprès des survivants de l’Holocauste, des vétérans ou même de la population civile, peu importe les camps, ce qui ressort énormément, et qui a été le fil conducteur de mon travail, c’est à quel point soit ces gens-là ne pouvaient pas en parler, trop traumatisés, soit les personnes qui voulaient en parler n’avaient pas d’oreilles pour les écouter», a-t-elle dit.

«Tout le monde leur disait: on passe à autre chose, on tourne la page, on ne se lamente pas sur notre sort.»

Le transfert de population des Sudètes vers l’Allemagne a touché près de 3 millions de personnes sur deux ans.

Brigitte Pilote sera au Salon du livre de Montréal toute la fin de semaine pour des séances de dédicaces.

Le silence des cerfs

Brigitte Pilote

VLB Éditeur

168 pages

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