Après « Le Tricheur », Guy Jodoin nous dit tout sur ses projets
La dernière semaine du «Tricheur», avec Guy Jodoin, sera diffusée du 11 au 15 mai, à 18 h 30, à TVA et TVA+.
Samuel Pradier
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À quelques jours de son départ du Tricheur, Guy Jodoin savoure ses 15 années passées à la barre de ce jeu populaire. Il part le cœur léger, avec la satisfaction du travail accompli. L’animateur et comédien, qui fêtera ses 60 ans en décembre prochain, n’est pas inquiet pour l’avenir. Heureux en amour, il nous a confié travailler déjà sur de nouveaux projets pour la télé et envisager l’avenir avec un regard neuf.
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Guy, comment as-tu abordé ta dernière semaine au Tricheur?
Je me suis dit que j’allais accueillir tout ce qu’on allait me proposer. J’ai été très moqueur au cours des 15 dernières années et j’avais l’impression qu’on allait me servir un peu la même médecine. Avec le recul, je dois dire que j’ai été le dindon de la farce, mais j’ai adoré l’être. J’ai souvent agacé les invités et je savais qu’ils allaient tous me faire vivre un juste retour des choses. Dès que je suis entré dans ma loge en arrivant, il y avait des ballons, mon équipe était toute déguisée... J’avais l’impression que c’était l’Halloween. En plus, on ouvrait le champagne alors qu’il était juste six heures du matin.

Étais-tu très émotif pour ta dernière journée ?
Pendant l’enregistrement, je n’étais pas tant émotif, mais j’étais toujours un peu déboussolé. La dernière émission sera en deux parties. On m’a d’abord lancé le défi de faire une émission plus rapidement. Rendu à la moitié, on avait terminé le Tricheur, j’avais posé toutes mes questions et le jeu était fini. C’est à ce moment-là que l’ambiance a changé et que c’est devenu comme une célébration. Quand les invités de cette journée sont montés sur des petites marches et se sont mis à me faire des petits hommages, c’était très touchant. Et quand on m’a demandé de faire un petit discours, à la toute fin, je me suis fait prendre à mon propre jeu.
Après avoir annoncé ton départ, il y a plusieurs mois, t’es-tu senti plus léger ?
Totalement. Le Tricheur, c’était beaucoup de job, et c’est comme si j’enlevais trois paliers de travail. Le premier, c’était la préparation des questions, que je travaillais chez moi. J’en ai passé plusieurs dizaines de milliers sur 2535 émissions. Je n’ai plus à faire ça. Ensuite, j’avais des réunions de production pour trouver des idées de stunts. Qui va être là ? Qui va faire quoi ? Comment ? C’était beaucoup de travail de création, et je n’ai plus ces journées de réunion. Et enfin, il y avait les journées de tournage. Tout ce temps-là s’est libéré. Je ne pourrais pas te cacher que le poids sur mes épaules s’est enlevé et que ça m’a fait du bien. Je pense que j’ai donné ce que j’avais à donner. J’aime mieux diminuer mon salaire, et être franc et honnête avec ce que je fais.
Que vas-tu garder de tes 15 ans au Tricheur ?
Je garde surtout des amitiés. Le plus difficile pour moi, c’est de quitter l’équipe. Ce sont plus que des amis de travail, ils sont devenus de vrais amis au cours de toutes ces années. Après 13 ans de Sucré Salé et 15 ans de Tricheur, j’ai aussi créé beaucoup de liens humains avec les invités. J’ai essayé de comprendre ce que les gens vivent dans ce milieu. C’est comme si j’avais mon propre salon chez moi et que je prenais des nouvelles de chacun, que ce soit des artistes ou des techniciens et techniciennes, tous ceux avec qui j’ai travaillé. Je vais aussi garder la culture générale que ça m’a donné à travers toutes ces questions. Ce n’est pas poussé, mais j’ai appris beaucoup de choses, comme si j’étais à l’école de la vie.

Ressens-tu le même sentiment que lors de ton départ de Sucré Salé?
C’est différent, parce que je suis plus âgé. Il y a comme une sagesse, je suis moins tourné vers moi-même. Ça va faire 37 ans que je travaille, et plus j’avance dans ce métier, plus j’ai l’impression de m’ouvrir vers l’extérieur. Au début, je me sentais davantage en état de survie. Je jouais des pions et j’espérais que ça fonctionne. Avec le temps, j’ai l’impression de comprendre un peu mieux mon métier et de l’apprécier encore plus. J’ai parfois l’impression que Le Tricheur est plus qu’un jeu. On se rend compte qu’on a fait du bien aux gens, qu’ils ont appris des choses. Ça devient plus grand que nous. C’est sûr qu’en 15 ans, on a créé un rendez-vous, une habitude, et c’est important de noter que ça continue. La marque est tellement forte que je souhaite longue vie au Tricheur.

Si on t’invite, iras-tu ?
Certainement ! Comme je l’ai fait pour Sucré Salé ; j’étais toujours content d’y retourner. Il faut se dire qu’à un moment donné, si on veut que le jeu continue, il faut changer de couleur, qu’il y ait une nouvelle proposition et qu’on amène ça ailleurs. C’est indispensable pour la survie de n’importe quoi.

