«100% des joueurs de la LNH» sont en faveur des bagarres, selon un Québécois qui y joue
Mathieu Olivier estime que la LHJMQ aurait dû consulter les hockeyeurs avant de bannir les combats

Kevin Dubé
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Six mois après que la LHJMQ ait annoncé qu'elle bannissait les bagarres, quel impact cette décision a-t-elle eu sur le monde du hockey? Le Journal a sondé, durant les dernières semaines, des ligues de partout à travers le monde, des joueurs qui défendent ardemment les combats et des experts qui s'inquiètent pour le cerveau des athlètes. Nous vous présenterons le résultat au cours des prochains jours.
L’attaquant des Blue Jackets Mathieu Olivier n’a jamais craint de s’afficher en faveur des bagarres dans le hockey et, à ses yeux, la presque totalité des joueurs de la LNH pense comme lui.
S’il assure comprendre le débat actuel entourant les combats et sa provenance, l’athlète de 26 ans tient à défendre le maintien des combats, un aspect du hockey essentiel à ses yeux.
«Je suis clairement quelqu’un qui veut qu’on garde les bagarres dans le hockey, a-t-il dit au Journal, mais je comprends que le sport et la vie évoluent. Les choses changent et je n’ai aucun problème avec ça. La priorité numéro 1 est la sécurité des jeunes.»
95% dans la LHJMQ
Le Québécois déplore cependant le fait que la décision de la LHJMQ a été prise par des gens qui ne pratiquent pas ce sport à un haut niveau quotidiennement.
«Je me demande pourquoi on n’a pas consulté un comité de joueurs pour savoir ce qu’ils en pensent», s’est questionné l’attaquant.
«Dans le hockey junior, je suis certain que si tu poses la question à tous les joueurs, il y en a 95% qui sont en faveur, si ce n’est pas toute la gang, a-t-il poursuivi. Dans le hockey professionnel, tu es presque à 100%. Personne n’est contre ça et je pense que les joueurs doivent avoir leur mot à dire dans ce genre de décision.»

Entre 2013 et 2018, Mathieu Olivier a joué cinq saisons dans la LHJMQ. Il a jeté les gants 39 fois, selon le site HockeyFights.com.
Chez les pros, depuis 2018, il s’est battu 37 fois, dont à 16 occasions dans la LNH, selon la même source.
Moins de coups salauds, vraiment?
L’attaquant parle donc en connaissance de cause. Et, selon lui, l’argument qui dit que les bagarres empêchent les coups salauds dans le hockey est valide.
«On entend souvent les gens dire que ce n’est pas un bon argument et que c’est aux arbitres d’appeler les pénalités. Je comprends et les arbitres font un bon travail, ils sont dédiés et là pour protéger les joueurs.»
«Par contre, ils sont deux sur la patinoire alors qu’on compte 12 joueurs en même temps sur la glace, en incluant les gardiens. Ils ne peuvent pas tout voir ni tout entendre. [...] Quand tu sais que tu vas devoir répondre de tes gestes, ça amène une petite hésitation et une honnêteté dans le jeu.»

Cet argument, difficilement vérifiable, revient souvent chez les joueurs.
Pourtant, la NCAA, aux États-Unis, tout comme la majorité des ligues en Europe, interdit les bagarres, ce qui n’empêche pas plusieurs de leurs membres d’atteindre la LNH un jour, lui a-t-on fait remarquer.
«Il y a des différences dans le style de jeu des différentes ligues, mais je peux te dire que ces gars-là, quand ils arrivent dans la LNH, ils aiment ça», a-t-il répondu.
«Ils ne veulent pas tous se battre, mais quand un coéquipier vient les défendre, ce sont toujours les plus excités. Ils se sentent plus à l’aise.»
Le déclin dans la LHJMQ
L’attaquant Yanick Turcotte a pour sa part vécu le début de la transition de la LHJMQ vers l’abolition complète des bagarres.
En 2015-2016, le circuit avait instauré un règlement qui stipulait qu’un joueur serait suspendu cinq matchs dès qu’il dépasserait la limite des 10 combats dans une saison.
L’année d’avant, l’ancien des Remparts de Québec avait jeté les gants 28 fois, selon le site HockeyFights.com.

Turcotte a donc été témoin du déclin des bagarres dans le circuit, qui ont radicalement chuté depuis 15 ans. On en dénombrait en moyenne 0,67 par match en 2015-2016, contre 0,13 la saison dernière, avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles.
«De plus gros problèmes»
Comme Mathieu Olivier, Turcotte, qui roule désormais sa bosse entre la Ligue américaine de hockey et la ECHL, regrette la manière dont a été prise la décision de la LHJMQ.
«Ce n’était appuyé sur absolument rien, a-t-il plaidé. Il n’y a pas eu de blessures en lien avec des bagarres dans la LHJMQ. On essayait de régler un faux problème.»
«La ministre [Isabelle] Charest a de bien plus grands problèmes sur son bureau que les bagarres dans la LHJMQ», a-t-il ajouté.
«Avec le nombre de scandales sexuels dans les dernières années, on devrait peut-être mettre plus de temps à regarder les antécédents des entraîneurs ou bien s’attaquer à la condition physique de nos jeunes. Ça me fâche parce qu’il y a de plus gros problèmes à régler que ça.»