Eveline Gélinas rêve de jouer cette politicienne
La pièce «Dracula - Un nouveau règne du mal» est présentée jusqu’au 14 avril au Théâtre Denise-Pelletier. Infos et billets: denise-pelletier.qc.ca.
Patrick Delisle-Crevier
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Voilà plus de 30 ans qu’Eveline Gélinas exerce son métier, que ce soit sur les planches, sur les plateaux ou dans les studios de doublage. Celle qui joue présentement dans la pièce Dracula - Un nouveau règne du mal s’est confiée avec générosité au sujet de ses projets, de son rapport au métier, de ses amours et de sa vie de famille.
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Eveline, comment vas-tu ?
Je vais très bien. J’ai eu la chance de jouer dans Janette chez Duceppe avant Noël, et j’ai répété Dracula tout l’hiver. On dirait que je ne vois pas passer l’hiver quand je répète au théâtre. C’est fou, c’est comme vivre dans un univers parallèle ! Je suis donc dans un beau moment et j’ai eu un hiver moins lourd qu’à l’habitude.
Jouer au théâtre, qu’est-ce que ça représente pour toi ?
C’est toujours un grand bonheur. J’ai fait ma formation dans le théâtre et pour moi, y revenir est toujours important. Retrouver le public aide à établir ce contact direct avec les gens, qui réagissent sur le coup. Pour moi, c’est très précieux. Le rapport est si différent quand tu joues devant du vrai monde — surtout que le Théâtre Denise-Pelletier, où nous jouons Dracula, est beaucoup fréquenté par des jeunes. J’aime l’idée de transmettre la culture et, qui sait, peut-être la passion pour le métier...
Que peut-on dire de la pièce Dracula - Un nouveau règne du mal?
C’est Dracula, mais complètement réinventé par l’autrice Marie-Claude Verdier. On transpose Dracula dans la Silicon Valley, et la pièce aborde le thème de l’intelligence artificielle. Dracula, qui est joué par Maxime Denommée, devient David Rand. Il est question d’échange de sang, comme dans Dracula, mais aussi d’une quête d’immortalité et du désir de tout contrôler. C’est vraiment du Dracula transposé dans l’ère moderne. Je joue Lamia, le bras droit de Dracula, qui est chargée de recruter des jeunes pour les mener vers lui. Elle est le cerveau de l’affaire.
Du côté de STAT, comment évoluera ton personnage d’Élisabeth Lamy, la conjointe du méchant Laurent Lamy ?
C’est un plaisir de jouer dans cette série que les gens ont adoptée. Je le remarque parce qu’ils viennent beaucoup me parler de mon personnage. Ils trouvent qu’elle est patiente avec Laurent Lamy et ils me demandent pourquoi elle reste avec lui. Je ne sais pas ce qui va arriver pour la suite de mon personnage, car nous n’avons pas encore débuté les tournages de la prochaine saison. Mais c’est certain qu’avec un tel mari et un tel fils, on lui souhaite de meilleurs jours ! Le masculinisme s’est invité dans la vie de son fils et elle nage comme elle peut dans tout ça. Cette dynamique familiale n’est pas facile, mais je trouve ça intéressant à jouer. Et je trouve ça important qu’on en parle.

Eveline, as-tu la carrière que tu souhaitais ?
À la base, le plus important pour moi était de durer. À mes débuts, je me demandais si j’allais être capable de faire mon métier à long terme. Je suis une passionnée et je souhaite travailler longtemps. Ce que j’aime, c’est ne jamais savoir quel sera le prochain rôle ni où la vie va me mener. Ce dont je suis très fière, c’est d’avoir pu faire à la fois de la télévision, un peu de cinéma — je rêve d’en faire plus ! —, du théâtre et du doublage. Je suis contente et je me considère chanceuse et privilégiée d’être encore là et de faire des rencontres incroyables.
La comédienne en toi est-elle rassasiée ?
Je sais que de tels rôles sont rares, mais un jour, j’aimerais jouer un personnage qui a marqué l’histoire, une politicienne ou une grande écrivaine. Un peu comme Guylaine Tremblay, qui a joué Janette Bertrand au théâtre, ou Suzanne Clément, qui a décroché le rôle de Pauline Julien dans un film. Je serais fière de jouer une Thérèse Casgrain ou une Pauline Marois, une dame qui a marqué le cours de l’histoire au Québec.
Si tu ne devais retenir qu’un seul rôle dans l’ensemble de ton parcours, lequel ce serait ?
Il y a eu plusieurs rôles marquants, mais l’un d’eux a ouvert la porte à tout le reste. Jouer Liza dans Jamais deux sans toi, avant même d’étudier à l’École nationale de théâtre, a été marquant pour moi. Ç’a changé ma vie parce qu’à partir de là, ça m’apparaissait clair que je voulais faire ce métier. J’avais 16 ans et ce rôle m’a fait connaître du grand public. Ça m’a permis de pratiquer mon métier en côtoyant des gens comme Jean Besré, Sylvie Drapeau, Robert Gravel, des grands de ce monde qui m’ont appris le métier. Ç’a été déterminant pour moi. Plus tard, quand René Richard Cyr m’a engagée pour Les Parapluies de Cherbourg, ç’a été marquant, car j’ai pu chanter et montrer une autre facette de ce que je pouvais faire.
