Dans la tête d’un accro aux combats sur glace: se battre, c'est «comme Noël» ou «sauter en parachute»
Qu’est-ce qui motive un hockeyeur à se battre contre des armoires à glace, chaque fin de semaine, pour quelques centaines de dollars?


Kevin Dubé
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Six mois après que la LHJMQ ait annoncé qu'elle bannissait les bagarres, quel impact cette décision a-t-elle eu sur le monde du hockey? Le Journal a sondé, durant les dernières semaines, des ligues de partout à travers le monde, des joueurs qui défendent ardemment les combats et des experts qui s'inquiètent pour le cerveau des athlètes. Nous vous présenterons le résultat au cours des prochains jours.
Qu’est-ce qui motive un hockeyeur à se battre contre des armoires à glace, chaque fin de semaine, pour quelques centaines de dollars? André Thibault ne s’en cache pas: il est accro à l’adrénaline que lui procure un combat au hockey.
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«Des fois, je suis bougonneux et j’ai ma semaine dans le cul, puis j’arrive à ma game, je me bats et ensuite je suis jasant et funny comme si c’était le matin de Noël!» lance le goon.
Le dur à cuire de 29 ans reconnaît qu’il n’avait pas les aptitudes pour faire carrière dans le hockey en grandissant.

Il estime que ce sont les combats qui lui ont permis de gravir les échelons, lui qui sévit maintenant dans la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH) avec le Cool FM de Saint-Georges, ainsi qu’avec le REEQ Isolation de Nicolet de la Ligue de hockey senior AAA du Québec (LHSAAAQ).
«Je n’ai pas joué du gros hockey, mais j’ai découvert que j’avais un certain talent et une force naturelle qui me permettait d’encaisser et faisait en sorte que j’avais moins de chance de me blesser», a-t-il expliqué.
«Grosse dose d’adrénaline»
Résident de Coaticook, Thibault parcourt donc plusieurs centaines de kilomètres toutes les fins de semaine afin de respecter ses engagements envers ses deux équipes.
Il le fait parce qu’il éprouve une réelle satisfaction à jeter les gants.
- Écoutez l'entrevue avec Dr Dave Ellemberg, neuropsychologue spécialiste des commotions cérébrales via QUB radio :
«Il y a un aspect spectacle. Chaque fois que je me suis battu, j’ai rarement vu quelqu’un s’asseoir et bouder parce qu’il y avait une bagarre. La majorité des gens se lèvent et sortent leur cellulaire pour filmer la scène. Ça nous amène une grosse dose d’adrénaline», a-t-il pointé.
«C’est comparable à sauter en parachute. Je rentre dans une bulle, je fais mon combat et, après, je suis euphorique. Même si j’ai une mauvaise soirée, je retourne dans mon char après le match et c’est comme si je venais de gagner à la loterie.»
Pas là pour disparaître
Thibault est bien au fait de ce que la LHJMQ a adopté comme règlement, interdisant complètement les bagarres de son circuit depuis cette saison.
Certains pensent qu’il s’agit d’un aspect de notre sport national qui est voué à disparaître complètement dans les prochaines années.

Celui qui agit comme transporteur animalier dans la vie de tous les jours n’y croit pas. Il estime aussi que les bagarres ne sont pas ce qu’il y a de plus dangereux au hockey.
«On parle beaucoup de l’aspect blessure en lien avec les bagarres, mais il y a beaucoup plus de blessures en lien avec des coups vicieux dans le feu de l’action. Pour savoir ça, il faut être dans les vestiaires et entendre les gars parler», a-t-il affirmé.
«Je peux faire 30 combats dans une saison et arriver en séries avec une contusion et un doigt foulé, a-t-il plaidé. C’est une autre paire de manches pour le défenseur qui a mangé 25 mises en échec par match et bloqué des tirs pendant une saison complète.»
«On fait rire de nous ailleurs depuis l’interdiction des combats. La grande majorité des blessures arrivent lors de coups salauds. Mais ça, personne n’en parle», a ajouté Thibault.