«Il nous a fait rire en masse le petit tabarnouche!»: Rodger Brulotte était un joueur de tours redoutable, se remémore Claude Raymond

Kevin Dubé
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Claude Raymond était déjà au bout du fil, utilisant probablement son appareil fixe, lorsqu’on l’a joint par son cellulaire, samedi matin, pour recueillir ses souvenirs de Rodger Brulotte. « Attends-moi une minute », nous a-t-il dit. On l’a alors entendu dire à son interlocuteur : « Bon, je dois te laisser. Ce sera une journée comme celle-là, je pense ».
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« Depuis ce matin, ça n’arrête pas de sonner », nous lance-t-il en riant.
Et ça n’avait rien de négatif, assure-t-il. C’est un signe que Rodger a marqué beaucoup de gens.
Raymond revenait d’un souper au restaurant en famille, vendredi soir, lorsqu’il a reçu le message d’un proche lui présentant ses condoléances pour le décès de Rodger Brulotte.
« Ensuite, j’ai ouvert la télévision et ça ne parlait que de ça. Sur internet, c’est page après page. »
Un farceur
Depuis l’annonce de son décès, les témoignages fusent effectivement de toute part. Chacun semble avoir son anecdote à raconter au sujet du coloré commentateur.
Des anecdotes, Claude Raymond en a plusieurs. Mais ce qui lui revient à la mémoire, d’abord et avant tout, c’est le côté farceur de Rodger Brulotte.
« Il nous a fait rire en masse le petit tabarnouche ! Il en a joué des tours. »
Raymond se rappelle notamment une fois, alors que le descripteur Jacques Doucet et lui étaient à la recherche d’un son particulier qu’ils pourraient faire résonner en ondes à la radio, chaque fois qu’un coup de circuit était frappé par un joueur des Expos.
Brulotte avait alors proposé une idée.
« Il était rentré dans notre studio avec sa christie de flûte. On était en plein milieu d’une manche et, quand j’ai soufflé dedans, de la poudre [en est] sortie [...]. J’en avais plein les lunettes et plein les cheveux ! Le petit en arrière me disait que ce n’[était] pas moi qu’il voulait prendre ! Je ne sais pas comment j’ai fait, mais je n’ai pas lâché un sacre ! Par contre, on était en plein milieu d’une manche et Jacques Doucet riait tellement qu’on n’a pas été capables de finir la manche. Notre régisseur Paul Doucet a dû mettre de la musique en attendant. »
Une douce revanche
Un jour, Doucet et Raymond ont décidé de rendre la monnaie de sa pièce à ce joueur de tours redoutable.
« C’était un dimanche après-midi et les Cards de St. Louis étaient au Parc Jarry. Le responsable de la sécurité, Gilles Desormeaux, était avec nous. On a dit à Rodger qu’on voulait l’avoir en entrevue. Il a monté les marches, ça n’a pas été long ! Quand il est rentré, Desormeaux a fermé la porte et lui a dit : “Aujourd’hui, c’est ta journée” », se rappelle-t-il.
Les trois hommes l’ont alors pris dans leurs bras, ont ouvert la fenêtre de leur studio de diffusion, et l’ont laissé tomber dans le filet au-dessus du marbre.
« Dans ce temps-là, Rodger avait des bottes de cow-boy et une ceinture de cow-boy avec une grosse boucle. Il avait un talon de pris dans une maille et la ceinture prise dans une autre. Les gars de St. Louis l’ont vu et se sont mis à lui lancer des balles pendant qu’il essayait de se déprendre pour redescendre. Il ne nous a pas parlé pendant deux ou trois jours ! »
À court de miracles
Dans les derniers moments, Raymond n’a pas visité Rodger à l’hôpital.
« J’ai de la difficulté à entrer dans les hôpitaux et [à] voir les gens souffrir. Mais on s’est texté quelques fois. »
Sa dernière rencontre, c’était lors de la Série mondiale entre les Blue Jays de Toronto et les Dodgers de Los Angeles.
« On n’était pas toujours d’accord, mais ça faisait de bonnes discussions ! »
Jusqu’à la fin, il affirme avoir cru que Rodger s’en sortirait. Rodger demeurait tellement positif malgré tout qu’il était difficile de voir le verre à moitié vide.
« On le savait malade, mais on espérait un petit miracle. »