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George Kennedy, de lutteur à propriétaire des Canadiens de Montréal

George Kennedy, de lutteur à propriétaire des Canadiens de Montréal

Patric Laprade

Publié 19 octobre
Mis à jour 19 octobre

Le 19 octobre 1921, il y a 100 ans aujourd’hui, l’ancien lutteur, promoteur de lutte et propriétaire du Canadien de Montréal, un des sportifs montréalais les plus importants du 20e siècle, George Kennedy, décédait au jeune âge de 39 ans.

Né le 29 décembre 1881, George W. Kendall a commencé sa carrière de lutteur au tout début du siècle. Puisque sa famille était fortement axée sur la religion et du même coup, déplorait la lutte, Kendall décida, afin de rester incognito, de lutter sous le nom de George Kennedy, nom qu’il gardera par la suite.

Le 24 octobre 1902, au parc Sohmer de Montréal, Kennedy remporta le titre des poids légers canadien face à Max Wiley. Un des lutteurs les plus populaires de son époque, il perdit son titre le 3 avril 1903 face à Eugène Tremblay. Dans ce combat, attendu depuis deux ans, la victoire de Tremblay au parc Sohmer lui permit ainsi de devenir la nouvelle coqueluche des fans. Ces deux Québécois étaient considérés, selon les articles du temps, comme les deux meilleurs mi-lourds que le Québec disposait. C’est après ce match que Kennedy prit sa retraite comme lutteur et devint promoteur, en plus de s’occuper de l’entraînement du nouveau champion Tremblay.

Avant de débuter son nouveau rôle à Montréal, Kennedy apprit le métier de promoteur avec l’un des grands de tous les temps. Il a en effet travaillé comme agent sur la route et homme de paille pour l’ancien lutteur devenu promoteur, Martin « Farmer » Burns, à Chicago, Des Moines, Kansas City, Omaha et Minneapolis. Son travail consistait à louer les salles, planifier les combats et visiter le les journaux locaux afin de leur parler des combats.

Un des plus grands promoteurs de sports en Amérique 

De retour à Montréal, il co-fonda le Club Athlétique Canadien en 1905. Ce club s’occupait de promouvoir la lutte, mais aussi plusieurs autres sports. Grâce à Kennedy, la boxe, qui avait été bannie à Montréal depuis 1887, fut légalisée à nouveau en 1916. Il avait même réussi à faire venir le grand champion français, Georges Carpentier, en 1920. Il a aussi été propriétaire d’une équipe de baseball professionnelle à Montréal en 1911, d’une équipe de lacrosse de 1911 à 1914, en plus d’avoir organisé des matchs de soccer, de détenir la plus moderne salle de quilles à Montréal et d’avoir fait construire un gymnase dans l’est de la ville.

Malgré son nom anglophone, Kennedy parlait aussi français, fort de ses études au collège St-Laurent. Il avait donc réussi à tisser des liens avec de nombreux promoteurs et lutteurs d’un peu partout dans le monde.

L’un de ses principaux contacts était le promoteur Jack Curley. De son vrai nom Jacques Armand Schuel, Curley était né à San Francisco de parents français et avait vécu son enfance à Paris et à Strasbourg, avant de revenir aux États-Unis. Il était le

promoteur du match revanche entre le grand champion russe George Hackenschmidt et l’Américain Frank Gotch. Une foule de 28 757 personnes étaient présentes au Comiskey Park de Chicago le 4 septembre 1911, pour voir Gotch battre une autre fois le « Russian Lion ». Le record d’assistance en Amérique du Nord que Curley venait d’établir ne fut pas battu avant 1931.

En mars 1918, Curley, avec les promoteurs Billy Sandow et Tony Stecher, s’entendirent sur un pacte qui permettrait aux promoteurs de s’échanger leurs talents. Cette union fit en sorte que les plus gros centres sur la côte est américaine en ont bénéficié, tels que Boston, Philadelphie, New York et bien sûr Montréal.

