Une grande soif de justice


Marie-France Bornais
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Chrystine Brouillet, la reine du roman policier québécois, dépeint la dure réalité des femmes victimes de crimes sexuels dans son nouveau roman, Sa parole contre la mienne. Cette fois, ce n’est pas Maud Graham, son héroïne habituelle, qui mène l’enquête, mais plutôt Myriam, une journaliste qui a soif de justice. Elle tient à faire la lumière sur des crimes commis par un animateur vedette qui s’en est pris à une de ses amies. Ce qu’elle découvre est abominable : jeux de pouvoir, abus, trahisons, meurtres.
Myriam, avec l’aide d’un policier aussi tenace qu’elle, est déterminée à faire la lumière sur ces crimes et à épingler les responsables.
Chrystine Brouillet, dans ce nouveau roman, place ses lecteurs face au regard des agresseurs qui sévissent sans pitié ni scrupules. Elle montre aussi l’évolution de la société par rapport aux actes d’inconduite sexuelle et à leur dénonciation.
Cette année, l’écrivaine a mis Maud Graham de côté, à cause de la pandémie. « Comme les Maud Graham suivent à peu près le temps réel, quand j’ai commencé à écrire, on commençait à mettre des masques. Imagines-tu ? On ne savait pas comment ça allait finir, cette histoire-là », explique-t-elle. Elle a donc décidé d’attendre pour le prochain Maud Graham et d’écrire un roman qui se passait entre 1985 et 2017. Avant la pandémie.
Le mouvement #MoiAussi
« C’est un livre sur les prédateurs sexuels. J’y pensais depuis un bout de temps et, quand la pandémie est arrivée, j’ai eu tellement peur que les mouvements comme #MoiAussi et #MeToo soient balayés. Je me disais que c’est pas possible que ces mouvements qui ont permis d’épingler des salauds tombent à l’eau. Mais j’étais dans le champ complètement parce que l’été dernier, on a bien vu que ces mouvements ne sont pas morts. Il y a encore beaucoup de vivacité et de vitalité et les jeunes s’impliquent pas mal. »
Son roman est une pierre de plus à l’édifice, ajoute-t-elle. « Il faut continuer de parler de ça parce que les prédateurs sexuels continuent leur sale besogne. J’espère que les choses vont changer. »
Devant la justice
« J’ai appelé mon roman Sa parole contre la mienne parce que c’est tout le temps ça, le problème. Quelqu’un qui va dénoncer son agresseur ne se retrouve pas toujours en cour. Et quand tu arrives en cour, tu es loin d’être sorti de l’auberge parce qu’il n’y a pas de témoin de l’agression. Donc c’est la parole de la victime contre la parole de son agresseur. »
Elle s’insurge : « Aïe ! Je comprends qu’on ne veuille pas incarcérer des innocents. Mais actuellement, de la façon dont la loi est faite, il y a des modifications qui devraient être apportées. Il y a des choses qui devraient se passer différemment. »
Les victimes
Il faudrait que les victimes, quand elles vont témoigner, soient plus épaulées, dit-elle.
« Il ne faudrait pas qu’on prenne leur témoignage, comme ça, dans le feu de l’action. Elles sont bouleversées, elles sont mêlées et c’est ce témoignage qui va être retenu parce qu’elles ont dit ça tout de suite après l’agression ? Aïe ! Aïe ! Mettez-vous dans la peau de ces femmes-là, de ces hommes-là qui sont secoués, qui viennent d’être agressés au plus profond de leur intimité. »
Voilà pourquoi elle a choisi d’aborder ces sujets dans Sa parole contre la mienne. « J’espère qu’il y a quelques juristes qui le liront. »
Son roman parle aussi de la culpabilité que portent les victimes, de leur crédibilité qui est mise en doute, de la confusion que tout le processus peut semer.
« Il faut que les mouvements comme #MoiAussi continuent d’exister. Les victimes, ce n’est pas à elles d’avoir honte. »
◆ Chrystine Brouillet a écrit plus d’une cinquantaine de romans, surtout policiers.
◆ Sa série mettant en scène la détective Maud Graham remporte un énorme succès, avec plus de 800 000 exemplaires vendus.
◆ Les lecteurs ont aussi réservé un accueil plus que chaleureux à son roman gastronomique, Chambre 1002.
◆ La romancière se fait parfois nouvelliste et dirige des ouvrages collectifs tels que Treize à table et Ponts.
EXTRAIT
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Chrystine Brouillet
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Éditions Druide, environ 440 pages
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En librairie le 14 juillet](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fm1.quebecormedia.com%2Femp%2Femp%2F64421415_155466898a6eca-33b7-4f8f-9c27-cbae117753c6_ORIGINAL.jpg&w=3840&q=75)
« Myriam humait l’odeur fumée du Lapsang Souchong en fermant les yeux, s’accordant quelques instants de réconfort avant de relire les notes qu’elle avait prises en discutant avec Mélissa Gombrovitch, se demandant si elle avait trop ou pas assez
insisté pour que celle-ci accepte de témoigner contre Jacques Gervais. Mélissa ne lui aurait sûrement pas raconté son agression si elle n’avait pas eu confiance en elle, si elle n’avait pas cru qu’il fallait que Gervais paie pour ce crime, mais dès qu’elle avait mentionné la nécessité de déposer une plainte contre lui, Mélissa s’était recroquevillée sur sa chaise, avait dit qu’elle n’était pas prête à affronter le cirque médiatique qui découlerait d’une accusation contre une personnalité publique. »