Il y a en toi une chanteuse qu’on entend très peu. Pourquoi ?
La dernière fois que j’ai chanté sur scène, c’était il y a deux ans, dans La mélodie du bonheur. Moi, je fonce quand on me le propose. Je suis une actrice qui chante, je ne suis pas une chanteuse tout court. Il me faut un projet, un metteur en scène et un réalisateur qui a envie de me faire chanter. Même si j’ai beaucoup chanté dans ma vie, je me considère encore comme une actrice qui chante. Je suis très ouverte, mais entourée et dans un projet où je vais me sentir à l’aise, afin d’éviter que mon sentiment d’imposture ne prenne le dessus.
Où traces-tu la ligne entre une actrice qui chante et une chanteuse ?
Je pense que c’est la formation. Je n’ai pas une formation de chanteuse ou de musicienne du Conservatoire de musique. Mais j’ai une formation d’actrice à l’École nationale de théâtre. Pour moi, la différence est là. Mais je chante avec plaisir, et je le referais volontiers si on me proposait le bon projet. J’ai le sentiment que ça va arriver un jour.
Oserais-tu foncer et faire tes propres chansons, ton propre spectacle ?
Je ne sais pas, mais je me verrais un jour rassembler des chansons que j’aime et aller me promener en tournée. Pour le moment, j’ai encore de jeunes enfants, et avec le travail d’actrice, ça fait beaucoup. Mais peut-être que quand mes enfants seront plus vieux, je me paierai la traite en reprenant des chansons que j’aime.
L’École nationale de théâtre a été marquante dans ta formation, mais aussi parce que tu y as rencontré l’homme de ta vie, Vincent-Guillaume Otis.
(Rires) Oui ! J’y ai rencontré un acteur bon et beau, que je trouvais aussi drôle et intelligent. Je suis tombée amoureuse de lui et de son grand talent.
Tu es avec lui depuis presque 30 ans. Souhaitais-tu avoir une relation à long terme et bâtir une famille ?
Je pense que oui. Vincent-Guillaume est le père de mes trois enfants et je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un de façon stable aussi rapidement, et que ça aille si vite par la suite. Mais je viens d’une famille de trois enfants dont les parents sont ensemble depuis longtemps et je voulais reproduire ça, malgré le fait que j’exerce un métier très éclaté et insécurisant. Mon côté solide, ma base, provient de ma famille, et je pense que j’aurais du mal à faire ce métier-là si ma vie personnelle était plus éparse. Je vis mes peaks d’adrénaline à travers mon métier, mais j’ai besoin de revenir à une base solide, d’avoir de la douceur et de la stabilité. Je suis avec un acteur, mais nous sommes capables de parler d’autre chose que du métier. Nous devons nous remplir d’autres choses dans nos vies.
Quand on est deux à faire un métier instable, est-ce doublement angoissant, surtout avec trois enfants ?
Oui, c’est une réalité. Heureusement, Vincent-Guillaume et moi, on se soutient et on s’encourage plus qu’on ne s’angoisse. On se comprend dans tout ça et on forme une équipe. Quand l’un avait une passe plus tranquille, l’autre travaillait plus ; on a toujours réussi à patauger là-dedans. Mon chum tourne beaucoup plus que moi, mais je fais beaucoup plus de voix et de doublage. Nous nous complétons là-dedans. Nous touchons à différents aspects du métier, ce qui fait que nous n’avons pas trop de creux de vagues. Ça nous permet d’élever des enfants et de ne pas être dans la misère.
Le fait que Vincent-Guillaume tourne beaucoup plus que toi te remet-il en question face à ton métier ?
Ça aurait pu, mais tourner moins et avoir un conjoint qui tourne beaucoup m’a permis d’avoir un répit, d’être une maman à la maison. Ce n’est pas à moi qu’on a proposé le rôle de Patrick Bissonnette dans District 31. Peut-être que ça a fait mon affaire de tourner moins et d’être plus présente pour nos enfants. Vincent a ce talent fou pour relever le défi d’une quotidienne et tourner rapidement. C’est quelque chose, le rythme que mon chum a embrassé pendant des années. Je lui lève mon chapeau.
Quel genre de maman as-tu été ?
J’ai essayé d’être la maman la plus authentique, la plus vraie et la plus à l’écoute possible, et je pense que j’ai réussi. Mais on n’est pas à l’abri des erreurs. J’ai aussi eu le meilleur partenaire au monde pour élever des enfants et ça, c’est précieux. C’est la grande base. Malgré nos rythmes fous, malgré le fait que nous avons beaucoup travaillé, je pense que nous avons réussi à être des parents présents et à montrer à nos enfants qu’ils étaient ce que nous avions de plus important au monde. En ce sens, je pense que j’ai été la mère que je voulais être.
En terminant, que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?
Un rôle marquant ! Sinon, juste de durer, parce que je suis dans la cinquantaine et que je sais que certains défis viennent avec l’âge, dans ce métier. Je me souhaite d’avoir la santé qu’il faut pour continuer et que la passion soit toujours présente.