Pour résorber le « gigantesque » déficit d’entretien des routes, aqueducs, égouts et bâtiments municipaux, on doit s’attaquer aux coûts de construction, statuent deux anciens ministres des Finances, qui invitent le gouvernement à cesser d’« infantiliser » les maires.

Le Québec fait face à un déficit d’entretien des infrastructures municipales galopant, qui atteint près de 50 G$. L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a mandaté Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau, deux anciens ministres québécois des Finances, pour dégager des pistes de solutions.
Leur rapport, très attendu, sera dévoilé jeudi lors des Assises de l’UMQ, tenues à Québec. Le Journal a eu accès aux principales recommandations du rapport qui décrète que le modèle actuel de financement des infrastructures a atteint sa limite et qu’il doit être revu.
Les auteurs plaident pour des mesures visant à faciliter la vie des municipalités.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Pour en finir avec les « quêteux »
Mme Jérôme-Forget ne passe pas par quatre chemins : la dynamique actuelle « infantilise les maires, ça les rend dépendants, et ils deviennent des quêteux », regrette-t-elle.
Son collègue abonde dans le même sens. « Il y a une part de paternalisme, une part de conviction à Québec qu’on comprend mieux les problèmes qui sont sur le terrain. »

Il faut réduire les coûts de construction et augmenter les sommes dédiées à l’entretien et à la réfection des infrastructures municipales, clament-ils.
Les coûts de construction ont en effet bondi de 7,5 % par an au cours des 10 dernières années, un rythme « insoutenable ». Il faut ramener cette cible à 3,5 %, disent-ils.
Cela passe surtout par un assouplissement des normes, souvent non pertinentes, qui contribuent à elles seules pour 40 % de l’augmentation des coûts et allongent les échéanciers.
Mme Jérôme-Forget et M. Marceau croient aussi que « les modèles traditionnels d’appels d’offres montrent leurs limites » et qu’il faut partager le risque avec le privé. Notamment, en instaurant des contrats intégrés de type conception, construction, exploitation. Ainsi, en incluant l’entretien, les partenaires ont tendance à privilégier la durabilité et le maintien optimal des infrastructures, explique M. Marceau.
Et un ménage dans le foisonnement de programmes gouvernementaux est nécessaire, décrètent les auteurs. Avec plus de 200 programmes d’aide financière qui s’adressent aux villes, il y a lieu de simplifier.

Trop de programmes
Ils préconisent de regrouper les programmes en une enveloppe et d’octroyer les sommes non pas par projet, mais par un transfert de subventions en fonction des priorités des municipalités, identifiées dans un plan de gestion des actifs crédible.
Un « souhait » — qui ne sera « pas facile » à réaliser, selon Monique Jérôme-Forget — serait aussi d’assurer un recensement des projets de tous les grands donneurs d’ouvrage québécois et de faire une priorisation, afin de mieux utiliser les ressources limitées de l’industrie de la construction. « Personne n’a intérêt à payer trop cher », lance Nicolas Marceau.
Finalement, les ex-élus voudraient voir naître un Bureau d’évaluation des prix pour les contrats municipaux qui permettrait de voir ce qui se fait ailleurs et de savoir si les villes en obtiennent pour leur argent pour les divers services qu’ils sollicitent.
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