Deuxième baptême dans la coupe Stanley chez les Lefebvre

Michel Beaudry
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Pas loin du lac Brompton, ce qui s’est passé jeudi dans l’univers du hockey québécois ne se reproduira probablement jamais. Je vous raconte.
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Partons de 1996, Alexanne Lefebvre, superbe petit bébé, a été baptisée dans la coupe Stanley quelques jours après sa naissance. J’y étais, dans cette petite église près du lac Lyster. Les parrains et marraines étaient Stéphan Lebeau et Chantale, Jocelyn Tibeault et Mélanie. Jeudi, la même Alexanne, 28 ans plus tard, a baptisé son fils, Orion, dans la même coupe. Maman et fiston baptisés dans le même gros trophée. Du jamais vu. Papa Sylvain Lefebvre, entraîneur adjoint des Panthers de la Floride, ne vit pas comme les autres. Sa femme, Marie-Claire, et ses enfants, Jade-Isis, Djan, Jordan et Alexanne, sont faits du même moule. C’est spécial.

Jeudi, la famille Lefebvre, au lac Brompton cette fois, a organisé une magnifique célébration du grand championnat. Du baptême d’Orion jusqu’à une réception sur le court de tennis en passant par un passage public et médiatique à la Brasserie Lac Brompton, Sylvain voulait que tout le monde goûte aussi à sa deuxième Coupe. La première en joueur remportée en 1996 avec l’Avalanche et celle de juin dernier comme entraîneur adjoint au sein des Panthers. Et aussi, on baptisera Slynn, un autre petit-enfant des Lefebvre (fils de Djan), qui, à 7 ans et demi, est déjà un étonnant joueur de hockey.
UN PARCOURS UNIQUE
C’est ça, le clan de Sylvain Lefebvre, entré dans cette ligue sans jamais avoir été repêché et qui a joué à Montréal, Toronto, Québec, Colorado et au sein des Rangers. Ensuite, rien de moins que 16 ans de coaching dans la Ligue américaine et dans la Ligue nationale parsemés de beaux moments mais aussi d’épreuves traversées toujours dans la dignité, la confiance et une persévérance indestructible.

Quand il a affirmé qu’il ne se ferait pas vacciner pendant la pandémie, les Blue Jackets de Columbus lui ont arraché son contrat. Il a perdu sa job avant même de commencer. Sylvain ne croyait pas au système après que sa mère eut été victime de deux ACV pendant cette période d’incertitude, et quand Sylvain Lefebvre a des convictions, vous ne le ferez pas changer d’idée, il ne dérogera pas. Des centaines de milliers de dollars se sont envolés et il s’est réfugié en bûchant du bois dans la petite forêt près de sa maison en Estrie. Sa décision était bel et bien arrêtée.

Des dizaines de mois plus tard, le téléphone a sonné. Paul Maurice, une autre tête dure, avait lui-même quitté les Jets de Winnipeg avant qu’on le congédie. «Mon message ne passe plus» avait-il dit. Habituellement, on ne voit jamais ça. Ensuite, la Floride l’a embauché et, lui, il a téléphoné à Lefebvre sans jamais lui avoir parlé une seule fois auparavant, donc sans le connaître. Il avait toutefois observé que ce gars-là avait une tête spéciale, du caractère. Une seule rencontre des deux hommes et tout est tombé en place. Il y a moins de trois mois, ils ont gagné la Coupe ensemble comme larrons en foire et Sylvain voit maintenant son coach comme un génie.
AVEC LES KORDIC
Revenons à cette fête d’hier de la coupe Stanley dans nos Cantons de l’Est. Voyez comment ce monde du hockey de la LNH est petit. Alexanne Lefebvre, cadette de Marie-Claire et Sylvain, a donc baptisé son fils dans la Coupe. Son conjoint s’appelle Curtis Gass. Jusque-là, rien d’anormal, sauf que Curtis a une maman qui a des liens qui vous ont probablement été familiers. Oui, sa mère, Toni, est la sœur de John Kordic, ex-joueur des Canadiens et des Nordiques qui, vous vous en souvenez, est décédé à Québec. Là, vous allez me dire que Toni Kordic a connu la famille Lefebvre parce que John et Sylvain ont joué ensemble. Mais non. Ça n’est jamais arrivé. Ce qui s’est produit, c’est que la sœur de Curtis Gass, Nicole, donc la fille de Toni Kordic, a joué au hockey aux Olympiques de 2018 à Pyeongchang en Corée du Sud. Et, avant, elle avait rencontré Alexanne Lefebvre, aussi joueuse de hockey à l’époque mais à Lennoxville. Ah oui, Toni Kordic n’avait pas que ses deux frères (John et Dan) dans les hautes sphères du sport puisqu’elle fut aussi olympienne en basketball en portant les couleurs du Canada aux Jeux de Los Angeles en 1984.

DE BURNS À AUJOURD’HUI
Marie-Claire, sa blonde depuis qu’il a 15 ans, et Sylvain Lefebvre sont des gens exceptionnels. Ils ont traversé des séquences difficiles surtout lorsque Marie-Claire a vaincu un cancer des ovaires, il y a quatre ans. Ils ont quatre enfants et six petits-enfants et ils répandent le bonheur. Jeudi, leurs enfants, dont Jordan, parti de l’Australie pour se joindre à la fête, avaient le cœur joyeux et c’est comme ça depuis très longtemps. En fait, depuis que Sylvain et Stéphan (Lebeau) ainsi que leur blonde, en septembre 1989, logeaient secrètement chez moi à Brossard en espérant faire le club à Montréal. Et ils ont réussi drôlement.

Sylvain Lefebvre et le summum
Incroyable, le temps qui passe. De voir les quatre enfants de Marie-Claire et Sylvain devenus des parents aussi amoureux de la vie, c’est un baume au cœur, et cette famille dégage un je-ne-sais-quoi qui est empreint d’espoir.
«Notre famille est une fabuleuse histoire d’amour. Rien n’est plus magnifique que nos réunions. Avec une coupe Stanley, c’est le summum.» Sylvain est aussi un instructeur paternel. Dans la Ligue américaine, au-delà du hockey, il enseignait la vie et ses valeurs fondamentales aux jeunes. Le respect, le sens du devoir, la solidarité et l’envie de bien faire.
«Installer la confiance, croire en soi et trimer dur. Ça se communique et ça s’apprend. C’est important d’en faire de bons joueurs mais c’est aussi crucial qu’ils soient de bonnes personnes. Les jeunes qui partent dans la vie avec de vrais bons principes réussiront, c’est sur.»

Souvent à la dure, Sylvain, lui, n’a jamais baissé les bras. Il a joué et travaillé pour des instructeurs sévères, rigoureux, et il les remercie encore. Encore aujourd’hui, il apprécie hautement Paul Maurice, dont la franchise et la droiture l’inspirent. «Paul est un grand coach et travailler avec lui est un charme. Il ne néglige jamais rien. Qu’il dirige dans la grande ligue depuis près de 30 ans n’est pas un hasard.»
Jouer au hockey professionnel est un privilège et coacher également. «J’apprécie chaque instant de ce métier merveilleux. Le coaching aussi c’est familial.»