À 64 ans, voici ce qui garde Anne-Marie Cadieux jeune
La nouvelle porte-parole du Salon des aînés de Saint-Jérôme raconte comment elle voit la vieillesse.
Michèle Lemieux
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À la demande de Béatrice Picard, Anne-Marie Cadieux assume le rôle de porte-parole de la prochaine édition du Salon des aînés de Saint-Jérôme, une invitation que l’actrice ne pouvait refuser. À 64 ans, sa forme, sa beauté et son élégance redéfinissent notre conception de l’âge d’or. Si Anne-Marie prend soin de sa forme, elle consacre aussi du temps à un élément essentiel de sa santé : ses relations. Car nul ne vieillit aussi bien que celui qui a un bon réseau sur lequel s’appuyer !
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Anne-Marie, en ce moment, vous êtes de la populaire série Indéfendable. Cela représente-t-il un beau défi d’actrice pour vous ?
Oui, et j’étais sincèrement contente qu’on m’offre un rôle dans cette série, que j’aime et que je trouve intéressante. Je trouve qu’on y propose des rôles de femmes avec de la matière. Avec mon personnage, j’ai quelque chose à me mettre sous la dent. Elle est soupçonnée d’avoir empoisonné son mari, qui était un homme malade. Elle est imprévisible, a des sautes d’humeur, boit et prend des pilules. Elle n’est pas nécessairement sympathique et ça me plaît. Sa relation avec sa fille est très trouble. Parfois, je lisais les textes et je me disais que les gens allaient la détester. J’ai adoré l’équipe et mes partenaires de jeu.
Vous êtes la nouvelle porte-parole de la prochaine édition du Salon des aînés. Racontez-nous dans quel contexte vous avez accepté ce mandat.
J’ai accepté pour une seule et bonne raison : c’est parce que Béatrice (Picard) m’a téléphoné pour me demander d’être à ses côtés. Depuis longtemps, elle était la marraine du Salon, mais chaque année, elle choisissait une porte-parole, toujours une femme qu’elle aimait. Comment dire non à Béatrice ? Elle et moi avions tourné un court métrage, Suzanne et Chantal, réalisé par Rachel Graton, et nous avions vraiment eu un coup de cœur. Alors pour toutes ces raisons, je ne pouvais pas refuser. Quelques semaines plus tard, elle est décédée dans son sommeil. Même si elle est morte à un âge vénérable, ça m’a saisie. Louise Portal lui rendra hommage au Salon des aînés.
Savez-vous pourquoi elle vous a choisie ?
Elle savait que j’avais accompagné ma mère dans la mort et, en ce moment, je m’occupe de ma tante comme proche aidante. Je sais ce qu’est l’accompagnement. Moi-même, je commence à devenir plus âgée. Je suis dans une période de ma vie où je connais plus de gens âgés. Mes relations ont de 6 à 90 ans. Parfois, je vais chercher mon filleul à la maternelle et par la suite, je m’occupe de ma tante, qui a 90 ans.
Si ma mémoire est bonne, votre maman avait choisi l’aide médicale à mourir...
Oui, mais je n’ai pas été sa prochaine aidante, parce que ma mère a été assez en forme jusqu’à ce moment-là. Elle n’a pas été malade longtemps. Parce qu’elle avait le cancer, elle a eu droit à l’aide médicale à mourir. Nous l’avons donc accompagnée dans son choix. Ces dernières années, nous avons pris soin de mon père et de ma mère. J’ai deux sœurs qui habitent à Montréal, alors nous nous en sommes occupées ensemble. Maintenant, je suis celle qui s’occupe de ma tante. Je la visite et l’aide dans différentes tâches. Elle n’a pas d’enfant, elle vit dans son appartement et ne veut pas s’en aller. Nous rions beaucoup ensemble, c’est tout un personnage !

À titre de porte-parole du Salon des aînés, vous nous aidez à redéfinir notre conception des aînés.
