WWE

Mes 20 ans dans le monde de la lutte

Mes 20 ans dans le monde de la lutte

Patric Laprade

Publié 14 septembre
Mis à jour 14 septembre

Été 2001.

Un de mes bons amis, Philippe Leclair, procède à une refonte de son site web dédié à la lutte professionnelle. Précédemment appelé WWF Attitude, il veut donner une autre vocation et un nouveau look à son site et le renomme Attitude QC.   

J’avais connu Phil à l’UQAM, dans un baccalauréat en enseignement que je n’aurai jamais complété. Nous nous étions parlé au lendemain du fameux Survivor Series de 1997, présenté à Montréal, alors que nous portions tous les deux un t-shirt de lutte.

Phil avait créé son site en 1999 et j’y avais écrit quelques chroniques. N’ayant pas une bonne connexion internet, j’avais arrêté. Toutefois, en août 2001, j’étais maintenant rendu avec internet haute vitesse et je trouvais que c’était le moment idéal pour recommencer.

Parallèlement au remodelage de son site, Phil décide de suivre plus assidûment la scène locale. Il avait fait la rencontre de la famille Leduc quelques semaines plus tôt et était pour avoir un rôle dans leur promotion, la Fédération de Lutte Québécoise (FLQ).

Il m’amène donc voir mon premier événement de lutte indépendante en août, au célèbre 99 de la rue Hochelaga, alors que la NCW y présente un spectacle. Je me souviens encore d’avoir vu le lutteur Steven le Sweet Boy dire au micro qu’il venait d’Hochelaga et moi de crier « moi aussi! », ce à quoi il a répondu avec un retentissant « toé, ta gueule! »

Je n’en revenais pas!

Moi qui n’avais connu que les événements à grand déploiement présentés au Forum ou au Centre Molson, la proximité entre le lutteur et l’amateur m’avait conquis.

Partout où on allait Philippe et moi, on trouvait des références à la lutte!

Dix coups de cloche très importants   

Puis, Phil me traine aux 24 heures de l’ICW, dans mon patelin, rue St-Germain, tout juste à côté d’où j’allais à la messe de minuit avec mes parents quand j’étais plus jeune. La veille, le vendredi soir, c’était la FLQ. J’avais également assisté à une partie de balle-molle organisée par cette même organisation. La FLQ, c’était bien entendu l’une des légendes de la lutte au Québec, Paul Leduc, mais aussi son épouse Pierrette, et leurs enfants, Yan, Carl et Kim, tous impliqués d’une façon ou d’une autre. Je suis rapidement devenu ami avec Kim et c’est elle qui a convaincu son père de me donner un rôle. Phil était devenu le vice-président de la FLQ dans les scénarios, le même rôle qu’un commissaire ou un directeur-général si vous préférez.

De mon côté, mes débuts furent plus modestes.

Le vendredi 14 septembre 2001, je faisais officiellement mes débuts dans le monde de la lutte au Québec.

Mon rôle?

Sonner la cloche!

Mais le 14 septembre 2001 se voulait une soirée particulière. En effet, trois jours plus tôt avaient eu lieu les attentats terroristes au World Trade Center de New York. Alors avant de débuter l’événement, on avait demandé à la foule présente de la rue Cartier dans Rosemont de garder le silence pendant que je sonnerais 10 coups de cloche à la mémoire des victimes.

Jamais je ne pourrai oublier ce moment.

À partir de cette soirée, ma vie a pris un tournant et une nouvelle direction sans même m’en aviser au préalable. Sans cette soirée, je ne sais pas à quoi ressembleraient mes semaines depuis 20 ans; sans cette soirée, je n’aurais pas rencontré des amis qui sont aujourd’hui très précieux pour moi; sans cette soirée, je ne serais pas sur le point de publier mon cinquième livre et sans cette soirée, je ne serais sûrement pas ici en train de vous raconter mes 20 ans dans le merveilleux monde de la lutte.

Pendant une année complète, mes fins de semaine seraient uniquement consacrées à la lutte locale. La FLQ le vendredi, un autre événement le samedi, que ce soit là NCW, ICW, MWF, CCW à Québec, IWS et j’en passe. Souvent accompagné de Phil et d’un autre collaborateur du site, Claude « Le Brain » Tousignant, on parcourait les quatre coins de la province afin de couvrir tout ce qui se faisait. Encore aujourd’hui, Phil et Tousi sont deux de mes meilleurs amis. Ça m’a aussi permis de voir le deuxième match à vie de Rami Sebei, sous le nom de Stevie McFly, et les débuts d’El Generico, alors qu’on était encore loin de s’imaginer qu’il allait, un jour, devenir Sami Zayn.

Les Leduc, de même que Bertrand Hébert, ont joué un rôle important dans ma carrière

« Big Sexy », le gérant!   

Mon rôle à la FLQ a aussi évolué.

