Des chauffeurs au rabais ontariens précaires viennent chaque jour ravitailler les entrepôts des quatre coins du Québec, ce qui irrite l’industrie du camionnage.
• À lire aussi: François-Philippe Champagne s’attaque au phénomène des «chauffeurs au rabais»
• À lire aussi: Crise des «chauffeurs au rabais»: plus de 1000 emplois perdus en trois ans au Québec
Le Journal a interrogé plusieurs grandes entreprises d’ici pour leur demander si elles font affaire avec ces camionneurs souvent mal formés qui coûtent moins cher.
Metro a reconnu que la marchandise qui entre dans ses centres de distribution peut bel et bien être transportée par des chauffeurs au rabais.
«Oui, c’est une possibilité lorsqu’il s’agit de livraisons prises en charge par nos fournisseurs», concède Ines El khlifi, porte-parole de Metro (Jean Coutu, Super C, Adonis et Première Moisson).
«Lorsque la livraison est à nos frais, nous utilisons des transporteurs autorisés qui doivent signer un guide stipulant que les chauffeurs inc. [chauffeurs au rabais] ne sont pas autorisés», assure-t-elle cependant.
Chez le transformateur Olymel, on indique que certains fournisseurs qui se rendent à ses usines peuvent être des camionneurs indépendants, mais que la vaste majorité des livraisons sont effectuées par ses propres salariés.
«Dans les cas où le fournisseur est responsable du transport des marchandises jusqu’à notre entrepôt, nous sommes en train d’intégrer une clause spécifique à nos ententes contractuelles afin d’interdire l’utilisation de chauffeurs au rabais», précise Audrey Giboulet, aux communications du transformateur de viande.

En comparaison, Exceldor choisit «des compagnies qui ont pignon sur rue au Québec». Et Agropur a des chauffeurs syndiqués, donc aucun chauffeur au rabais.
Sobeys (IGA) dispose quant à elle de sa propre flotte de camions et de remorques.
«Nous ne travaillons pas avec des camionneurs indépendants pour la livraison dans nos magasins. C’est la même chose lorsque Sobeys va chercher de la marchandise chez des fournisseurs», assure sa porte-parole Anne-Hélène Lavoie.
Dollarama fait appel «à un nombre restreint de fournisseurs de services de transport tiers» avec des clauses relatives à la sécurité.
Loblaw n’a pas répondu aux questions du Journal ces derniers jours.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission d’Isabelle Maréchal, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Se fermer les yeux
D’après Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), les compagnies d’ici ne peuvent plus se fermer les yeux.
«Ces entreprises-là doivent avoir des clauses dans leurs contrats pour être certaines qu’aucun chauffeur au rabais ne soit utilisé, que ce soit pour entrer ou sortir de l’entrepôt», plaide-t-il.

«Ces chauffeurs-là n’ont pas de vacances, de congés de maladie, de rentes, d’assurances. C’est ça qui explique pourquoi c’est de 25% à 30% moins cher», martèle-t-il.
Champagne embarque
Jeudi dernier, le ministre canadien du Revenu national, François-Philippe Champagne, a dit vouloir lutter contre la mauvaise classification fiscale de ces travailleurs pour éliminer ce fléau.

Début octobre, le Bloc Québécois a exigé une enquête concernant les chauffeurs au rabais après un accident sur l’A-30 provoqué par un camionneur ayant dépassé ses heures de conduite autorisées.
En mars dernier, une équipe du Bureau d’enquête s’est rendue à Brampton, en Ontario, pour rencontrer des chauffeurs – souvent des immigrants d’Asie du Sud-Est – victimes d’un système bien rodé qui peut les exploiter.
Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?
Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

