«J'ai montré que ça pouvait arriver à n'importe qui» : on prend un café avec Catherine Fournier, un an après sa prise de parole


Mathieu Carbasse
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Il y a un an, la mairesse de Longueuil Catherine Fournier brisait le silence dans la foulée de la sortie du documentaire Témoin C.F., dans lequel elle révélait être la victime de l’ex-député Harold LeBel. Pour 24 heures, elle revient sur les répercussions de sa prise de parole.
Ce qui a le plus touché la mairesse de Longueuil, ce sont les milliers de témoignages qu’elle a reçus depuis le 18 avril 2023. Des femmes, mais aussi des hommes, se sont confiés à elle sans détour.
«Pour être honnête, je n'ai même pas encore terminé de répondre à tous ces messages. C’est sûr que j’ai fait plus de 40 heures de réponses jusqu’à maintenant. Au total, je crois que j’ai reçu près de 10 000 messages», mentionne l’élue de 32 ans.
Certaines personnes lui ont dit avoir revécu leur histoire à travers la sienne, comme si c’était un peu aussi leur agresseur qui avait été condamné lors du procès d’Harold LeBel.
Aujourd’hui, un an après la sortie du documentaire, Catherine Fournier affirme se sentir plus forte. Pour elle, les nombreuses réactions qui ont suivi sa prise de parole ont donné un sens à sa démarche.
«Je ne souhaite ça à personne, mais ce que j’ai vécu s’est transformé au final en quelque chose de positif», confie-t-elle.
Elle l’admet toutefois: parler publiquement de son agression a généré chez elle une «montagne russe d'émotions», la sortant totalement de sa zone de confort. En politique, elle a davantage l’habitude de cacher sa vulnérabilité que de l’exposer.
Les CAVAC sollicités
Autres conséquences directes de la prise de parole de Catherine Fournier: des centres d’aide ont été inondés d’appels à la suite de la sortie publique de la mairesse de Longueuil, qui a encouragé d‘autres victimes d’agression sexuelle à demander de l’aide.
«Bien qu’il soit difficile de prouver avec certitude que cet événement en soit la cause, certains centres d’aide, dont celui de Montréal, de la Montérégie et du Bas-Saint-Laurent, ont observé une hausse d’appels au cours des jours, voire des semaines, qui ont suivi la prise de parole de Mme Fournier», indique la porte-parole des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), Marie-Christine Villeneuve.

C’est généralement le cas lorsqu’un tel événement fait l’objet d’une importante couverture médiatique, explique-t-elle.
«Certaines personnes victimes disent clairement à leur intervenant(e) avoir davantage confiance en le système judiciaire, le trouver plus crédible en raison du traitement de ce dossier. La “clientèle” s’y réfère souvent dans son discours», souligne Mme Villeneuve.
Aller chercher de l’aide
Le fait que sa prise de parole a permis d’aider des hommes et des femmes représente une victoire pour Catherine Fournier.
«J'ai montré que ça pouvait arriver à n'importe qui, dans n'importe quelle situation. Je crois que ça a enlevé quand même de la culpabilité à certaines personnes», avance la mairesse.
À ses yeux, demander de l’aide est «encore plus important que de porter plainte».
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«Tous les parcours sont valides. On a tous notre façon d'atteindre un sentiment de justice. Moi ça m'a pris des années avant que je choisisse ma voie [porter plainte, NDLR]. Il y en a pour qui peut-être que ça ne sera jamais ça, et c'est totalement correct», soutient l’élue.
Elle prépare avec les CAVAC un balado à visée éducative pour démystifier le parcours judiciaire des personnes victimes.
«Je suis vraiment une privilégiée. Si je peux partager et appuyer d'autres personnes qui pensent faire ça, par mon privilège, tant mieux!»
Deux hommes poursuivis
Autre conséquence directe de la prise de parole de Catherine Fournier, les accusations portées en novembre contre deux hommes pour avoir divulgué son identité lors du procès pour agression sexuelle de l’ancien député de Rimouski, Harold LeBel.
C’est la première fois au pays que des accusations sont portées pour le bris d’une ordonnance de non-publication, ce que salue Mme Fournier, étant donné que le maintien de l’anonymat est important pour les personnes victimes.
«L'ordonnance de non-publication, c'est quand même un élément qui est central à la dénonciation pour de nombreuses personnes victimes. C'est même souvent l'élément déterminant», explique-t-elle.
«Je suis fière de ce combat-là, que ce soit connu, compris, et que ça conscientise autant le monde de la justice.»
Encore des choses à changer
En revanche, Catherine Fournier voudrait une remise en question de la pertinence des procès tenus devant jury dans les dossiers de violence sexuelle.
Selon elle, ce choix, qui incombe à la défense, rend l’exercice plus difficile encore pour les victimes, surtout quand l’agresseur jouit d’une certaine popularité comme ce fut le cas avec Harold LeBel.
De surcroît, le ou la plaignante doit dans ce cas chercher son sentiment de justice dans le seul verdict populaire. Il n’a pas droit à une conclusion écrite, expliquant la décision, comme c’est le cas pour un procès devant un juge seul.

Catherine Fournier se montre également un peu amère vis-à-vis de l’Assemblée nationale qui n’a pas encore pris de disposition en cas d’accusations pour agression sexuelle portées contre un(e) député(e), comme l'a confirmé à 24 heures le service des communications de l'Assemblée nationale.
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Il n'existe en effet aucune procédure particulière concernant un député qui serait visé par des accusations criminelles, avant que sa culpabilité ne soit établie. Le député accusé conserve sa fonction de député et peut continuer d’occuper son siège pendant la durée des procédures, comme ce fut le cas pour Harold LeBel.