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Olympiques

J.O.: les Canadiennes joueront pour l’or au soccer

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TOKYO - Le Canada ne pouvait pas choisir un meilleur moment pour signer une première victoire en plus de 20 ans face aux Américaines et ainsi freiner cette affreuse séquence de défaites.

Avec un gain de 1 à 0 arraché à la suite d’un tir de pénalité réussi de Jessie Fleming à la 75e minute, l’équipe féminine de soccer de l’unifolié a obtenu son billet pour la finale olympique pour la première fois de son histoire.

Le dernier triomphe du Canada face aux Américaines remontait au 11 mars 2001 dans un gain de 3 à 0 à l’occasion de la Coupe d’Algarve disputée au Portugal.

En 62 parties, le Canada n’a gagné que quatre parties et il a soutiré sept verdicts nuls face à ses grandes rivales. Jeudi, au stade olympique, les Canadiennes affronteront la Suède, qui a disposé de l’Australie par un pointage de 1 à 0, lundi.

«Tout le mérite revient aux joueuses, elles ont tout laissé sur le terrain, a louangé l’entraîneuse-chef Bev Priestman. Cette finale a énormément de signification pour les joueuses. Tout le monde a pu voir le travail qu’elles ont fait. L’équipe compte des vétérans pour qui Londres pèse encore lourdement. Je suis absolument ravie pour ce groupe de joueuses et que Christine [Sinclair] puisse disputer une finale olympique. Les vétérans ont beaucoup donné au programme.»

Reprise vidéo

Fauchée dans la surface de réparation, Deanne Rose pensait obtenir un penalty, mais l’officiel n’a pas sévi.

Une minute plus tard, la séquence a été revue par le système d’assistance à l’arbitrage et l’Américaine Tierna Davidson a été punie pour son geste.

Fleming a fait mouche, déjouant la gardienne réserviste Adrianna Franch, qui avait pris la relève d’Alyssa Naeher, blessée à un genou en début de rencontre.

Médaillées de bronze en 2016 aux Jeux de Rio et en 2012 à Londres, où elles avaient subi en demi-finale une cruelle défaite de 4 à 3 en prolongation face aux Américaines dans un match marqué par deux décisions controversées de l’officiel et un tour du chapeau de Sinclair, les Canadiennes avaient comme mot d’ordre depuis le début du processus olympique de changer la couleur de la médaille.

Après les États-Unis de 1996 à 2012 et l’Allemagne de 2000 à 2008, le Canada devient le troisième pays à grimper sur le podium au cours de trois Jeux consécutifs.

Pas rassasiées

Mission accomplie avec le gain de lundi qui leur assure l’argent, mais les Canadiennes ne sont pas rassasiées.

«Notre but était de changer la couleur de notre médaille, a déclaré la capitaine Christine Sinclair dans la zone mixte. Quelle performance ! Quelle bataille ! Je suis tellement fière de notre équipe. Maintenant, plus qu’un match à gagner. Pour celles d’entre nous qui faisaient partie de l’équipe en 2012, c’est une petite revanche en finale olympique.»

«Les gagnants gagnent et nous nous présenterons à cette finale pour remporter la médaille d’or», de renchérir Priestman.

Vanessa Gilles savourait aussi pleinement le moment.

«On s’en va en finale olympique ! Je ne le réalise pas encore et je n’ai pas de mots pour décrire mes sentiments, a raconté la défenseure centrale, qui est née à Châteauguay, en Montérégie. Nous avons un groupe spécial autant sur le terrain qu’à l’extérieur. J’ai rarement vu ça. Nous avions confiance en nos capacités de vaincre les Américaines.»

Souvenirs d’un Boston Pizza

Même si elle fait partie des joueuses les moins expérimentées de la formation et qu’elle n’a pas connu les douloureuses défaites du passé, Gilles réalisait pleinement l’ampleur de l’exploit que ses coéquipières et elle venaient d’accomplir.

«En 2012, lors de la défaite en demi-finale, je me souviens exactement où j’étais, a raconté l’athlète de 25 ans. Je débutais le foot et nous étions réunies dans un Boston Pizza pour regarder la rencontre. J’ai vécu la déception et je suis contente maintenant d’être sur le terrain et de pouvoir contribuer. Cette défaite de 2012 me motivait.»

Un petit tour du monde

Née à Châteauguay avant de déménager en Chine à l’âge de 3 semaines en raison du boulot de ses parents, Vanessa Gilles vit des moments exaltants à l’image de son parcours hors du commun.

«Le dernier mois a été très excitant, a résumé la défenseure centrale. Après la finale olympique, je vais participer à la Ligue des champions avec mon club de Bordeaux dans deux semaines. Je ne peux pas me plaindre.»

Si tout semble lui sourire actuellement, Gilles n’avait pas trouvé preneur à sa sortie des rangs universitaires où elle a porté les couleurs des Bearcats de Cincinnati pendant trois ans, remportant le titre de meilleure arrière à sa dernière campagne en 2016.

«Je suis allée jouer à Chypre pendant cinq mois parce que je n’avais reçu aucune autre offre, raconte celle qui possède les citoyennetés canadienne et française puisque son père est né à Paris alors que sa mère possède un héritage italien. Personne ne me voulait, mais j’ai vécu une belle expérience. J’ai rejoint par la suite les Girondins de Bordeaux en première division française. Je me retrouvais dans une bonne ligue et près de ma famille. Je suis sous contrat encore pour la prochaine saison qui sera ma quatrième à Bordeaux.»

Elle choisit le Canada

Sa première invitation à un camp de l’équipe canadienne est arrivée après qu’elle eut goûté à une expérience avec le programme français.

«J’ai participé à un camp avec l’équipe nationale française U-23 en 2018 et un mois plus tard je recevais un appel de l’équipe canadienne qui souhaitait me voir», mentionne Gilles, qui a habité en Chine jusqu’à l’âge de 12 ans avant de s’établir à Ottawa. Elle a encore de la famille à Québec, à Montréal et à Châteauguay.

«Je n’ai pas hésité une seconde à choisir le Canada.»

Une Promotion

Invitée pour un premier camp d’entraînement avec la formation nationale en 2019 en Espagne, Gilles a pris du galon depuis qu’elle est débarquée au Japon. Elle a été promue partante lors du troisième match du tour préliminaire face à la Grande-Bretagne et a même marqué lors des tirs au but face au Brésil en quarts de finale.

«Je suis contente de pouvoir performer, mais je ne tiens rien pour acquis. Je ne suis pas confirmée dans mon poste. Nous sommes trois filles à ma position et on apporte chacune quelque chose à l’équipe parce que nous sommes différentes. Nous avons un groupe tellement fort et tout le monde joue.»