Dans les coulisses de la performance: la nutrition au cœur du succès de Leïla Beaudoin


Isabelle Huot
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Dans un sport aussi exigeant que la boxe professionnelle, chaque détail compte et l’alimentation est loin d’être un simple facteur secondaire. Derrière la puissance, l’endurance et la précision des coups se cache une discipline nutritionnelle rigoureuse, souvent méconnue du grand public. La boxeuse québécoise Leïla Beaudoin en est un parfait exemple. Entre les camps d’entraînement intensifs, les variations de poids et les exigences de performance, elle nous ouvre les portes de son quotidien et nous explique comment la nutrition devient une véritable stratégie de combat.
Leila, en quoi être une athlète dans une discipline comme la boxe joue-t-elle sur la nutrition ?
Absolument, l’alimentation durant les camps d’entraînement, qui durent de 8 à 10 semaines, est différente de celle des périodes de repos. Durant les camps, je suis un régime strict dans le but de ne pas dépasser la limite supérieure de la catégorie de poids dans laquelle je vais compétitionner, soit 130 livres dans mon cas (poids super plume). Plus je m’approche du combat, plus je suis un plan alimentaire précis. Je suis très rigoureuse car je sais que l’alimentation influence ma performance. Durant la saison morte, mon poids naturel varie entre 140 et 145 livres.

À quoi ressemble ton alimentation durant les camps d’entraînement ?
Je m’entraîne 6 fois par semaine dont 3 jours avec 2 entraînements par jour. Jean-François Gaudreau, un naturopathe spécialisé, a développé mon plan alimentaire. Le matin je prends un fruit, une source de gras essentiel (noix ou avocat), une source de glucides à faible indice glycémique et des protéines. Le midi et le soir, ce sont des protéines (viande, volaille, poisson), des glucides de type quinoa, riz basmati ou patate douce, des légumes et des gras essentiels. J’ai un menu qui stabilise ma glycémie, ce qui me donne plus d’énergie. Je prends aussi 3 collations qui combinent glucides et protéines (fruit et noix par exemple). Je me permets 2 carrés de chocolat noir. J’ai aussi adopté une alimentation anti-inflammatoire. J’ai des journées ou des repas ʺcheat meal ou cheat dayʺ ou je peux manger librement, j’y vais alors selon mes envies du moment : sushis, italien, burger, poutine par exemple. Si le lendemain, j’ai assurément 3-5 livres de plus, je sais que c’est de la rétention d’eau et que mon poids va redescendre naturellement en 2-3 jours. Deux semaines avant le combat, je ne prends plus cette liberté et je suis strictement le plan. Je bois aussi 4 à 5 litres d’eau par jour.
Prends-tu des suppléments ?
Je prends plusieurs suppléments pour optimiser ma condition physique et ma performance. Je prends notamment de la créatine, de la glutamine, des acides aminés essentiels, des électrolytes, des suppléments de protéines, des oméga-3, du zinc, de la vitamine D et de l’ashwagandha. Mon équipe suit de près ma santé pour s’assurer que je ne manque de rien.
Quel est le protocole la veille du combat ?
Je perds mes dernières 5 livres en environ une heure avec de la déshydratation dans des bains très chauds. La sueur intense élimine les livres nécessaires pour la pesée avant le combat. Après la pesée, je me réhydrate progressivement en fractionnant mes apports hydriques. J’ajoute aussi des électrolytes.

En saison morte, surveilles-tu aussi ton alimentation ?
Absolument, je suis infirmière de profession et je connais l’importance de l’alimentation sur la santé globale. Je reste très active en faisant du CrossFit, du vélo et plusieurs autres activités sportives. Je me fais aussi plaisir, je suis une épicurienne, j’adore bien manger. Et l’été j’aime les crèmes glacées molles !
Avec les variations de poids constantes, as-tu développé une obsession par rapport à ton poids ou un trouble alimentaire ?
Je suis chanceuse, j’ai une bonne relation avec mon corps et une bonne discipline. Pour plusieurs, il est difficile de demeurer discipliné entre les camps d’entraînement et certains boxeurs verront leur poids grimper à plus de 15 lbs de leur poids de combat. Ceci nuit beaucoup à la performance car les camps d’entraînement ont davantage un objectif de perte de poids que d’optimisation des techniques de boxe.

Samuel Décarie-Drolet, vous êtes l’entraîneur de Leïla. Quelles sont les pires erreurs que vous remarquez dans le milieu de la boxe professionnelle ?
Il y a énormément de professionnels qui jouent trop au yoyo avec leur poids. Ceci affecte considérablement leur performance. Quand le camp ne sert plus à perfectionner la technique, développer les réflexes, travailler la stratégie parce que l’objectif est une perte de poids rapide, c’est contre-productif. Cela se traduit par une baisse de performance, une altération des fonctions cognitives, des troubles de l’humeur, voire une augmentation de stress psychologique. Aussi, s’il y a une déshydratation intense, le cerveau devient plus fragile et comme un boxeur reçoit beaucoup de coups à la tête, les commotions cérébrales risquent d’être plus sévères.
L’autre erreur fréquente est de se réhydrater trop rapidement, avec des liquides trop froids. La réhydratation doit être progressive, contenir des électrolytes (essentiellement du sodium) et l’eau doit être tempérée (10 à 15 ̊C). Consommée trop froide, elle pourrait causer des troubles digestifs.
Enfin, un boxeur discipliné ne se prépare pas 6 à 10 semaines avant un combat, il se prépare toute l’année.
Bientôt mise à l’épreuve
Le parcours de Leïla Beaudoin illustre à quel point la nutrition est indissociable de la performance sportive, particulièrement dans une discipline aussi exigeante que la boxe professionnelle. Entre sa discipline et l’encadrement des professionnels, elle réussit à maintenir un équilibre ce qui lui permet de ne pas dépasser la limite supérieure de sa catégorie de poids et d’optimiser sa puissance et son endurance sur le ring.
Et ce travail acharné sera bientôt mis à l’épreuve : la Québécoise remontera dans le ring le 11 juin prochain, au Théâtre Capitole de Québec, lors d’un gala présenté par Eye of the Tiger Management, où elle disputera un championnat du monde face à la Colombienne Paulina Angel. Un rendez-vous à ne pas manquer !