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Ginette Reno: «Je suis très fière de moi»

Elle fête ses 80 ans et travaille sur un grand projet

Michèle Lemieux

2026-04-23T10:00:00Z

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Le 28 avril, Ginette Reno franchira le cap des 80 ans. Malgré quelques ennuis de santé, la grande dame de la chanson continue d’élaborer des projets d’envergure. Cet automne, elle nous présentera Entre la vie, l’amour, la mort et moi, un projet de quatre albums originaux qui sera accompagnée d’un

livre racontant la genèse de chaque chanson.

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Ginette, vous nous proposerez un nouveau disque cet automne. De quoi s’agit-il ?

Avec plusieurs collaborateurs, dont mon fils Pascalin, j’enregistre actuellement 40 chansons réparties sur quatre albums. Ça s’appelle Entre la vie, l’amour, la mort et moi. Chaque album abordera l’un de ces thèmes. Ce sont pour la plupart des nouvelles compositions, mais on y trouvera aussi quelques chansons en anglais que j’ai aimé chanter. 

Entrez-vous dans une étape où vous devez faire des deuils ?

Oui, et c’est pour cette raison que ça me contrarie de vieillir. J’ai dû faire de grands deuils, des détachements énormes. Je suis fière parce que je suis rendue à l’écriture du 25e chapitre du livre qui accompagnera les albums. Chaque chanson a un chapitre. J’ai une chanson pour les funérailles, une pour les mariages, une autre sur l’amitié. J’en ai aussi une sur Kent Nagano et une autre sur 

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un de mes musiciens, qui avait des problèmes de consommation et qui s’est malheureusement suicidé. Une autre encore s’appelle Les prisons du silence, c’est une chanson sur l’abus. Pour la première fois, j’explique les abus sexuels que j’ai vécus. Je me dis que lorsque je vais partir, les gens vont tout savoir de moi.

Sincèrement, chacun devrait se faire le cadeau d’assumer qui il est avant de partir.

Oui, madame ! Je suis d’accord. Je vais partir un jour. Nous allons tous partir. Quand on a vécu, qu’on a fait ce qu’on avait à faire et qu’on quitte, ce n’est pas un recommencement, on renaît à autre chose. J’ai bien hâte de voir ce qu’il y a de l’autre bord. Comme je le chante dans une de mes nouvelles chansons, « Mourir sans témoin », je ne veux pas mourir sans témoin. J’ai encore de belles chansons à proposer.

Diriez-vous qu’il s’agit d’un projet biographique ?

Oui. Encore plus que la biographie que j’ai publiée, parce que ce projet va en profondeur. J’ai choisi les chansons pour être vraiment capable de livrer différentes choses à mon sujet. J’ai d’autres projets à venir, j’ai écrit une série télé.

À 80 ans, vous n’arrêtez pas de faire des projets ?

Je ne serais pas capable, je serais aussi bien de dire à Dieu : « Viens me chercher ! » Tout ça, c’est à cause de ma jeunesse, durant laquelle je me dissociais. Encore aujourd’hui, je suis capable de me dissocier pour créer.

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Vous avez manifestement la forme pour le faire.

Je suis en santé, mais je ne suis pas forte. Je casse comme de la porcelaine. J’ai très mal au dos. Je marche avec une canne. Je ne peux plus chanter debout. Mon père est mort à 72 ans, ma mère, 

à 77 ans. Mes deux grands-mères ont vécu jusqu’à 89 et 92 ans. J’essaie de me convaincre que c’est d’elles que j’ai hérité ma longévité. Avec toutes les opérations que j’ai subies, mon cerveau me joue des tours...

Qu’entendez-vous par là ?

Il y a des journées où je me lève et je n’ai plus de ressources. Je suis complètement vide, sans énergie, sans aucune force. Je suis au lit toute la journée. Ça peut durer deux, trois jours. Je ne peux pas vous expliquer ce que je vis. J’ai vu tous mes médecins, et j’en ai plusieurs. On ne sait pas ce que j’ai. Alors quand ça m’arrive, je dors. Je suis médicamentée parce que je fais des crises d’anxiété, de stress, de panique. Mais je me console parce que je ne suis pas toute seule. Je rencontre plein de gens qui font de grosses crises d’anxiété et de stress. Certains moments sont terribles, mais lorsque je me lève, que je n’ai pas mal à l’estomac ou encore que je n’ai pas le goût de dormir, je me sens bien comment ça ne se peut pas !

Ben Pelosse / JdeM
Ben Pelosse / JdeM

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L’anxiété, c’est nouveau dans votre vie ?

En fait, j’étais anxieuse, mais je ne le savais pas. J’ai l’impression que je me suis beaucoup dissociée dans ma vie. Je viens d’une famille dysfonctionnelle, mais j’ai reçu beaucoup de dons...

Ginette, est-ce que je me trompe ou vous semblez être plus en paix que jamais avec l’héritage de vos parents, le bon comme le moins bon ?

C’est tout à fait ça : je suis en paix. C’est comme s’il y avait une partie de moi qui était rentrée chez elle. Il y a un énorme paradoxe entre Ginette Reno et Ginette. Au moment où j’ai compris que c’est Ginette qui chantait et pas la Reno, il y a toutes sortes d’affaires qui se sont passées. Je me suis demandé si j’allais inviter tout le monde à une grosse noce pour me marier avec la Reno. Ça ne fait que quelques années que je sais que je chante bien. 