Le 12 octobre, je suis devenu un personnage dans les scénarios en jouant le rôle du secrétaire du VP de la FLQ, grâce encore une fois à Kim, qui voyait en moi un potentiel que je ne saisissais pas moi-même. J’utilisais le nom de scène de « Big Sexy », le même nom que je prenais pour écrire sur Attitude QC. J’étais un grand fan de Kevin Nash!

J’ai aussi commencé à être impliqué au niveau de l’écriture des événements, des scénarios, de la publicité, de la promotion. J’ai même suivi quelques cours de lutte donnés par LuFisto, qui s’appelait à l’époque Precious Lucy (Geneviève Goulet). Malgré quelques combats, j’ai rapidement compris que j’étais meilleur avec un micro ou un crayon qu’avec des prises de soumissions.

Dans les scénarios, je suis éventuellement devenu heel, un méchant, alors que je me suis tourné contre mon ami Phil, en compagnie des New Nike Boys (Spike et Hyper) qui a été la première équipe pour qui j’ai joué le rôle de gérant. C’est aussi à ce moment que j’ai aussi commencé à écrire pour la section lutte de RDS.ca, dont Jean-François Kelly s’occupait.

Toutefois, après un an, je trouvais que j’avais fait le tour à la FLQ. L’ICW se cherchait un annonceur maison et un gérant heel.

Ludger Proulx et sa ICW m’ont permis de me développer comme orateur

J’avais commencé à être ami avec certains membres de cette organisation. Nico le Prince (Nicolas Brouillette), Commissaire Marco (Patrick Lono), le Roi du Hardcore, Steve Charrette, étaient tous des gars de mon âge qui partageait la même passion que moi. Je les compte encore aujourd’hui parmi mes amis les plus proches. LuFisto était maintenant rendu là elle aussi, de même que son copain de l’époque, M. Internet, Hugo Roy, qui s’occupait du populaire site web Le Webzine.

C’est donc le samedi 31 août, aux 24 heures de lutte, un événement-bénéfice pour la maladie de Crohn, que j’y ai fait mes débuts.

Si les Leduc m’ont donné ma première chance, c’est avec l’ICW que j’ai grandi comme acteur devant une foule. La promotion dirigée par Ludger Proulx, son frère Serge et Helen Karanassios était davantage axée sur l’improvisation. On avait une liberté créative plus importante.

Pour ma part, j’étais annonceur et gérant d’un de heels les plus détestés de la compagnie, mon ami Nico le Prince. Alors j’en menais large. J’avais le micro toute la soirée et cela m’a permis de développer mon sens de la répartie, d’apprendre à agir rapidement, tout en apprenant quoi faire et quoi dire pour faire réagir les amateurs. Plusieurs de ces choses me servent encore aujourd’hui dans mon rôle de commentateur à TVA Sports.

La genèse de mon premier livre   

C’est également à partir de ce moment que j’en ai beaucoup appris sur la lutte.

Patrick Lono était le scripteur en chef à mon arrivée et il était déjà reconnu comme l’une des meilleures têtes de lutte au Québec. Il m’a prêté le tout premier livre de lutte que j’ai lu du début à la fin, il m’a initié aux shoot interviews (entrevues dans lesquels les lutteurs parlent de l’envers du rideau) et il m’a montré tous les rudiments du métier. Si Philippe avait débuté mon éducation, Pat m’a fait passer dans la classe des enrichis.

Mais le désavantage de l’ICW, c’est qu’on nous interdisait d’aller voir d’autres événements de lutte en province. Et pour une raison que j’ignore, on se pliait à cette règle. Le territoire était beaucoup plus fermé qu’aujourd’hui. Rares étaient les lutteurs qui travaillaient pour plusieurs promotions. L’ICW avait ses lutteurs. La NCW avait les siens. La CCW avait les leurs. La FLQ était probablement la plus permissive du groupe.

En février 2004, j’ai donc pris la décision de quitter. Je voulais retourner voir les spectacles un peu partout au Québec avec mes amis.

Avec Kevin Steen, bien avant qu’il ne devienne Kevin Owens

C’est alors que j’ai commencé à animer des soirées de lutte entre autres à Montréal, Shawinigan, Trois-Rivières, Québec et St-Pascal-de-Kamouraska. C’est en voyageant de cette façon que j’ai aussi fait la connaissance de Kevin Steen, qui allait devenir Kevin Owens et un de mes bons amis.

J’ai également produit le tout premier almanach de lutte au Québec, une revue de l’année de la scène locale, inspiré de l’almanach que produisait le Pro Wrestling Illustrated.

C’est avec ce premier magazine que j’ai créé les prix de l’année de la lutte au Québec ainsi que le temple de la renommée de la lutte au Québec, deux palmarès que je tiens encore aujourd’hui. Je me promenais de promotion en promotion, tout partout en province, afin de le vendre: Jonquière, Gatineau, Thetford Mines, Sherbrooke, Laval, Montréal, Québec, Shawinigan, j’en ai mis des kilomètres sur ma Honda Civic! Étant écrit en français et en anglais, j’allais aussi à Toronto et à Philadelphie.

