CHRONIQUE: Quand tu es à un doigt de publier un article sur une défaite des Capitales...


Stéphane Cadorette
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Mon compte rendu de match était prêt. Les Capitales allaient subir une défaite de 6-4 et ils seraient impliqués le lendemain dans un match ultime en finale. Le curseur de ma souris pointait vers l’onglet «Publier». Mon index n’était qu’à un millimètre de la touche «Enter». Mais avec les Capitales, ce n’est jamais une bonne idée d’appuyer sur «Enter»...
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Ce n’était pas une question pour moi d’enterrer vivants vos chers Capitales. Jamais je n’oserais commettre un tel sacrilège! Je connais trop bien cette équipe qui ne se résigne jamais à la défaite.
C’était plus une question technique. Le métier de journaliste en 2024 est basé, comme la société en général, sur l’instantanéité. Au moment même où un match se termine, les lecteurs doivent avoir des informations à se mettre sous la dent, en ligne.
La balle est à peine entrée dans la mitaine du receveur ou le relais vient tout juste d’atteindre le premier but pour le troisième retrait et pas le temps de niaiser, comme dirait l’autre.
C’est pourquoi, au baseball comme dans les autres sports, un match se termine et dans la seconde, idéalement hier, il faut un «breaking news» en ligne. Par souci d’informer les gens rapidement pour ensuite bonifier dès que possible avec d’autres informations provenant des échos de vestiaires, question que les lecteurs aient le pouls des joueurs et entraîneurs.
Tout est à refaire!
Je vous disais donc que dans les derniers instants du quatrième match de la série opposant les Capitales aux Wild Things de Washington, tout était quasiment en ligne.
Je vous racontais la défaite de 6-4 des Capitales, menottés par le partant Zach Kirby. Vous alliez lire que votre équipe d’irréductibles était finalement venue à court de miracles et que leur séquence de victoires à domicile en séries avait pris fin à 11.
Je m’apprêtais aussi à vous dire que les Capitales s’étaient malgré tout accroché et qu’autant en huitième qu’en neuvième manche, dans une tentative désespérée, ils avaient rempli les coussins. Mais malheureusement, la menace avait été étouffée.
Quand je vous écrivais ces détails que je m’apprêtais à aller compléter en interviewant des joueurs à la mine déconfite, le tableau indicateur affichait deux retraits et deux prises. Je suis probablement trop conservateur quand je vous confie que je n’étais qu’à un millimètre de peser sur Enter. Mon doigt était en fait bien appuyé sur la gâchette. Ne restait plus qu’à détonner.
Sacré Quirion!

La détonation est plutôt provenue d’Anthony Quirion. Quand il a fait contact avec la balle, c’est comme si le temps a figé. L’instant pour savoir si la balle allait franchir la clôture a semblé éternel. Puis, une vibration monstre a secoué le Stade Canac et sa vétuste galerie de presse. J’en shake encore et je ne sais toujours pas si c’est parce que le moment était grandiose, parce que j’ai craint que cette bonne vieille galerie s’écroule ou si c’est parce que j’ai réalisé en une fraction de seconde que mon texte ne valait plus cinq cennes!
Cette fin de soirée qui s’annonçait pépère est soudainement devenue chaotique. Le temps de cligner des yeux, il y a eu les décibels déchirants des 4287 spectateurs médusés. L’élan de stupéfaction des joueurs bondissant hors de l’abri. Les pétards multicolores dans le ciel. Et, si jamais ça vous intéresse, mon texte que j’envoyais vite aux ordures plutôt que sur le web!
Vite, vite, vite, quelques paragraphes juste pour vous dire qu’on pensait qu’ils avaient perdu, mais qu’ils avaient gagné.
Moments grandioses

Puis, il faut descendre à vive allure sur le terrain. Parler aux joueurs pour vous faire vivre les émotions incomparables qui les envahissent. Saisir l’ampleur de la jubilation d’une foule démentielle qui n’a jamais cessé de hurler, même quand leurs favoris perdaient par 6-1 en huitième manche. Mais où est-ce que ça arrive un appui de la sorte, quand les trois quarts des stades en Amérique du Nord se seraient vidés une heure avant?
C’est là toute la beauté du journalisme sportif. On efface tout de suite et on recommence, même si la bière réconfortante arrivera bien plus tard que prévu.
Ça fait maintenant 23 ans que je pratique ce métier de fou et j’apprends chaque jour des choses.
Ce que j’ai appris samedi soir, c’est que ce sont les Capitales qui décident, encore et toujours, à quel moment on appuie sur «Enter».