Souvent pour des raisons politiques, les villes n’ont pas taxé suffisamment et devront piger davantage dans la poche des citoyens pour résorber le déficit d’entretien des infrastructures, indique un rapport ; les maires sont d’accord, mais pas question de le faire sans que le gouvernement contribue.
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« C’est clair qu’il va falloir payer », lance sans détour l’ancienne ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui a passé au peigne fin la fiscalité municipale depuis un an avec son collègue et aussi ancien ministre Nicolas Marceau.
« Il faut faire un virage, ça s’impose parce que nos enfants n’auront plus d’eau », a-t-elle tranché, prenant une part de responsabilité. « J’étais coupable comme présidente du Conseil du trésor de ne pas avoir été attentive à ce problème. »
Le déficit colossal d’entretien des routes, aqueducs, égouts et bâtiments municipaux s’est gonflé au fil des années parce que les élus se sont enfermés dans la « trappe » de limiter la hausse de taxes à l’inflation, contrairement aux autres gouvernements qui s’alignaient davantage sur le PIB, a diagnostiqué M. Marceau. La situation est devenue « intenable ».
Plus que l’inflation
Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau ont donc proposé la création d’un fonds de 15,75 G$ sur 10 ans financé par le gouvernement du Québec pour l’entretien des infrastructures. Mais celui-ci serait accessible uniquement aux villes qui accepteraient de taxer plus que l’inflation, soit au niveau du PIB, et qui affecteraient ces sommes au maintien de leurs actifs. Elles contribueraient aussi pour 15,75 G$ et devraient démontrer qu’elles ont un plan sérieux d’entretien.
Le président de l’UMQ, Guillaume Tremblay, et le maire de Québec, Bruno Marchand, ont accueilli cette proposition favorablement et se disent prêts à faire l’effort, mais ils insistent sur le fait que le gouvernement doit être de la partie.
« Ça prend l’aide du gouvernement. Il y a une campagne électorale qui s’en vient. On a hâte d’entendre l’ensemble des partis politiques », a avancé M. Tremblay.
M. Marchand assure que la Ville de Québec participerait au fonds et qu’il ne laisserait « pas d’argent sur la table ». Mais cela ne passe pas nécessairement par une hausse de taxes, a-t-il avisé, se gardant de donner ses intentions pour le prochain budget. Il a souligné que Québec met déjà des sommes de côté pour les infrastructures dans une réserve climatique.

Faire le ménage
Le chef de l’opposition, Stéphane Lachance, croit qu’il faudrait faire du ménage dans la machine municipale avant de penser à hausser les taxes à Québec. « On peut participer à ce fonds sans augmenter les taxes, en faisant une utilisation pragmatique des finances. »

Le maire de Lévis, Steven Blaney, a indiqué que sa Ville est à mesurer l’ampleur du déficit d’entretien. Concernant le fonds, il n’a pas voulu dire s’il augmentera les taxes à Lévis, mais il a affirmé que « si les municipalités devaient inviter les contribuables à payer davantage, il faudrait qu’elles en aient pour leur argent, en allant chercher des sommes additionnelles pour un peu forcer la main du gouvernement du Québec d’investir dans les infrastructures de base ».
Salaires des employés municipaux
Le rapport de Mme Jérôme-Forget et de M. Marceau identifie un écart salarial de 28 % entre les employés municipaux et ceux du gouvernement du Québec et les auteurs estiment que Québec doit s’attaquer à cet enjeu... sans dicter la manière.
« Régis avait raison », a concédé Mme Jérôme-Forget, contre laquelle l’ancien maire de Québec Régis Labeaume s’était battu en vain pour obtenir le droit de décréter les conditions de travail des employés municipaux.
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