Frank Gotch, première vedette à faire courir les foules à Montréal 

En plus d’avoir de bons talents locaux, en plus de bons lutteurs provenant d’ailleurs, George Kennedy, grâce à ses bonnes relations avec Curley, réussit à amener à Montréal deux des plus grands champions du début du siècle et encore aujourd’hui, considérés comme deux des meilleurs lutteurs de tous les temps, soient Gotch et Hackenschmidt.

Hackenschmidt a lutté à Montréal à trois reprises. La toute première fois, le 8 mai 1905, il affronta Émile Maupas au parc Sohmer. Hackenschmidt préféra rencontrer Maupas à Montréal plutôt qu’à New York, parce qu’il savait qu’il attirerait une plus grosse foule. Et il avait vu juste. Fort probablement à cause du caractère francophone de Maupas, le match attira 5 000 spectateurs, un record pour Montréal à l’époque.

Ce même Maupas, qui deviendra l’entraîneur du plus grand lutteur québécois de tous les temps, Yvon Robert, avait également fait les frais du premier combat de Frank Gotch à Montréal, soit le 29 décembre 1904, attirant 4 500 amateurs.

Une rare défaite pour l’athlète d’Iowa alors que Maupas avait eu le dessus. Au début de l’année 1905, ce sont 4 000 amateurs qui allaient voir Gotch faire face à Yankee Rodgers. Le 6 avril 1906, Gotch égalisait la marque établit par son rival Hackenschmidt en attirant 5 000 personnes face à KY Karakanoff, toujours au parc Sohmer. Un an plus tard, le 24 mai 1907, il battait le record d’assistance de Montréal avec 6 000 amateurs présents pour un combat face à Fred Beel. Ce record allait durer plus de quatre ans alors qu’Eugène Tremblay attira 7 000 personnes en 1911.

Entre 1904 et 1907, Frank Gotch lutta à Montréal près d’une vingtaine de fois et devint rapidement l’une des coqueluches des Montréalais. Si bien que trois combats que Gotch a disputés aux États-Unis, ses deux combats face à Hackenschmidt en 1908 et 1911 ainsi que son match face à Mahmout à Chicago en 1909 furent présentés sur mégaphone après un événement de lutte au parc Sohmer. Plusieurs milliers de personnes demeurèrent sur place jusqu’aux petites heures du matin pour écouter la retransmission. Sans contredit, Frank Gotch, beaucoup plus qu’Émile Maupas, fut la première vedette, celui qui attira le plus à Montréal au début du siècle.

Grâce à ses contacts et son sens des affaires, Kennedy popularisa la lutte au Québec, organisant des spectacles dans une vingtaine de villes et villages, augmentant ainsi le nombre de lutteurs et d’arénas destinés à présenter de la lutte. Il a aussi permis aux fans de lutte de Montréal de voir certains des plus grands champions de l’époque. Outre Gotch et Hackenschmidt, Stanislaus Zbyszko, Constant le Marin, Joe Stecher, Dan McLeod, Beck Olsen, Tom Jenkins et Carl Abs ont tous foulé le sol québécois.

Dès ses débuts comme promoteur en 1905, Kennedy avait mis sur pied un grand tournoi international, regroupant des lutteurs de partout dans le monde. C’était l’une des façons que Kennedy avait prises pour faire venir à Montréal la crème des lutteurs.

Record d’assistance en 1913 

Pour sa part, l’amitié entre Kennedy et Curley, surnommé le « Tsar de la lutte », continuait de grandir et elle profitait au promoteur local. C’est sans contredit à cause de cette amitié que Kennedy fut capable de présenter un match de championnat entre Stanislaus Zbyszko et Constant le Marin, le 24 mai 1913, match qui attira 12 000 spectateurs. Il s’agissait de la plus grande foule de lutte à Montréal, record qui tint plus de 20 ans.