Je ne le savais pas. Un jour, j’étais en studio avec mon fils et j’écoutais une chanson que j’aimais éperdument. Je lui ai dit : « Je chante pas pire, hein ? » Il s’est mis à rire et m’a dit : « Maman, tu es une grande chanteuse. »

Ressentez-vous une certaine urgence de réaliser tout ce qui vous tient à cœur ?

Oui, parce que j’ai très peur. Je procrastine beaucoup sur la mort. Ce projet d’albums, c’est comme mon testament. J’ai toujours peur de le finir, comme si j’avais peur de partir après. Comme si ce projet me gardait vivante. Comme je le mentionnais, mon père est mort jeune, ma mère aussi. J’ai eu très peur, à 72 et 77 ans, de partir comme eux. Quelqu’un m’a expliqué un jour que j’ai vécu tellement de montées et de descentes d’adrénaline que mon système nerveux n’est plus capable d’en prendre. J’ai commencé à chanter à l’âge de 13 ans. Je n’ai plus la capacité, la résilience pour faire face à la montée d’adrénaline. C’est pour ça que je casse comme de la porcelaine. C’est ce qui provoque mon anxiété et mon stress. À un moment donné, le système nerveux n’est plus capable de supporter les montées d’adrénaline.

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Comment vous sentez-vous à l’approche de vos 80 ans ?

Je ne sais pas... Dans mon cœur, je suis encore une petite fille émerveillée, pleine de passion. Je ne perdrai jamais ça. J’appelle ça le feu sacré : le feu, ça crée. Je suis toujours en création. Je suis très visionnaire, à certains égards. J’ai l’impression que je n’ai pas d’âge. J’ai vécu une vie si remplie que c’est comme si j’avais 200 ans.

Célébrerez-vous votre anniversaire d’une façon spéciale ?

Le 25 avril, je serai à l’émission En direct de l’univers. Je pense qu’après, nous allons nous retrouver en famille et entre amis pour faire la fête dans un restaurant. Ce sera l’occasion de célébrer un peu à l’avance ma fête, qui est le 28 avril, un mardi. Tout le monde travaille... Je partirai par la suite en Floride pour finir d’écrire mon livre.

Y a-t-il des choses que vous n’avez pas réussies ?

Oui, mais je ne m’en veux pas pour ça. Je m’en suis beaucoup voulu de ne pas avoir réussi mes relations. Puisque j’ai été élevée dans une famille dysfonctionnelle, j’ai alors eu tendance à aller vers des personnes dysfonctionnelles. Je n’ai donc pas tout à fait réussi sur ce plan. J’ai beaucoup senti l’amour de mon papa. On dit qu’une fille qui sent énormément l’amour de son papa va réussir dans la vie, mais pas nécessairement sa vie.

Diriez-vous qu’à 80 ans, vous êtes mieux que jamais avec vous-même ?

Je dirais que spirituellement et mentalement, je vais bien. C’est juste physiquement que j’ai mes petits problèmes de santé, mais je pense que la vie me les a donnés pour que je puisse prendre soin de Ginette. J’ai toujours été préoccupée par tout le monde. J’ai voulu sauver le monde, mais il faut se prendre pour un autre pour penser qu’on est capable de faire ça ! Il y a une prière qui dit : « Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les personnes que je ne puis changer, le courage de changer celle que je peux et la sagesse de comprendre que cette personne-là, c’est moi. » C’est moi qu’il faut que je change, pas les autres. Cette prière a changé ma vie. 

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Alors, vous vieillissez vraiment en sérénité et en sagesse, finalement ?

Oui. Je suis très sereine. Je suis en harmonie. Je sais de plus en plus ce que je veux, ce que j’aime. J’ai adopté un nouveau slogan : « Doux, doux, ma Ginette. » Je fais appel à mon parent aimant. Même physiquement, je me souviens d’aller doucement. Je marche avec une canne, je ne veux pas tomber.

Lorsque vous regardez en arrière, diriez-vous que vous avez fait preuve d’une résilience exceptionnelle ?

Je suis vraiment fière. Chez nous, il y a tous mes trophées, toutes mes médailles. Quand je les regarde, je me rappelle tous ces souvenirs. Je suis fière de mon parcours.

Vous avez souvent dit que vous n’avez pas de regrets, ou enfin, si peu...

Des regrets, j’en ai, mais des remords, je n’en ai pas. Je n’ai rien fait de pas correct. Je n’ai pas de secrets. Quand on a des remords, c’est qu’on a fait des choses pas correctes. 

Avec toute l’expérience de vie que vous avez acquise, si vous aviez su, qu’auriez-vous fait différemment ?

Sur le plan de mes relations personnelles, j’aurais fait de meilleurs choix. Les gens que j’ai choisis, ce n’est pas tant eux que leurs comportements qui étaient en cause. Parce qu’ajoutés à mes comportements dysfonctionnels, ce n’était pas terrible... On aurait dit qu’il y en avait 99 sur 100 de corrects, mais je prenais celui qui ne l’était pas. Je voulais aider, sauver. Si j’avais à recommencer, je serais moins sauveuse. Par ma nature, je suis une nourrice. Je suis rampante. Quelque part, j’ai de la difficulté à m’affirmer, à dire non. J’ai commencé à le dire. C’est un mot que le monde n’aime pas, mais parfois, dire non aux autres, c’est se dire oui à soi-même...

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