Chrystine Brouillet dépeint la honte qui se loge au cœur des victimes d’actes criminels dans son nouveau roman et s’inquiète pour les jeunes
«Le regard des autres»


Marie-France Bornais
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Écrivaine qui ne mâche pas ses mots quand vient le temps de dénoncer des problèmes sociaux, fine observatrice de la société contemporaine, Chrystine Brouillet s’est intéressée aux traumatismes et aux émotions difficiles qui se logent au cœur des victimes d’actes criminels dans son nouveau roman, Le regard des autres. Dans cette nouvelle enquête, Maud Graham doit se pencher sur une agression commise un soir d’Halloween, découvrant en même temps des drames d’une portée inattendue.

Maud Graham apprend qu’un ado s’est vanté dans les réseaux sociaux d’avoir produit une arme en 3D. Elle se dit que c’était bien différent dans son temps... mais constate que les jeunes filles sont toujours aussi vulnérables et que les prédateurs continuent de rôder.
Avec son équipe, elle est vite mise au fait d’une agression survenue un soir d’Halloween. En enquêtant sur ce dossier, elle fait d’autres découvertes surprenantes et dérangeantes.
La détresse des jeunes
Chrystine Brouillet dit, en entrevue, qu’elle s’inquiète depuis longtemps pour les jeunes qui sont en détresse. «Je trouve qu’il y a beaucoup de jeunes qui sont laissés à eux-mêmes quand ils ne sont pas encore des adultes. Je trouve ça dangereux parce que ces jeunes-là se ramassent à la rue.»
«Quand j’ai fait le roman précédent, où il y avait déjà des jeunes qui étaient dans la rue, je me disais: ça n’a pas de bon sens! Ils ont 17-18 ans. Comment ça se fait que dans un pays qui est censé être évolué, éduqué, riche, [on ait] autant de jeunes qui sont sans-abri, qui sont sans emploi? Je trouve ça tragique, comme situation: c’est l’avenir du pays.»
Elle trouve qu’on n’investit pas assez dans l’humain, les centres d’hébergement et d’accueil, les ressources, les policiers. «Mettons qu’il y a 40 ans, j’étais plus optimiste sur l’avenir de la société. Je ne pensais pas que j’écrirais plusieurs fois sur les féminicides, sur les enfants en détresse. Mais ça a l’air que ça ne s’est pas tant amélioré.»
Plus de 40 ans d’observations
Chrystine Brouillet se penche depuis longtemps sur les problèmes qui empoisonnent la société contemporaine et en parle dans ses romans. Avec le recul, quelle est son impression? «Il y a eu une amélioration, juste avant le mouvement #MeToo. Il y a quand même plus d’hommes qui sont conscients, qui sont féministes, qui le disent.»
«Il y avait aussi un moment où les choses se sont améliorées pour les mouvements LGBTQ, mais là, [avec] le ressac qui vient des États-Unis, en fait, de tout ce qui est [d’]extrême droite, un peu partout dans le monde, et qui est évidemment contre les femmes, contre les gais, contre les trans, malheureusement, c’est une espèce de retour du bâton et on l’a en pleine gueule.»
«Moi, ma vie est faite, mais quand je pense aux jeunes femmes qui ont 20 ans aujourd’hui, ça va être quoi? Je trouve qu’il y a beaucoup d’avancées qui sont perdues.»
Continuer d’en parler
Elle trouve qu’il n’y a pas beaucoup d’issues. «La seule chose qu’on peut faire, c’est de continuer à dire que ces comportements-là sont inacceptables, qu’il faut aider les femmes, qu’il faut aider les enfants.»
«Mais ça reste qu’il y a beaucoup de travail à faire alors je ne suis pas à la veille de fermer mon ordinateur. Je vais continuer à dénoncer tout ça, du mieux que je peux. Il y a beaucoup d’auteurs qui le font, et qui le font bien. Je pense à Martine Delvaux, qui fait vraiment un travail formidable. Donc on va faire comme Martine: on ne va pas baisser les bras.»
Le regard des autres
Chrystine Brouillet
Éditions Druide
352 pages
- Chrystine Brouillet a écrit plus d’une cinquantaine de livres, dont plusieurs ont été publiés en France aux Éditions Denoël, Pocket et Ramsay.
- Sa série mettant en scène la détective Maud Graham remporte un énorme succès, avec plus de 950 000 exemplaires vendus.
- Les lecteurs ont aussi réservé un accueil chaleureux à son roman gastronomique, Chambre 1002, de même qu’au roman policier Sa parole contre la mienne.
- Elle travaille sur le prochain Maud Graham en ce moment.
«Elle remonta la rue Saint-Jean sans pouvoir s’empêcher de se regarder dans les vitrines des boutiques; elle ressemblait à un faune, sa mère détesterait ça et on commenterait ce changement à l’école. Rien de bien nouveau. Elle sourit en s’arrêtant devant la librairie Pantoute, anticipant le bonheur de découvrir le roman qui l’entraînerait vers ces mondes magiques si éloignés de son quotidien. Une employée qui discutait avec une cliente la reconnut et lui fit signe de s’approcher, désigna un gros livre sur un cubicule.
— Je crois que tu aimerais ça. Et je sais que la longueur ne te fait pas peur.»
Chrystine Brouillet, Le regard des autres, Éditions Druide
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