On dit que les aînés ont 50 ans et plus. Je pense que la conception qu’on a de la vieillesse change. On vit en forme plus longtemps. Il faut dire qu’on ne se voit pas vieillir... On se croit toujours jeune. Je me souviens de ma mère qui, à 84 ans, avait dit, en regardant une photo d’elle, qu’elle avait l’air vieille. Parfois, ça m’arrive aussi lorsque je me regarde dans le miroir. Je me demande ce qui s’est passé... Cela étant dit, je suis très active. Je prends soin de moi. J’ai commencé à faire de la musculation, parce c’est super important. Je n’en avais jamais fait, mais ça faisait 20 ans que je me disais qu’il fallait que j’en fasse. Plus je vieillis, plus je fais de choses. Je bouge tout le temps. Je mets le maximum de chances de mon côté. Quand on est jeune, on ne pense pas à ça, mais on finit par comprendre que si on veut bien vieillir, c’est nécessaire.
Votre travail contribue-t-il aussi à vous garder jeune ?
Oui. Je pense qu’être actrice, ça garde extrêmement jeune. À preuve, Béatrice était encore active. Elle ne se voyait pas vieille. Les aînés, c’était les autres... (rires) Je fais de la musculation parce que j’ai vu mes parents vieillir et que j’ai compris à quel point c’est important de garder sa force. J’essaie d’être active, de marcher. J’écoutais François Dompierre qui disait marcher une heure et demie, deux heures par jour. Rester actif, on le fait pour soi, mais aussi pour les autres. Ça permet de contribuer, d’aider les autres, de continuer à travailler, d’être impliqué dans la société. Écouter Janette à ce sujet m’a beaucoup aidée.
En quoi vous a-t-elle inspirée ?
Un jour, je l’ai entendue dire qu’il fallait qu’on se force. En vieillissant, c’est encore plus important de le faire, même pour sortir quand on n’en a pas envie. Si tu ne te forces pas, tu resteras chez toi et tu ne feras rien. Alors, mets ta robe et sors ! Depuis, mon mantra, c’est : « Force-toi. » Ce n’est pas d’aller contre sa nature, mais de se pousser un peu, de faire ce petit effort nécessaire. Ça m’a inspirée de l’entendre dire : « À mon âge, il faut que je me force, sinon je ne ferais plus rien. »
Anne-Marie, vous faites partie des femmes qui disent leur âge. C’est important de le faire ?
Oui, c’est important. J’ai 64 ans. La plupart des femmes et des actrices de ma génération disent leur âge. On s’est beaucoup fait dire de ne pas révéler notre âge, mais je pense qu’en parler peut inspirer d’autres femmes. Je me suis toujours imaginée travailler très tard dans la vie, être active longtemps. Mes parents sont morts à 88 ans. Dans la famille, nous sommes actifs. J’espère continuer de jouer, d’être entourée de jeunes et de moins jeunes. C’est la rencontre de différentes générations. J’aime que ça bouge, avoir des projets, quels qu’ils soient.
Vous avez la chance d’être bien entourée ?
Je me trouve tellement chanceuse. Sincèrement, je suis dans une belle période de ma vie. J’ai un réseau extraordinaire. Je me rends compte que mon réseau d’amitié a été très important pour moi et a fait en sorte que je ne me sente jamais seule. Il faut continuer à développer des amitiés, à les nourrir. J’adore mes amis. L’amitié, c’est une valeur fondamentale pour moi. J’ai des amis de grande valeur. Je suis chanceuse. Et ce ne sont pas des amis que je vois de temps en temps : je les vois tous les jours.
Vous avez aussi le privilège d’avoir un filleul qui amène beaucoup d’action et d’amour dans votre vie !