Léon Dumont, le promoteur numéro un en France, a aussi travaillé avec Curley et Kennedy. En 1913, Kennedy s’était arrangé pour envoyer les meilleurs lutteurs nord-américains à Paris, mais la Première Guerre mondiale mit un frein au tout. Le 22 avril 1920, toujours à Montréal, Kennedy organisa un combat entre le champion mondial Joe Stecher et le Français Salvador Chevalier, dans le dernier combat d’importance de la carrière de Kennedy.

Père fondateur de la LNH 

En 1910, le Club Athlétique Canadien voulait maintenant s’ouvrir au hockey sur glace. Le 12 novembre 1910, Kennedy obtint donc une franchise dans l’Association Nationale de Hockey au coût de 7 500$. Puisque l’équipe qu’avait fondée J. Ambrose O’Brien en 1909 utilisait la dénomination des Canadiens, empruntée sans le consentement du Club Athlétique Canadien, l’équipe d’O’Brien devint inopérante. C’était maintenant l’équipe de Kennedy qui porterait le nom des Canadiens de Montréal.

C’est donc sous la férule de Kennedy, devenu le grand manitou de l’équipe, que le Canadien commença à se bâtir une réputation à travers le Canada avec entre autres les « Flying Frenchmen ». Si bien qu’en 1916, avec les Newsy Lalonde, Didier Pitre, Jack Laviolette, Louis Berlinguette et le gardien étoile Georges Vézina, Kennedy et sa bande remportèrent la première de 24 Coupe Stanley, la seule avant la fondation de la LNH. Ils avaient défait les Rosebuds de Portland dans le match ultime d’une série trois de cinq. Une dizaine de jours avant la série finale, le Club Athlétique avait vendu ses parts des Canadiens à un groupe de sept hommes d’affaires, dirigé par Kennedy. L’organisation s’appellerait dorénavant le « Canadien Hockey Club ».

En 1917, l’ANH, en conflit avec Eddie Livingstone, propriétaire des Blueshirts de Toronto, n’arrive pas à s’entendre avec le Torontois. La ligue, menée par Kennedy et le propriétaire des Wanderers de Montréal Sam Lichtenhein, décida alors de se saborder et de créer une autre ligue.

Le 22 novembre 1917, à l’hôtel Windsor de Montréal, la Ligue nationale de hockey était fondée, sous la présidence de Frank Calder, les quatre équipes fondatrices étant le Canadien, les Wanderers, les Sénateurs d’Ottawa et les Bulldogs de Québec. Ces derniers se retireront et laisseront la place à une autre équipe de Toronto, non dirigée par Livingstone.

Décédé de la grippe espagnole 

Deux ans plus tard, alors que le Canadien disputait la coupe Stanley aux Metropolitans à Seattle, Kennedy, comme plusieurs, contracta la grippe espagnole, pandémie qui terrassa plusieurs dizaines de millions de personnes. Si bien qu’avec une égalité de 2 à 2 dans la série, celle-ci fut annulée. Avec 2005, 1919 fut la seule autre année où la coupe Stanley ne fut décernée à aucune équipe.

Après avoir vu d’excellents médecins autant ici qu’aux États-Unis, il n’a plus jamais été le même après avril 1919. Il eut une rechute au printemps 1921. Il était alors allé à Atlantic City dans le but de se rétablir, mais sans réel succès. De retour au Québec, il passa l’été à Ste-Agathe, avant de revenir à Montréal. Faible, il n’était plus l’ombre de lui-même. Tout de même, il avait toujours l’espoir de revenir en santé et avait commencé à organiser ses saisons de lutte et de hockey.

Sur son lit de mort, il demanda la présence de son ami Jack Curley. Leur amitié était telle que c’est à ce dernier que Kennedy demanda de s’occuper de son organisation de lutte.

