Frédérick De Grandpré dans «Indéfendable»: Un retour marquant à la télévision
Marjolaine Simard
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Frédérick De Grandpré fait une entrée remarquée dans Indéfendable avec un personnage troublant, à mille lieues des rôles de « bons gars » auxquels il nous a habitués. Le comédien, qu’on aimerait voir plus souvent à l’écran, n’a cessé de se réinventer au fil de son parcours. Père de deux adolescentes, il a aussi retrouvé l’amour et profite aujourd’hui d’une période empreinte de sérénité, d’équilibre et de bonheur assumé. Une rencontre sincère et lumineuse.
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Frédérick, qu’est-ce qui t’a attiré dans le personnage troublant de Bruno Lacombe ?
Je suis vraiment ravi d’incarner cet homme ! C’est exactement le genre de personnage que je n’avais jamais eu l’occasion de faire. Quand on me l’a proposé, j’ai été surpris, mais dans le bon sens. Bruno Lacombe, c’est quelqu’un de très contrôlant, parfois même antipathique, et ça, pour moi, c’était nouveau. J’ai souvent incarné des personnages qu’on comprend rapidement, des « bons gars » auxquels le public s’attache facilement. Là, on est ailleurs. On est dans quelque chose de plus ambigu, de plus dérangeant et mystérieux. Et ça, pour un acteur, c’est extrêmement stimulant.
Il y a beaucoup de mystère autour de lui. Comment tu l’as travaillé ?
Ç’a été un vrai défi. Je voulais en donner le moins possible pour que le téléspectateur se pose constamment la question : pourquoi il agit ainsi ? Est-ce qu’il ment, est-ce qu’il est sincère ? On reste toujours dans une zone grise. J’ai misé sur la subtilité, les regards, les silences — souvent, ce qui n’est pas dit est plus fort. Je voulais qu’on ne sache jamais complètement sur quel pied danser avec lui. C’est un jeu très intérieur, plus retenu, et ça m’a vraiment nourri.
L’intrigue est assez lourde, notamment avec une jeune fille...
Oui, c’est une intrigue très forte. Il accueille cette jeune fille qui a vécu beaucoup de violence, et tout part de là. Il y avait plusieurs couches, plusieurs niveaux de lecture dans le scénario. Les relations que Bruno entretient sont aussi très complexes, que ce soit avec sa femme, sa mère, son frère... ce n’est pas une famille linéaire. Tout ça crée un véritable imbroglio où le vrai et le faux se mélangent constamment, même avec les avocats. Et c’est justement ce qui rend l’histoire aussi captivante.
Tu retrouves aussi des collègues avec qui tu avais déjà travaillé. Ç’a dû être agréable pour toi.
Oui, vraiment ! J’ai retrouvé Patrick Drolet et Ariane Castellanos, avec qui j’avais travaillé sur Mémoires vives. C’était comme des retrouvailles, ça crée tout de suite une belle complicité. Et l’ambiance sur le plateau était vraiment agréable.
Tu célèbres presque 30 ans de carrière cette année. Quand tu regardes en arrière, que ressens-tu ?
Mon Dieu... c’est impressionnant de penser à ça. Je suis sorti de l’École nationale de théâtre il y a 30 ans presque jour pour jour. Avec le recul, je me sens vraiment privilégié. J’ai eu de très beaux rôles en début de carrière qui m’ont permis de créer un lien fort avec le public. Même dans les périodes où je suis moins présent à l’écran, je sens que les gens sont encore là, qu’ils ont envie de me revoir. Ça, c’est précieux. Je le ressens aussi beaucoup dans mes spectacles de musique. Les gens me suivent, m’encouragent, et ça me touche énormément.
Ta carrière a connu des moments forts, mais aussi des pauses. Quel regard portes-tu sur elle aujourd’hui ?
C’est la réalité de notre métier. Certains enchaînent les projets, d’autres ont des parcours en dents de scie. Moi, j’ai eu des rôles marquants, puis des périodes plus calmes. Mais avec le recul, je ne changerais rien. Ces pauses m’ont permis d’explorer autre chose. Je suis retourné à l’université en philosophie, j’ai donné des ateliers, j’ai fait d’autres types de projets. Et tout ça nourrit aussi l’acteur que je suis. Il faut aussi faire attention de ne pas tomber dans l’amertume. Ce n’est pas toujours facile, mais j’essaie de rester dans la gratitude.
