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Crimes de guerre potentiels en Iran: faut-il prendre Trump au sérieux?

Photo MEGA/WENN
Photo portrait de Sarah-Florence  Benjamin

Sarah-Florence Benjamin

2026-04-07T19:27:51Z

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Le président américain Donald Trump s’est lancé dans une série de déclarations inquiétantes, menaçant entre autres de « détruire la civilisation » iranienne si jamais le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert avant 20 heures mardi soir. Faut-il prendre ces sorties au sérieux et s’attendre que les États-Unis commettent ouvertement des crimes de guerre contre les civils d’Iran ?

De plus en plus désespéré de faire ouvrir le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial, Donald Trump a posé un nouvel ultimatum au régime iranien et enchaîne les menaces aussi explicites que publiques.

« Nous allons frapper chacune de leurs centrales électriques, très fort, et probablement toutes en même temps », avait-il déjà déclaré dans son message à la nation télévisé du 1er avril.

« Mardi, ce sera à la fois la journée des centrales électriques et la journée des ponts en Iran. Il n’y aura rien de comparable !!! Ouvrez ce crisse de détroit, bande de fous furieux, ou vous vivrez en enfer — VOUS VERREZ BIEN ! Loué soit Allah », a-t-il publié sur son réseau Truth Social dimanche.

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« Une civilisation entière va disparaître ce soir, pour ne plus jamais renaître. Je ne souhaite pas que cela arrive, mais c’est probablement ce qui va se passer », a-t-il renchéri mardi matin.

« Peut-être qu’un événement révolutionnaire et merveilleux va se produire, QUI SAIT ? Nous le découvrirons ce soir », a-t-il laissé planer.

Crimes de guerre

Si l’armée américaine met en action les menaces du président, elle sera certainement en violation du quatrième article des Conventions de Genève, qui protège les civils lors de conflits armés.

Si on vise des infrastructures civiles, comme des centrales électriques et des ponts, c’est un crime de guerre pour lequel on peut être jugé devant la Cour pénale internationale (CPI).

Il existe cependant une exception légale pour des cibles à l’usage double : militaire et civil. C’est une explication dont s’est servi abondamment le gouvernement israélien lors de frappes sur Gaza.

Le pays doit cependant prouver légalement qu’il a fait preuve de parcimonie et que les gains militaires dépassent les pertes civiles causées par l’attaque. Ce serait toutefois difficile pour les États-Unis de le faire dans le contexte actuel, selon Charles-Étienne Beaudry, chargé de cours en science politique à l’Université d’Ottawa.

« Les menaces de Trump ne sont pas suffisantes pour être accusé à la Cour pénale, mais si elles sont mises à exécution, elles prouveraient son intention », explique-t-il.

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C’est pour cette raison que le chargé de cours pense que le président américain n’ira pas de l’avant avec l’armageddon militaire promise de mardi soir.

« Les États-Unis ne reconnaissent pas l’autorité de la CPI, mais s’il y a des mandats d’arrêt contre lui dans les pays membres, comme c’est le cas contre Poutine et Netanyahou, ça limiterait ses déplacements », souligne-t-il.

Il faut que le pays victime reconnaisse également la CPI pour pouvoir déclarer des crimes de guerre, ce qui n’est pas le cas en Iran.

« L’Iran pourrait reconnaître l’autorité de la CPI de manière ad hoc pour le faire », précise celui qui est également l’auteur du livre Radio Trump : Comment il a gagné la première fois.

Charles-Étienne Beaudry
Charles-Étienne Beaudry Courtoisie

Un « bourbier »

Même si Charles-Étienne Beaudry croit que Donald Trump se contentera de remettre la date limite pour rouvrir le détroit d’Ormuz de ce soir à plus tard, il insiste sur le fait que ces menaces directes et indiscriminées doivent être prises au sérieux.

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La situation est « explosive » et les développements difficiles à voir venir d’avance. Les attaques verbales de Trump ont toutes les chances de « mettre feu à la poudrière » selon lui.

« Avec un leader sanguin, excessif et jusqu’au-boutiste, les États-Unis vont entrer dans une escalade comme on a vu au Vietnam. Ça pourrait durer 10 ans avant qu’ils se retirent sans gains réels », prévoit-il.

À son avis, les États-Unis se sont mis dans un « bourbier » dont le président essaie de sortir en « menaçant gros comme le bras ». Si le but évoqué par les Américains était un changement de régime, il devient évident que leur priorité maintenant est de rouvrir le détroit d’Ormuz pour pouvoir « repartir la tête haute », explique-t-il.

AFP
AFP

Un effet contraire

Les grandes menaces de Trump auront sans doute l’effet contraire de celui escompté, surtout s’il les met à exécution.

« Le régime iranien est aussi jusqu’au-boutiste. Il va résister et c’est la population qui va souffrir », note Charles-Étienne Beaudry.

Le régime réussit à survivre en se défendant d’une manière décentralisée qui résiste aux frappes israélo-américaines ainsi qu’à la mort de figures clés du pouvoir.

AFP
AFP

Les États-Unis ne pourront pas compter sur l’appui du peuple iranien contre le régime s’ils se mettent à viser les infrastructures civiles.

« Ça va retourner la population contre lui [Donald Trump], ça va créer plus d’Iraniens en colère qui vont s’enrôler et les Gardiens de la révolution vont capitaliser là-dessus », se désole-t-il.

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