Contrairement à d’autres, comme le défenseur du Canadien Joe Hall, qui décéda le 5 avril 1919, Kennedy s’éteignit plus de deux ans plus tard, soit le 19 octobre 1921. Il décéda à sa résidence personnelle du 1321 rue St-Hubert à Montréal, vers les 7h30 du matin. Il laissa alors dans le deuil sa mère, son épouse, sa fille, trois frères ainsi que trois sœurs.

Le 21 octobre, plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies à l’église St-Agnès, rue St-Denis au sud de Duluth, une église paroissiale irlandaise. Tout le gratin du sport montréalais et d’ailleurs y était, alors que des gens de New York, Québec et Ottawa tenaient à lui rendre un dernier hommage.

Quelque deux semaines plus tard, soit le 4 novembre 1921, son épouse vendit le club de hockey aux hommes d’affaires Léo Dandurand, Jos Cattarinich et Louis Létourneau pour la somme de 11 000 $. Quatre-vingt-huit ans plus tard, ce même club de hockey était vendu pour près de 600 millions de dollars.

Pas encore au Temple de la renommée 

La mort de Kennedy laissa un vide dans le sport professionnel à Montréal. Sous sa gouverne, le Club Athlétique Canadien était devenu la plus grande organisation de sport professionnel au Québec et au Canada. Lors de son décès, le New York Times nomma Kennedy le meilleur promoteur de sports en Amérique. On disait aussi de lui qu’il était l’âme du sport à Montréal et qu’il permit à Montréal d’être reconnue comme une ville sportive d’importance, autant au Canada, aux États-Unis, que de l’autre côté de l’Atlantique. Sous son règne, Montréal fut reconnue comme étant l’une des villes de lutte les plus importantes. Il a d’ailleurs été introduit au Temple de la renommée de la lutte au Québec en 2014.

Toutefois, il est curieux de réaliser que Kennedy ne fait toujours pas partie du Temple de la renommée du hockey. En fait, seulement la moitié des six pères fondateurs de la LNH y sont intronisés : Tommy Gorman, co-propriétaire des Sénateurs, William Northey, fondateur de la Canadian Arena Company et propriétaire des Arenas de Toronto, ainsi que le président Frank Calder. Les trois autres, soient Sam Lichtenhein des Wanderers, Mike Quinn des Bulldogs et Kennedy, n’y ont jamais été admis.

Même s’il est vrai que la longévité dans le hockey professionnel des trois derniers n’a pas été aussi considérable que celle de leurs collègues, Kennedy et Lichtenhein principalement ont eu des rôles cruciaux au début de la ligue, étant deux des quatre premiers directeurs de l’histoire de la LNH et deux personnes très influentes dans le monde du hockey.

Le journaliste Yvon Pedneault, qui a déjà siégé sur le comité de sélection du Temple, m’a déjà dit que Kennedy n’y était peut-être pas parce personne n’avait jamais monté un dossier en sa faveur ou proposé son nom.

Cent ans après son décès, il faudrait éventuellement y penser.

La WWE de retour à Laval 

Le 30 décembre prochain, deux ans presque jour pour jour depuis sa dernière présence, la WWE sera de retour à la Place Bell de Laval. L’événement non télévisé aura lieu un jeudi lors de la tournée du temps des fêtes. C’est l’équipe de Raw qui sera présente, ce qui veut donc dire que le Québécois Kevin Owens reviendra au Québec après une absence de plus de deux ans. Les billets seront en vente ce vendredi.

Quatre ans à TVA Sports 

Ce mercredi, Kevin Raphaël et moi allons célébrer notre quatrième anniversaire aux commandes de la Lutte WWE Raw, à l’antenne de TVA Sports. Le temps passe si vite. C’est un plaisir de divertir les amateurs de lutte et de présenter, en français, le produit de la WWE. On essaye d’égayer les gens et d’amener notre couleur à l’émission. J’en profite pour remercier tous ceux et celles qui nous suivent depuis toutes ces années,

ceux et celles qui travaillent de près ou de loin à la réalisation de cette émission et je nous souhaite que cette belle aventure continue pour encore de nombreuses années