Tous les critères de Mike Matheson remplis : son agent nous explique la négo

Nicolas Cloutier
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L’agent de Mike Matheson, Philippe Lecavalier, serait le premier à vous le dire, «on le sait qu’on a laissé de l’argent sur la table». Pourtant, le contrat de 30 millions $ sur cinq ans annoncé vendredi répond à toutes les demandes de son client.
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Parce que l’argent n’était pas la priorité de ce vétéran respecté. «Si c’était le cas, il aurait signé ailleurs», met au clair Lecavalier au téléphone.
Pour plusieurs raisons que l’on vous exposera dans les moult détails, Matheson ne voulait pas d’un contrat à court terme, surtout pas ailleurs qu’à Montréal.
«Ce n’est pas un gars qui veut se promener à gauche et à droite et qui veut nécessairement le plus gros contrat. Il n’a pas d’égo, il ne tient pas à faire plus qu’un tel. Il aurait pu aller ailleurs, mais est-ce qu’il aurait été heureux? Il aurait juste coché la case de l’argent.
«À Montréal, il coche toutes les cases.»
Voici les cases
Avec son agent, on a descendu la liste de cases une par une. Elles sont multiples.
«Il coche la ville natale. La famille; ses parents sont ici. Son frère aussi. Ses enfants, qui ont commencé la pré-maternelle et qui jouent au hockey. Ils ont leur petit réseau d’amis. Sa femme qui vient de Buffalo adore Montréal», énumère d’abord Lecavalier.
La liste continue.
«Mike adore ses coéquipiers. Il adore le coaching staff. Il valorise la confiance que porte en lui Kent Hughes, qui était son ancien agent. Il n’y a pas de case qui n’est pas cochée à Montréal. Est-ce qu’on aurait aimé ça avoir un salaire un peu plus haut? Oui! Mais il y avait un coût à ça.
«Le coût, c’était moins d’années. Mike ne voulait pas moins d’années.»
Est-ce que le CH voulait, lui, moins d’années? Le contrat aurait été moins risqué pour un joueur qui fêtera bientôt ses 32 ans... mais il aurait aussi privé Kent Hughes d’une marge de manœuvre importante pour faire des échanges, puisque le salaire aurait alors été plus élevé.
«Honnêtement, je ne sais pas si on aurait été capables de signer à Montréal sur un contrat plus court, admet l’agent de joueurs. Pour le Canadien, la valeur annuelle est extrêmement importante. Le CH veut tout mettre de côté pour gagner une coupe Stanley.»
Même si la préférence de l'organisation était un contrat de trois ans, il aurait été impossible pour les deux parties de s'entendre sur le montant.
Le clan Matheson, lui, demandait six ans. Le compromis a été cinq ans. Le CH a accepté d'aller là, puisque l'athlète se tient dans une forme phénoménale.
«C'est un risque calculé, car ils connaissent Mike, confie Lecavalier. Ils savent comment il fait attention à son corps.»
«On aurait fait sauter la caisse»
On fait trop souvent l'erreur de juger un contrat seulement par sa valeur monétaire, ignorant les considérations propres à chaque joueur. Matheson a confié un mandat différent à son agent.
Ici, la rémunération n’était pas au sommet de la liste des considérations que Lecavalier devait prendre en compte.
Appelons un chat un chat, Matheson aurait été un homme riche le 1er juillet 2026 s’il s’était prévalu de son droit à l’autonomie complète.
«Il n’y a pas beaucoup de compétition sur le marché des joueurs autonomes, concède Lecavalier. On sait qu’on aurait fait sauter la caisse. Par contre, c’était un pari trop risqué pour lui de jouer dans une autre place que Montréal, surtout si on était capables d’en venir à une entente qui a du sens pour lui financièrement.»
Les 2 ou 2,5 millions $ annuels supplémentaires que Matheson aurait pu aller chercher sur un contrat à plus court terme, en avait-il vraiment besoin?
«Mike, ce n’est pas un tata, souligne son agent. C’est un homme extrêmement intelligent. Il ne dépense pas beaucoup. Il fait vraiment attention à son argent, il l’investit. Il s’est dit: “avec tout ce que j’ai gagné à date dans ma vie, je n’ai pas besoin de plus que ça pour être heureux”.»
Il y a aussi le fait que la carrière de Matheson avant son échange à Montréal n’a pas été un long fleuve tranquille. Le fluide patineur a connu des difficultés par moments avec les Panthers et les Penguins et c’est à Montréal qu’il a véritablement pris son envol.
«Il a vécu des haut et des bas ailleurs, note son représentant chez Quartexx. Quand il n’est pas heureux Mike, il joue moins bien.»
Discussions depuis mai
Même si absolument aucune information n’a filtré dans la sphère publique, Matheson et le CH discutaient, dans les faits, depuis belle lurette.
Avant même que Matheson ne soit admissible à une prolongation de contrat le 1er juillet dernier, des discussions informelles avaient eu lieu au mois de mai et se sont poursuivies au courant de l’été.
«Après le rush des joueurs autonomes, on s’est parlés tranquillement. Les choses avançaient un peu. À moment donné, le dossier a été mis sur pause parce que Hughes travaillait sur d’autres choses, comme le contrat de Lane [Hutson]», explique Lecavalier.
Les négociations ont repris début octobre pour connaître un dénouement la nuit dernière. L'aboutissement de quelque 70 discussions et rencontres avec Hughes et des comptables.
Comme ce fut le cas pour Hutson, on nous dit que la convention de retraite sera employée pour réduire le fardeau fiscal de Matheson.
D’autres éléments ajoutent à la sécurité d’emploi de Matheson à Montréal. La structure des bonis à la signature rend un rachat presque impossible. Aussi, la clause de non-mouvement dans les trois premières années de l’entente fait en sorte que le défenseur ne peut être échangé sans son approbation.
«C’était non-négociable pour nous qu’il y ait des choses comme ça», reconnait Lecavalier, qui voulait offrir à son client le plus de stabilité possible.
Il n’y a aucune certitude dans la vie, mais plusieurs astres sont alignés pour que Matheson prenne sa retraite comme membre du Canadien.
«Le but serait qu'il finisse sa carrière à Montréal.»
- Avec la collaboration d'Anthony Martineau