Des nouveaux projets
Comment vois-tu la suite de ta carrière ?
Quand ça fait 37 ans que tu travailles, ce n’est plus un saut dans le vide d’arrêter un projet. Ce n’est pas comme si je sortais d’une école de théâtre et que chaque petit contrat était essentiel. Les seules questions que je me pose, c’est ce que j’ai le goût de faire, et aussi ce que les gens ont le goût de m’offrir. Et en même temps, la raison du non-vertige en quittant, c’est que si je n’ai rien pendant un an, c’est correct. Je suis en paix avec ça. Je peux dire que ce ne sera pas le cas, mais si ça s’était transformé en année sabbatique, ou même en cinq ans sabbatique, ça aurait été correct. Je suis chanceux, on veut me revoir dans d’autres affaires, je vais juste être moins présent quotidiennement.
D’après ce que je comprends, tu sais déjà où tu t’en vas à compter de la saison prochaine ?
Oui, il y a des choses en place. C’est sûr qu’il y a encore des contrats qui ne sont pas signés, qui sont en continuité. Je vais aussi être dans la première saison des Crues, avec Maryline Joncas et Eve Côté. Il pourrait toujours y avoir une deuxième saison. L’année passée, j’ai fait une soirée Temple de la Renommée – Juste pour rire durant laquelle on a introduit la franchise des Boys. Cet été, je vais introduire une autre émission, La petite vie, dans le cadre du festival. J’ai aussi eu la chance de travailler sur Indéfendable, que l’on a vu récemment. Je continue toujours la Ligue Nationale d’Improvisation, qui est importante pour moi.

Est-ce que ce nouveau projet est pour la télé ?
Oui, c’est pour la télé. On est déjà au travail, mais on n’a pas commencé à tourner. Mon rôle se situera entre celui d’animateur et de comédien, ce n’est pas clair si c’est l’un ou l’autre, un genre de mix entre les deux. Je pense que ça va piquer la curiosité.

Un soixantième anniversaire
L’année 2026 est un moment charnière, puisque tu vas célébrer tes 60 ans en décembre prochain. Est-ce un tournant important pour toi ?
C’est un chiffre marquant. On a beau fermer les yeux et ne pas le voir, il est là. En plus, les gens te le rappellent constamment. Certains disent qu’on est chanceux d’avoir cet âge-là parce que c’est ce qui fait qu’on est toujours en vie, et j’aime mieux le voir de cette façon. Je pense aussi à mes parents, qui ont 90 et 93 ans, et qui sont toujours là. Ils ont la chance d’être passés à travers le temps. Ce n’est donc pas quelque chose qui m’angoisse. De toute façon, je parle de la mort depuis que j’ai 10 ans. Tout ce que je me souhaite, c’est d’être en santé le plus longtemps possible. Si tu n’es pas en santé, tu ne peux pas continuer. J’ai l’impression de tourner une page avec Le Tricheur et je suis content de finir à 59 ans. La soixantaine va me permettre d’entrer dans un nouveau chemin. Je ne sais pas lequel, mais ça va m’emmener ailleurs.
Pendant plus de 30 ans, tu as toujours multiplié les projets. Comment arrive-t-on à ralentir et à travailler moins ?
Je peux en faire moins parce que j’ai fait tellement de choses. Mon père dit toujours : « L’expérience, c’est quelque chose qu’on a vu débuter et se terminer plusieurs fois. » Moi, si je vois un projet déjà vu, ça se peut que je laisse la chance à quelqu’un d’autre, parce que je me suis déjà inscrit dans ce genre de projet. J’ai l’impression que je ne pourrais pas amener autre chose. Mais quand je sens que c’est quelque chose de nouveau, que je peux apporter quelque chose avec l’expérience que j’ai, qu’on me challenge, qu’on me donne l’opportunité de faire ou de découvrir quelque chose que je ne connais pas, ça m’allume. C’est le genre de projets que je veux faire à l’avenir. Celui sur lequel je travaille me plaît parce que c’est quelque chose que j’ai déjà touché, mais je sais qu’on va aller ailleurs.
Comprends-tu petit à petit que la vie n’est pas juste le travail ?
(Grand éclat de rire) Il ne faut jamais oublier que je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Je donne l’impression d’être quelqu’un qui travaille constamment, puisque c’est ce qu’on voit. Mais les gens ne me voient pas dans ma vie privée. Je suis récemment allé en Égypte avec deux de mes amis, mais je ne vais pas le mettre sur les réseaux sociaux. J’ai quand même vécu beaucoup de choses, j’adore voyager. Tourner une journée du Tricheur, ça représente une semaine de diffusion. Dans une année, cette émission représente 35 journées de tournage. Bien entendu, il y a aussi des jours de travail pour apprendre les textes, faire les réunions, etc. Mais au bout du compte, il me reste beaucoup de journées libres. Je suis capable d’arrêter le temps, de louer un chalet deux semaines et de partir avec ma famille. Les gens ont l’impression que je fais juste travailler, mais ce n’est vraiment pas le cas. Je vais travailler très fort, mais après, je vais vraiment m’amuser fort.
Tu parlais de tes parents qui vieillissent, tu étais récemment en voyage avec ton ami Bruno Blanchet, qui a eu un cancer, tu vas passer le cap de la soixantaine... Es-tu du genre à te poser des questions sur le sens de la vie ?
Je m’en pose depuis que je suis tout petit. Je n’ai jamais arrêté de me demander ce que je faisais sur cette planète, j’ai toujours eu cette question-là. Quand j’étais jeune, je disais à ma mère : « Si je ne suis pas mort, je vais être là. » J’avais 10 ans. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai décidé d’avancer et de trouver mon sens à ma vie. Je voulais jouer, je voulais m’amuser, je ne voulais pas prendre la vie au sérieux. Il peut parfois arriver quelque chose de plus grave et je pars à rire. Je ne veux pas fuir la profondeur de la vie, mais je veux être capable de passer au travers avec un sourire, avec bienveillance. C’est beaucoup plus facile de passer au travers de la vie si tu es positif.