Tous les résultats
Publicité

Crise des «chauffeurs au rabais»: plus de 1000 emplois perdus en trois ans au Québec

Le Bloc Québécois estime que l'arrivée massive de ces chauffeurs ontariens explique pourquoi notre industrie du transport passe un mauvais quart d'heure

J.E. s’est rendu à Brampton, en Ontario, pour effectuer un reportage sur les chauffeurs au rabais.
J.E. s’est rendu à Brampton, en Ontario, pour effectuer un reportage sur les chauffeurs au rabais. Capture d'écran
Photo portrait de Francis Halin
2025-10-21T04:00:00Z

Partager

L’explosion du nombre de «Chauffeurs au rabais» de l’Ontario a fait perdre un bon 1000 emplois au Québec en trois ans, estime le Bloc Québécois.

• À lire aussi: Enquête publique du coroner sur les poids lourds: «Il y a vraiment urgence d’agir», s’impatientent des familles de victimes 

• À lire aussi: «Les étudiants sont très inquiets»: 1000 futurs médecins risquent de ne pas être diplômés 

«C’est un modèle du Canada anglais, principalement de l’Ontario», dénonce au Journal Xavier Barsalou-Duval, député bloquiste, membre du Comité permanent des transports.

Au Québec, le nombre de travailleurs en transport par camion est passé de 48 589, en 2022, à 47 499 l’an passé, en baisse de 1090, selon Statistique Canada.

Or, pendant que les entreprises d’ici perdaient des plumes, les «Chauffeurs au rabais» ontariens, eux, pullulaient.

Plus de la moitié des 100 000 chauffeurs incorporés au pays viennent de la province de Doug Ford, contre 10% du Québec, note la formation bloquiste.

«Le nombre de chauffeurs incorporés en Ontario a explosé de 77% en cinq ans», s’indigne Xavier Barsalou-Duval du Bloc Québécois qui exige une enquête d’Ottawa.

Xavier Barsalou-Duval, député du Bloc Québécois. Il relève une augmentation de 35% du nombre de décès impliquant un camion lourd au Québec (2024 vs 2023), un record inégalé depuis plus de 15 ans.
Xavier Barsalou-Duval, député du Bloc Québécois. Il relève une augmentation de 35% du nombre de décès impliquant un camion lourd au Québec (2024 vs 2023), un record inégalé depuis plus de 15 ans. Photo fournie par BLOC QUÉBÉCOIS

D’après lui, la baisse des emplois dans le secteur du camionnage québécois est attribuable à cette concurrence brutale exercée par ces «chauffeurs au rabais» ontariens.

Publicité

«Ces gens-là ne sont payés même pas la moitié de ce qu’un camionneur traditionnel est payé. Ils se font carrément exploiter», se désole le député de la Montérégie.

Menace ontarienne

Ces gens-là, ou «Chauffeurs au rabais», sont des camionneurs que des entreprises engagent comme indépendants pour échapper au paiement des cotisations sociales.

Souvent mal payés et mal formés, ils peuvent être au volant de véhicules en piètre état. Ils parlent souvent peu ou pas français.

En mars dernier, notre Bureau d’enquête et l’émission J.E s’étaient rendus à Brampton pour aller à la rencontre de ces chauffeurs victimes d’une machine bien huilée.

Navi Aujla, directrice générale de Labour Community Services of Peel, défend les camionneurs qui n’arrivent pas à se faire payer. «Ils sont poussés à travailler vite dans de mauvaises conditions pour rapporter de l’argent. On les incite à dépasser les heures légales de conduite», confie-t-elle.
Navi Aujla, directrice générale de Labour Community Services of Peel, défend les camionneurs qui n’arrivent pas à se faire payer. «Ils sont poussés à travailler vite dans de mauvaises conditions pour rapporter de l’argent. On les incite à dépasser les heures légales de conduite», confie-t-elle. Photo FRANCIS HALIN

Depuis, la situation s’est envenimée.

Enquête publique

De gros joueurs, comme Trans-West, ont dit qu’ils n’avaient plus d’autre choix que de laisser partir 100 chauffeurs sur 415 en raison de cette «compétition illégale» tirant trop les prix vers le bas.

Sur les routes, les dangers sont tels qu’une enquête publique du coroner vient d’être déclenchée au Québec après une série d’accidents.

«C’est rendu la norme en Ontario, alors que l’on sait que c’est un modèle toxique qui cause des morts et de l’exploitation», ne démord pas le député Barsalou-Duval.

Selon nos informations, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) épluche une soixantaine de dénonciations visant des entreprises potentielles, qui auraient eu recours au stratagème des «chauffeurs au rabais».

Lundi dernier, Le Journal rapportait que le ministre des Transports, Jonatan Julien, s’apprête à autoriser le port d’une arme à feu pour que les 300 contrôleurs routiers puissent agir.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Publicité
Publicité