Aide aux entreprises: la piètre «moyenne au bâton» de Legault
Neuf des 15 annonces d’aide aux entreprises qu’il a faites depuis 2018 n’ont pas fonctionné


Sylvain Larocque
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La «moyenne au bâton» de François Legault en matière d’aide aux entreprises n’est pas très élevée, révèle une compilation du Journal.
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En fait, plus de la moitié des annonces auxquelles M. Legault a participé personnellement depuis qu’il est premier ministre n’ont pas connu le succès escompté.
Lors d’une récente tournée médiatique, François Legault a martelé qu’il était «interventionniste» et qu’il «assumait» pleinement ce positionnement politique.
«Moyenne au bâton»
Ces derniers mois, il a aussi répété qu’il faut regarder la «moyenne au bâton» quand vient le temps de porter un jugement sur les milliards de dollars en appui financier que l’État apporte au secteur privé.
Or, pour ce qui est des 15 annonces d’aide aux entreprises auxquelles M. Legault a pris part depuis octobre 2018, cette moyenne est plutôt faible. Neuf des 15 projets soutenus (60%) ont connu d’importants contretemps, ont généré des pertes pour le gouvernement ou ont carrément échoué.
Marcelin Joanis, professeur d’économie à l’Université de Montréal, n’est pas étonné outre mesure de ce faible score.
«Terrain miné»
«Plus on va vers une intervention très précise, où on choisit un secteur plutôt qu’un autre, une entreprise plutôt qu’une autre, c’est là qu’on entre sur un terrain un peu plus miné pour les gouvernements», affirme-t-il.
Quatre des neuf annonces qui n’ont pas fonctionné sont liées à la filière batterie, qui multiplie les revers depuis plus d’un an.
«C’est sûr que dans les secteurs qui sont plus nouveaux, plus sensibles ou plus risqués, le taux d’échec va être plus élevé», note Saidatou Dicko, professeure de comptabilité à l’UQAM.
Ce n’est pas d’hier que les gouvernements tentent de développer certains secteurs, rappelle M. Joanis. On n’a qu’à penser à l’industrie québécoise des jeux vidéo, vue par plusieurs comme un succès même si elle dépend encore fortement des crédits d’impôt.

Trop d’argent?
Mme Dicko s’interroge sur l’ampleur des sommes que Québec était prêt à miser sur la filière batterie.
«Je n’ai pas de problème avec le fait que le gouvernement veuille investir dans des secteurs risqués, mais j’ai un gros malaise à ce qu’il y ait autant de fonds publics alors qu’il y avait des signaux rouges», dit-elle.
Invité à réagir, le cabinet du premier ministre n’a pas commenté directement les constats du Journal. On a préféré élargir l’analyse à l’ensemble des dossiers d’aide aux entreprises
«D’octobre 2018 à mars 2025, nous avons fait 25 000 interventions auprès d’entreprises, dont près de 95% sont des PME. Cela représente 25,3 G$ d’investissements [publics] et 93,6 G$ d’investissements totaux soutenus. Cela a suscité des retombées fiscales importantes pour le Québec», a déclaré Ewan Sauves, porte-parole de François Legault.
Filière batterie: cinq annonces, quatre déceptions

Annoncé en septembre 2023, l’investissement de 270 M$ du gouvernement dans Northvolt est disparu à peine un an plus tard avec la faillite de la jeune pousse suédoise. On ne sait pas encore si Québec pourra récupérer la totalité du prêt de 240 M$ consenti à Northvolt pour l’achat d’un vaste terrain en Montérégie. L’État a par ailleurs perdu environ 200 M$ dans l’insolvabilité de Lion Électrique. Quant aux projets liés à Ford et à GM, ils ont tous deux du plomb dans l’aile: le premier est sérieusement menacé tandis que le deuxième a revu ses ambitions à la baisse. Pour l’instant, l’annonce de Volta à Granby est la seule qui semble aller de l’avant comme prévu.
Airbus: des emplois coûteux

En 2020, Québec a dû radier l’investissement de 1,3 G$ fait en 2016 par le gouvernement Couillard dans l’ancienne C Series de Bombardier. Moins de deux ans plus tard, François Legault et Pierre Fitzgibbon ont annoncé une aide de 337 M$ à Airbus, qui a repris le programme d’avions en 2018. Un autre coup de pouce de 414 M$ a suivi l’an dernier. Mais voilà que Québec vient de passer aux pertes plus de la moitié de ces 751 M$ en raison des difficultés d’Airbus à produire et à vendre ces appareils de 110 à 150 places. Plus de 3500 personnes travaillent pour Airbus à Mirabel, ce qui signifie que chaque emploi a coûté plus de 500 000$ à l’État.
Recyclage Carbone Varennes: 222 M$ perdus

Ce projet mené par Suncor et Shell aura coûté cher aux Québécois. Lancé à la fin de 2020 par François Legault, il prévoit la construction d’une usine de biométhanol. La technologie retenue était celle d’Enerkem, qui a elle aussi sombré dans l’insolvabilité. Un espoir subsiste toutefois pour Recyclage Carbone Varennes, qui vient d’être racheté par des investisseurs canado-américains pour 17,5 M$.
Sonder et AppDirect: des promesses...

À quelques mois d’intervalle, à la fin de 2020 et au début de 2021, François Legault a convoqué les médias pour annoncer de grosses aides financières aux entreprises californiennes Sonder (location d’appartements) et AppDirect (commerce électronique). Sonder vient de cesser ses activités et a créé à peine une fraction des 700 emplois promis à Montréal. Quant à AppDirect, elle compte actuellement une centaine de salariés au Québec, bien loin des 730 postes promis pour 2026.
Agropur, Kraft Nordic et Kruger

Québec a déjà subi une perte de 35 M$ sur l’aide de 200 M$ versée à la papetière Kruger en 2021. Le gouvernement n’a pas encore inscrit de perte en lien avec l’aide de 134 M$ consentie en 2019 à Chantiers Chibougamau pour l’usine de pâte Nordic Kraft de Lebel-sur-Quévillon. En 2023, Québec a toutefois accepté de repousser la date prévue du remboursement. Pour ce qui est d’Agropur, qui a reçu plus de 54 M$ du gouvernement en 2018, aucune perte financière n’a été enregistrée jusqu’ici, mais la coopérative laitière a fermé au moins deux usines québécoises depuis 2019.
Davie: beaucoup d’argent, retombées incertaines

Le gouvernement Legault a accordé plus de 630 M$ au chantier naval Davie de Lévis depuis 2023, dont 113 M$ pour aider l’entreprise à acheter des installations... en Finlande. Un important mandat octroyé en 2019 à Davie par Transports Canada pour deux traversiers multiplie les retards.
Aéronautique: des projets à long terme

François Legault a participé à deux grosses annonces visant à soutenir l’innovation en aéronautique. En 2021, il a dévoilé une aide de plus de 245 M$ à trois acteurs majeurs de l’industrie: CAE, Bell Textron et Pratt & Whitney. Puis, l’an dernier, il s’est engagé à verser 475 M$ aux entreprises canadiennes Télésat et MDA pour le développement d’une constellation de satellites qui doit rivaliser avec celle du géant américain Starlink. Il est encore trop tôt pour juger du succès de ces deux initiatives à long terme.
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