Tu partages ton temps entre ton métier de comédien, de chanteur et un autre emploi... Peux-tu nous en parler ?
Oui, depuis une dizaine de mois, je travaille pour une ébénisterie industrielle comme directeur du développement des affaires. Et honnêtement, ça se passe super bien. Le fait d’être comédien ouvre des portes, les gens sont curieux, ouverts. Et surtout, je travaille avec une équipe qui comprend ma réalité. Ils n’ont pas hésité à me libérer pour le tournage d’Indéfendable. C’est vraiment du donnant-donnant. Aujourd’hui, je pense que beaucoup de comédiens vivent ça : avoir plusieurs cordes à leur arc. Et ce n’est pas une mauvaise chose.
Qu’est-ce que tu fais pour garder l’équilibre dans tout ça ?
Je bouge beaucoup. Je fais du ski, je m’entraîne à la maison presque tous les jours. Je marche en nature dès que je peux. Mais il y a aussi la méditation. C’est quelque chose que j’ai découvert il y a près de 30 ans, lors d’un voyage en Inde. Ça m’a profondément marqué. Depuis, je pratique régulièrement. Pas de façon rigide, mais plutôt comme un moment pour me recentrer, pour revenir au présent. Ça m’aide énormément, surtout dans les périodes plus stressantes. Ça permet de ne pas se laisser envahir par les pensées négatives.
Tu as traversé une période difficile récemment. Tu en parles aujourd’hui avec beaucoup de sérénité...
Oui, 2023 a été une année très difficile. J’ai vécu une séparation, et ç’a été un gros bouleversement. Mais avec le recul, je vois aussi tout ce que ça m’a apporté. Ça m’a permis de me reconnecter à moi-même, de travailler sur moi, mais également de faire une rencontre extraordinaire. Aujourd’hui, je suis en couple avec une femme formidable qui a deux garçons. Au début, j’hésitais à vous en parler, mais en discutant avec elle, j’ai compris que c’était une excellente nouvelle à partager. Que mon bonheur ferait plaisir aux lecteurs.
Tu as donc une famille recomposée...
On ne vit pas ensemble, mais chaque moment qu’on partage est précieux. Et nos enfants s’entendent bien, on fait des activités ensemble... C’est vraiment un beau cadeau de la vie.
Tu es papa de deux adolescentes : Stella, 15 ans et Mélina, 13 ans. Quel genre de père es-tu ?
J’essaie d’être un bon coach. De leur donner de l’autonomie, mais aussi de les guider. Je pose beaucoup de questions : « As-tu pensé à telle option ? », plutôt que d’imposer des réponses. Je m’inspire beaucoup des arts martiaux, que j’ai pratiqués longtemps. Ça m’a appris à faire face aux défis, à analyser, à trouver des solutions. J’essaie de leur transmettre ça. L’adolescence, ce n’est pas toujours simple, mais on a une belle relation. On communique bien. Et ça, pour moi, c’est essentiel.
Il semble que Mélina soit intéressée à suivre tes traces... Comment tu réagis à cela ?
Je l’encourage, bien sûr, mais je lui dis aussi d’avoir un plan B. D’avoir une formation solide, quelque chose sur quoi s’appuyer. Si j’avais un conseil à donner aujourd’hui, ce serait celui-là : avoir une autre passion, un autre métier en parallèle. Parce que ce métier-là est magnifique, mais il est aussi instable. Stella est davantage intéressée par les arts visuels, comme la sculpture, la peinture et le dessin.
La musique occupe aussi une grande place dans ta vie. Qu’est-ce que ça t’apporte ?
Énormément de choses. Je fais ça depuis 25 ans maintenant. Je chante du jazz, du Sinatra, du Trenet... des chansons qui touchent plusieurs générations. Mes spectacles affichent souvent complet, les gens chantent avec moi, il y a une vraie connexion entre nous. Et après, je prends le temps de les rencontrer. C’est ma façon de les remercier d’être là depuis toutes ces années.
Avec tout ce que tu vis en ce moment, comment entrevois-tu l’avenir ?
Avec beaucoup d’optimisme. J’ai l’impression d’être dans une période de renouveau sur les plans professionnel et personnel. Je me sens bien, aligné, entouré. Et j’ai envie de continuer à créer, à jouer, à rencontrer le public.