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Ce que vous ne saviez pas sur le fiasco Northvolt

Évaluation du terrain, comptes chez JP Morgan... L'entreprise n'a pas respecté à la lettre ses engagements envers le gouvernement

Le gigantesque terrain où devait être construite la future usine de batteries de Northvolt, à cheval entre McMasterville et Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie.
Le gigantesque terrain où devait être construite la future usine de batteries de Northvolt, à cheval entre McMasterville et Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie. Photo d'archives, Martin Chevalier

Sylvain Larocque, Francis Halin et Jean-François Cloutier

2025-11-24T05:00:00Z

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De nouveaux documents montrent à quel point le gouvernement Legault s’est montré généreux et empressé pour attirer Northvolt au Québec. De son côté, l’entreprise n’a pas toujours respecté ses engagements à la lettre.

• À lire aussi: Aide aux entreprises: la piètre «moyenne au bâton» de Legault

• À lire aussi: «Les annonces triomphales ont laissé place aux désillusions»: la filière batterie écorchée par «Les Echos»

Des documents inédits obtenus par Le Journal et d’autres rendus publics cet automne révèlent de nouveaux détails sur ce qui devait être «le plus grand investissement privé de l’histoire récente du Québec», selon le premier ministre François Legault.

Voici ce qui ressort de ces documents.

Paolo Cerruti, Pierre Fitzgibbon, François Legault, Justin Trudeau, François-Philippe Champagne et Peter Carlsson lors de l’annonce de la méga-usine de Northvolt au Québec, en septembre 2023.
Paolo Cerruti, Pierre Fitzgibbon, François Legault, Justin Trudeau, François-Philippe Champagne et Peter Carlsson lors de l’annonce de la méga-usine de Northvolt au Québec, en septembre 2023. Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin

Un prêt de 240 M$ sans évaluation indépendante

Le gouvernement a accepté de prêter 240 M$ à Northvolt pour l’achat d’un terrain sur la Rive-Sud sans exiger au préalable un rapport d’évaluation indépendant de la propriété.

• Sur le même sujet, écoutez cet épisode balado tiré de l'émission de Francis Gosselin, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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Selon la convention de prêt, obtenue par Le Journal, Québec devait exiger de Northvolt qu’il fournisse «un rapport d’évaluation à jour par un évaluateur qualifié de l’AACI [évaluateur accrédité de l’Institut canadien] de la juste valeur marchande» du terrain.

Le ministère de l’Économie s’est contenté d’une «analyse de terrain industriel» préparée par un courtier immobilier impliqué dans la transaction, la firme CBRE, avant de financer en totalité l’achat du terrain qui devait accueillir la future usine de batteries québécoise de Northvolt.

Le terrain de Northvolt en mars.
Le terrain de Northvolt en mars. Photo Martin Jolicoeur

L’achat de ce terrain, situé à McMasterville et à St-Basile-le-Grand, a déjà fait couler beaucoup d’encre en raison de l’écart de prix colossal existant entre le prix payé par ses anciens propriétaires en 2015 et celui payé par Northvolt en 2023.

Le promoteur immobilier Luc Poirier, la femme d’affaires Alice Wu et l’homme d’affaires Serge Gariépy avaient payé seulement 20 M$ en 2015 pour le terrain, en plus de bénéficier d’un solde de prix de vente de l’ancien propriétaire. C’est douze fois moins que ce qu’a payé Northvolt.

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Dans une entrevue avec notre Bureau d’enquête, M. Poirier a justifié l’écart de prix par l’explosion de la valeur des terrains dans les grands centres durant cette période.

Radio-Canada a cependant révélé qu’un rapport d’évaluation indépendant commandé par Luc Poirier accordait une valeur de seulement 85 M$ au terrain en 2020.

«L’analyse fournie par CBRE justifiait, avec notamment des comparables à l’appui, le prix établi pour l’acquisition du terrain choisi par Northvolt», affirme Jean-Pierre D’Auteuil, porte-parole du ministère de l’Économie.