Et ce sont les almanachs qui ont mené à mon premier livre.

Lorsqu’est venu le temps de produire la cinquième édition, je voulais faire un classement des 25 meilleurs lutteurs de l’histoire du Québec. J’ai donc envoyé des bulletins de vote à d’anciens lutteurs, journalistes et amateurs de longue date.

Pour m’aider avec l’écriture, j’avais sollicité le publiciste de l’IWS, Michael Ryan (Llakor). C’est ce dernier qui m’a proposé d’écrire plus que les biographies des 25 premiers. Il voulait qu’on écrive aussi sur les moments importants de ces lutteurs et qu’on les rencontre pour avoir du nouveau contenu. Grâce à Paul Leduc, avec qui j’avais renoué, j’avais des contacts avec plusieurs anciens lutteurs qui avaient marqué l’histoire du Québec tels que Mag Dog Vachon, Rick Martel, Raymond Rougeau et Gino Brito.

Malheureusement, l’emploi du temps de Michael, qui est tragiquement décédé en avril 2013, ne lui permettait plus de collaborer au livre. C’est alors qu’à l’été 2009, j’ai recruté Bertrand Hébert, ancien scripteur en chef de plusieurs promotions locales et l’une des meilleures têtes de lutte que le Québec n’ait jamais connue.

Avec Nicolas Brouillette et Patrick Lono, deux gars qui ont cru en moi rapidement

De Ring of Honor à TVA Sports   

Par la suite, les projets se sont enchaînés. En fait, la fin des années 2000 et les années 2010 ont été très fastes.

Promoteur local pour la Ring of Honor, scripteur en chef de la ToW, collaborateur pour le Wrestling Observer Newsletter, correspondant pour SLAM Wrestling, auteur de plusieurs livres, chroniqueur au 91.9, scripteur, intervieweur et ensuite promoteur d’une organisation de lutte féminine, producteur et consultant de plusieurs documentaires, auteur de quatre livres, sans compter les nombreuses entrevues que j’ai données pour des podcasts, émissions de radios ou de télé, les articles que j’ai écrits pour des magazines en France et en Angleterre, les couvertures de plusieurs événements majeurs en Amérique du Nord et bien évidement, animateur de la lutte à TVA Sports et du podcast les Anti-Pods de la Lutte, en plus d’être chroniqueur, ici, sur le TVASports.ca.

Ma vie a complètement changé il y a 20 ans et malgré certaines embuches, je recommencerais demain matin si c’était à refaire.

Les remerciements   

Je tiens d’ailleurs à remercier tous ceux et celles qui m’ont, de près ou de loin, permis d’amener la passion pour la lutte professionnelle que mon père Guy m’avait donnée alors que je n’avais que six ans, à un niveau que je ne croyais jamais atteindre.

Je pense notamment à Bertrand Hébert, Kevin Raphaël, Claude Tousignant, Gino Brito, Raymond Rougeau, PCO, Carl Leduc, Rick Martel, Paul Vachon, Réjean Désaulniers, Michael Bisson, Jason Cavallaro, Kevin Owens, Sami Zayn, Sunny War Cloud, Dave Meltzer, Stéphane Bruyère, Fred Fournier, Yan O’Cain, Greg Oliver, Jean-Charles Lajoie, Jean-François Tremblay, Yves Leroux, Sylvain Deschamps, Sydney Eick, Benoit Cossette, Cary Silkin, Manny Eleftheriou, Costa Anagnostopoulos, Steve

Boutet, Éric Salottolo, Guillaume Lefrançois, Michael Holmes, Miléna Stojanac, Alexandre Patterson, Marc Pilon, Rodger Brulotte, Menick, Dan Murphy, Arda Ocal, Dave Morissette, Marc-André Boulanger, Marc Blondin, Sylvain Grenier, Francis Lebel, Jean-Frédéric Clément, John Pollock et plusieurs autres, sans oublier tous les amateurs, vous, les lecteurs, qui me suivez depuis toutes ces années et sans qui, tout ce que je fais n’aurait aucun but.

Toutefois, en ce 14 septembre 2021, je ne peux faire autrement que de penser que tout ceci n’aurait jamais pu se réaliser sans ces 10 coups de cloche, qui ont une autre signification à mes yeux maintenant, que lorsque je les ai données, il y a aujourd’hui 20 ans.

Alors, je m’en voudrais de ne pas remercier tout spécialement ceux qui étaient là dès les premières années: Philippe Leclair, Kim Leduc, Paul Leduc, Ludger et Serge Proulx, Patrick Lono, Nicolas Brouillette, Jean-François Kelly, Steve Charette et Geneviève Goulet.

Vous étiez là à mes débuts, alors que je n’étais qu’un jeune de 24-25 ans qui essayait maladroitement de se faire une place dans le milieu, vous avez cru en moi et vous m’avez donné la confiance que j’avais besoin pour m’épanouir.

À vous tous et toutes, je vous dis 20 fois merci! Je vous serai éternellement reconnaissant.