Deux nouveau-nés abandonnés à Longueuil: le Québec devrait-il installer des «boîtes à bébés»?


Anne-Sophie Poiré
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Deux nouveau-nés ont été abandonnés en trois semaines à Longueuil, l’un sur le pas de la porte d’une résidence et l’autre dans un abribus. Des cas similaires se sont produits à Trois-Rivières, le 1er janvier dernier, et dans un boisé de Gatineau, en juin 2023, alors que des femmes en situation d’itinérance ont accouché sans assistance médicale. Quelles mesures le Québec devrait-il mettre en place pour éviter ces drames, qui risquent de se répéter devant la hausse de la précarité?
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«Je ne peux même pas penser qu’au Québec, une femme a accouché seule dans un abribus. On a atteint le fond du baril. Est-ce que ça peut être pire que ça?», interroge l’avocate et professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval, Louise Langevin.
Trois semaines après la découverte d’un nourrisson devant une résidence de Longueuil, le 6 octobre, un second bébé est mort après avoir été retrouvé dans un abribus, lundi matin.

Ce deuxième nourisson y serait demeuré seul pendant un certain temps, alors que le mercure frôlait le point de congélation au petit matin.
Une femme en situation d’itinérance de 33 ans a été arrêtée quelques heures plus tard. Elle pourrait faire face à des accusations d’infanticide.
À en juger par la quantité de sang retrouvé dans l’abribus, il n’est pas exclu qu’elle ait donné naissance à cet endroit.
Pas une criminelle
L’avocate Louise Langevin est formelle: cette femme n’a rien d’une criminelle.
Les événements tragiques qui ont fait les manchettes dans les dernières semaines témoignent plutôt, selon elle, de la hausse de la précarité dans la province et d’un filet social qui n’arrive plus à assurer la protection des plus vulnérables.
«L’abandon d’un bébé dans un abribus ne devrait pas se produire dans notre société parce qu’il y a des institutions, des programmes, des lois et des intervenantes sociales pour s’occuper de ces situations», fait valoir Me Langevin.
«Cette femme a été échappée par le filet social», tranche-t-elle.

L’avocate rappelle par ailleurs que n’est pas la première fois qu’un tel incident se produit au Québec dans les dernières années.
Le 1er janvier dernier, une femme de 38 ans en situation d’itinérance a accouché seule dans un abri d’autobus du centre-ville de Trois-Rivières avant d’abandonner son bébé sur place. Le nourrisson a été sauvé par des passants.
Un policier était intervenu auprès d’elle une heure plus tôt à la suite d’appels au 911 signalant des cris.
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Puis, en juin 2023, une femme de 27 ans a donné naissance à un enfant dans un boisé à proximité d’un campement de sans-abri du centre-ville de Gatineau. C’est l’ancienne mairesse de la municipalité, France Bélisle, qui avait révélé l’affaire pour illustrer la crise de l’itinérance qui frappe la ville.
«Il y a une corrélation entre ces événements et la crise sociale actuelle», prévient l’avocate en droit de la famille et professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM, Valérie Costanzo.
«Il faut vivre une grande détresse pour aboutir à ce type de pratique parentale qui est jugé inacceptable», déplore-t-elle.
Peu d’abandons
Les abandons d’enfants demeurent faibles au Québec.
Selon le bilan des Directions de la protection de la jeunesse (DPJ), 368 mineurs ont été confiés à l’État entre juin 2024 et 2025. Ils ne représentent que 0,8% de tous les suivis dans les différentes directions de protection de la jeunesse.
Cette donnée inclut tous les groupes d’âge, y compris les projets d’adoption et les cas de jeunes adolescents en rupture de lien avec leur famille.
«Le nombre de nouveau-nés abandonné dans la nature représente un cas infime de ce nombre. Ce sont des circonstances exceptionnelles», précise la porte-parole de Santé Québec, Marianne Paquette.
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«Les formes d’abandon les plus fréquentes sont le délaissement à l’hôpital après l’accouchement et le fait de confier un enfant à des proches ou à une garderie», ajoute-t-elle.
Les boîtes à bébés ne sont pas la solution
Devant les récents abandons «dans la nature», plusieurs ont rappelé la présence croissante de «boîtes à bébé» dans certains endroits du monde où les parents en détresse peuvent déposer leur nouveau-né dans l’anonymat.
Ces habitacles chauffés et munis d’un signal d’alarme relié à des secours sont installés dans les rues passantes, à l’entrée des hôpitaux ou dans des casernes, par exemple. L’enfant peut ainsi être récupéré rapidement après son abandon.

On en retrouve dans 11 pays d’Europe, dans une vingtaine d’États américains, au Japon et dans quelques provinces canadiennes.
Ces dispositifs ne sont toutefois pas infaillibles.
En janvier, un bébé d’un mois a été retrouvé sans vie dans l’une de ces boîtes en Italie. La porte mal fermée a empêché le déclenchement de l’alarme et l’allumage du chauffage.
Sur les 22 nourrissons abandonnés dans ces boîtes aux États-Unis depuis le début de l’année, 11 ont été retrouvés décédés, rapportait le Time dans un article paru il y a trois semaines.
Il faut savoir que ce système est loin d’être une invention moderne. Au Moyen-Âge, on les appelait les «tours d’abandon».
Et pour les expertes interrogées par 24 heures, cette pratique moyenâgeuse n’est pas la solution.
Déjà en 2012, l'Organisation des Nations unies (ONU) levait un drapeau rouge devant l’augmentation de ces installations jugées «inefficaces» pour réduire le nombre d'infanticides ou d'abandons.
Elles sont également considérées comme un outil antiavortement, dénonce l’avocate Louise Langevin.
Chez nos voisins du sud, par exemple, les boîtes à bébé ont été approuvées dans plus de 18 États où l’avortement est presque totalement interdit.
«L’amélioration de l’accès à l’avortement et à la contraception gratuite font partie des actions que l’on peut mettre en place pour éviter l‘abandon d’enfant dans un abri d’autobus», suggère l’avocate en droit de la famille Valérie Costanzo.
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Pas d’anonymat au Québec
Pour éviter l’abandon des enfants, certains pays européens proposent les accouchements anonymes dans les hôpitaux.
En France, par exemple, l'accouchement sous X permet à une femme de donner naissance dans le secret le plus complet et de confier son bébé à l'État. Cette procédure organisée par l'hôpital assure la prise en charge des frais médicaux et garantit l'anonymat de la mère sur l'acte de naissance.
L’enfant est ensuite confié à l'Aide sociale à l'enfance (ASE) et peut être placé à l'adoption après deux mois.
Il n’existe pas de tel accouchement au Québec. Une personne peut cependant confier son bébé à l’adoption tout en préservant sa confidentialité, selon Santé Québec.
Cette «confidentialité» a toutefois ses limites.
Depuis le 8 juin 2024, les personnes adoptées ont légalement le droit de connaître leurs origines, dont le nom de leurs parents biologiques, même si ceux-ci refusent que cette information leur soit transmise.