Des fonds québécois déposés... chez JP Morgan

AFP
AFP

Dans un document signé en novembre 2024 par Northvolt et Investissement Québec, que Le Journal a obtenu, on apprend que l’entreprise suédoise a déposé dans trois comptes de la banque new-yorkaise JP Morgan «l’ensemble des sommes liées» au projet de «giga-usine» en Montérégie. Or, une bonne partie de cet argent provenait du gouvernement et de la Caisse de dépôt. L’État a donc demandé à Northvolt de le transférer «dans d’autres comptes bancaires régis et maintenus au Québec auprès de la Banque de Montréal». Malgré tout, il restait encore près de 1,8 M$ dans deux comptes de JP Morgan en juillet 2025, révèle un document déposé en cour en septembre en lien avec l’insolvabilité de Northvolt.

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Taux d’intérêt avantageux et moratoire

Le prêt de 240 M$ consenti à Northvolt pour l’achat du terrain était assorti d’un taux d’intérêt avantageux de 4,99%, ce qui correspond au «coût des fonds du gouvernement», d’après Québec. Northvolt avait toutefois droit à un «moratoire» de 35 mois (près de trois ans) pour le remboursement des intérêts et de cinq ans pour le remboursement du capital. La totalité de la somme empruntée devait être remboursée avant la fin d’octobre 2038.

L’ex-ministre Pierre Fitzgibbon lors de l’annonce du projet de Northvolt, en septembre 2023.
L’ex-ministre Pierre Fitzgibbon lors de l’annonce du projet de Northvolt, en septembre 2023. Photo Pierre-Paul Poulin

Il manque encore 63 M$

Québec a récupéré environ 198 M$ en saisissant les comptes de Northvolt, il y a quelques semaines. Or, le gouvernement estime que l’entreprise lui devait au moins 261 M$ au total, soit le montant du prêt de 240 M$ plus les intérêts courus depuis l’automne 2023. Le manque à gagner est de 63 M$. Québec a inscrit cette somme comme créance garantie dans le cadre des procédures d’insolvabilité de Northvolt. Rappelons par ailleurs que le gouvernement a perdu en totalité l’investissement de 268 M$ fait directement dans Northvolt, en 2023.

En tout, Québec était prêt à investir 1,37 G$ dans la construction de l’usine (dont une portion de plus de 400 M$ était «pardonnable») et 1,53 G$ pour subventionner la production de batteries. De son côté, Ottawa était disposé à investir 1,34 G$ dans la construction et un peu plus de 3 G$ dans la production. Les aides à la construction des deux gouvernements représentaient près de 39% des coûts prévus du projet, soit 7 G$. Notons que le gouvernement fédéral n’a rien versé à Northvolt.

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Gros congé fiscal

Lettre envoyé en août 2023 par le ministère des Finances à Paolo Cerruti de Northvolt.
Lettre envoyé en août 2023 par le ministère des Finances à Paolo Cerruti de Northvolt. Ministère des finances du Québec

En plus de ces aides financières hors normes, Northvolt était admissible au Nouveau congé fiscal pour grands projets d’investissement. Le dirigeant de l’entreprise au Québec, Paolo Cerruti, a reçu une lettre de confirmation provisoire à cet effet du ministère des Finances le 31 août 2023, soit près d’un mois avant l’annonce officielle du projet en présence des premiers ministres Justin Trudeau et François Legault. Grâce au congé fiscal, Northvolt aurait pu déduire de ses impôts québécois l’équivalent de 15% de la valeur des investissements admissibles réalisés ici. Northvolt avait aussi droit à un autre programme du ministère des Finances ayant pour effet de réduire le prix de l’électricité et à un taux d’impôt foncier avantageux.

Paolo Cerruti
Paolo Cerruti Photo d'archives, Martin Jolicoeur

Pas de repreneur

En mai, Northvolt a retenu les services du Boston Consulting Group et de la banque française Société Générale afin de trouver des acheteurs pour le projet d’usine en sol québécois. Mais en juillet, l’entreprise n’avait reçu que trois offres «non contraignantes». «Dans les semaines qui ont suivi, aucune offre ne s’est montrée concluante», soit parce que le soumissionnaire s’est retiré, soit parce que la somme proposée était «insuffisante», relate le cabinet comptable Raymond Chabot dans un document déposé en cour. Northvolt a fait des démarches pour intéresser l’entreprise américaine Lyten, qui a mis la main sur ses actifs en Suède, en Allemagne et en Pologne, mais en vain.

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