Oui, et il a un petit frère de quatre ans. Parfois, je m’occupe des deux. C’est beaucoup d’action ! (sourire) Quand je vais chercher mon filleul à la maternelle, il vient chez moi, je l’aide à faire ses devoirs. Nous avons une bonne relation et nous sommes très proches. Il faut avoir des jeunes dans nos vies, pour rester en contact avec les différents courants. Je suis vraiment bien entourée. En même temps, je trouve aussi qu’en vieillissant, j’aime être seule. J’adore être avec les gens, mais j’apprécie d’être seule.
Y a-t-il des avantages à vieillir, à votre avis ?
Je pense que oui. Il y a aussi des désavantages, on le sait. Certains pensent qu’on parle des avantages pour que ça fasse moins mal de vieillir, mais c’est vrai qu’il y en a. Pour ma part, il y a moins d’angoisse. Un certain calme s’installe. Avec le temps, on a peut-être plus la capacité de profiter de l’instant. Quand on a vécu toutes sortes de choses, on sait que tout passe. Quand tout va bien, il faut en profiter parce qu’on ne sait pas quels sont les drames que la vie nous réserve.
Ressentez-vous une certaine urgence de vivre ?
C’est vrai qu’à l’âge que j’ai, je suis consciente qu’il ne me reste pas tant de temps. Je veux prioriser les choses qui m’apportent de la joie. Quand tu es dans le feu de l’action, à 30 ou 40 ans, tu n’as pas le temps de le faire. Mais plus tard, tu peux prendre un pas de recul, réfléchir à ta vie, au temps qu’il reste. Il ne faut pas non plus se dire qu’il ne reste pas beaucoup de temps et se lancer partout. En fait, c’est une question d’équilibre. Je fais ce qui me tente, dans la mesure où je peux me le permettre. Je choisis, car je ne peux pas tout faire. Je pense que je croque, que je profite et que je continue à travailler, mais sans ressentir la même voracité. Je peux plus profiter du moment présent plutôt que de m’inquiéter. Si certaines choses ne fonctionnent pas, je me dis que ce n’est pas grave. Je suis mentore pour des actrices plus jeunes. Elles m’appellent et me disent qu’elles pensent qu’elles ne travailleront plus parce qu’elles ont fait telle ou telle chose. Quand on est jeune, on perd beaucoup de temps avec des choses inutiles. Avec notre écart d’âge, je peux leur rappeler de ne pas s’inquiéter. Ça les calme. Entre nous, c’est un échange, car elles m’apprennent d’autres choses.
UNE ALLIÉE INSPIRANTE
Lors du prochain Salon des aînés, c’est Martine Francke qui a été choisie pour interviewer Anne-Marie, notamment parce qu’elles ont des expériences similaires sur le plan de l’accompagnement. « On a su que j’avais pris soin de ma maman à la fin de sa vie, explique Martine. Sa santé dégénérait. Nous, ses quatre filles, avons pris soin de notre mère au mieux de nos connaissances et selon nos disponibilités. C’est ma sœur Chantal et moi qui étions les plus présentes au quotidien. Avec ma tante et ma cousine, nous formions une équipe. Environ 10 jours après son hospitalisation, ma mère est décédée. Ç’a été une épreuve, en ce sens que voir dégénérer une personne qu’on aime, la voir perdre ses moyens et s’en aller, c’est éprouvant. Comment agir dans le respect de la personne qui est en train de terminer sa vie et dans le respect de soi-même ? C’est vraiment difficile. Ma fille vivait encore avec moi à l’époque. J’avais ma propre vie, mon travail. Comment gérer tout cela ? Avec du recul, je suis en paix, parce que j’ai fait du mieux que j’ai pu. J’ai été là avec tout mon cœur pour lui procurer un certain confort sur les plans tant émotif que physique. »
Indéfendable est diffusée du lundi au jeudi à 19 h à TVA et sur TVA+. Le Salon des aînés se tiendra le 12 septembre prochain. Pour plus d’infos : salondesaines.ca/fr.